« Powers » : crimes et déguisements

Brian Michael Bendis et Michael Avon Oeming nous traînent dans les bas-fonds d’un Chicago revisité. Flics, criminels et super-héros s’y côtoient sans qu’il soit toujours aisé de déterminer qui appartient à quelle catégorie…

La frénésie médiatique qui entoure la mort de Retro Girl dit beaucoup du statut des super-héros dans le Chicago imaginé par Brian Michael Bendis (en qualité d’auteur) et Michael Avon Oeming (en tant que dessinateur). Le monde apparaît soudainement comme suspendu, taraudé par l’assassinat de la plus populaire des super-héroïnes, et en quête désespérée de réponses. Deux inspecteurs sont chargés de l’affaire : Christian Walker, qui semble proche des justiciers masqués, et Deena Pilgrim, sa nouvelle coéquipière, qu’il découvre dans les premières planches de l’album. La formation d’un nouveau duo de policiers est souvent un prétexte à la mise en place d’éléments perturbateurs, et notre binôme n’échappe pas à cette règle tacite. Walker se cramponne à une vie personnelle que Pilgrim, suspicieuse, aimerait percer à jour.

La vie métropolitaine et, plus encore, le travail de policier se trouvent forcément impactés par la présence de super-héros. C’est l’une des singularités de Powers : ce qui prévaut n’est pas le point de vue de protagonistes marvelisés, mais bien celui d’un inspecteur devant œuvrer dans deux dimensions parallèles, le monde réel et l’univers super-héroïque, chacun ayant ses intrigues et ses règles propres. L’enquête en cours n’est en outre pas la seule préoccupation de l’inspecteur Walker, puisque, les services sociaux ayant été rayés de la ville, il se voit contraint de veiller sur une jeune otage qu’il a libérée dans la première partie de l’album. Le voilà pris entre trois zones d’inconfort : un assassinat qui l’affecte personnellement, une gamine qui s’invite sans prévenir dans son existence et une nouvelle coéquipière un peu trop encombrante.

Les amateurs de comics connaissent très bien les qualités d’auteur de Brian Michael Bendis. Avec Goldfish, il narrait dans une veine noire la chute d’un empire mafieux tenu d’une main de maître par une femme, mais aussi la bataille d’un ancien arnaqueur pour récupérer la garde de son fils. Il s’invita ensuite dans l’équipe de Todd McFarlane, créateur de la série Spawn, et y prit les rênes de Sam and Twitch, une série en étant dérivée. Powers met à profit ses talents de conteur pour charpenter un monde inventif et cohérent. Surtout, l’album se distingue par des dialogues fusants et un humour souvent irrésistible, caractérisé par des protagonistes (l’inspecteur Kutter), des situations (la prise d’otage initiale, le crash sur un building ne suscitant qu’indifférence), des planches (les entretiens avec les super-héros) ou des running gags (le clitoris) mémorables. Enlevé, astucieux, ce premier tome est en outre composé de planches très élaborées et de dessins soignés, bien que parfois un peu génériques.

Powers (T.01), Brian Michael Bendis et Michael Avon Oeming
Semic Books, janvier 2002, 144 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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