« OK Corral » : l’éclat du mythe, la poussière du réel

On croit connaître Wyatt Earp. Ne serait-ce que pour avoir vu ses bottes crisser sur la terre battue d’une ruelle de Tombstone, son regard d’acier scrutant l’horizon du chaos, épaulé par ses frères et son acolyte, le fascinant Doc Holliday. La scène a cristallisé un mythe : celui d’un justicier droit dans ses bottes, figure d’un Ouest sauvage qu’il fallait bien dompter, même au prix du sang. Mais derrière cette façade, que reste-t-il de l’homme, de l’époque, de la vérité historique ? C’est à ce délicat travail de dévoilement que se livre J.D. Morvan dans le très réussi OK Corral, nouvel opus de la collection « La véritable histoire du Far West », publiée par les éditions Glénat en partenariat avec Fayard.

Wyatt Earp, vieil homme presque oublié, hante les plateaux de cinéma d’Hollywood dans les années 1920, comme un fantôme en peine. Il y croise un certain John Ford, peu sûr de lui, et surtout un jeune inconnu appelé à devenir John Wayne. Le vieux marshal, consultant improvisé, devient narrateur de sa propre légende. À la manière d’un Rashômon de l’Ouest, le récit qu’il livre est teinté de doute, de glorification, mais aussi d’amertume. 

La fusillade du 26 octobre 1881 n’est plus seulement une scène d’action : c’est un nœud dramatique, social, politique. En une trentaine de secondes, trois cow-boys tombent sous les balles, trois autres sont blessés, et toute une époque bascule. Car ce que JD Morvan et l’historien Farid Ameur rappellent avec acuité, c’est que le Far West n’est pas une fable morale : c’est un monde en transition, secoué par l’immigration, la corruption, la ruée vers l’or, et l’absence d’État. Un monde de conflits larvés, où la loi est une fiction quand elle ne sert pas des intérêts privés.

Le scénariste tisse habilement son récit sur deux temporalités : d’un côté, la tension nerveuse des événements qui mènent à la fusillade d’OK Corral ; de l’autre, le regard rétrospectif du vieux Earp, confronté à la machine hollywoodienne, qui digère les récits et recrache des mythes. Cette double perspective donne une profondeur rare au récit : à la fois critique du western classique et plongée immersive dans la genèse de la légende.

JD Morvan s’autorise quelques clins d’œil savoureux, dont ces représentations de l’industrie naissante du cinéma. Mais rien d’anecdotique : tout sert à faire sentir le glissement du récit vécu vers le récit fictionnel, et à interroger notre propre rapport au Far West, largement hérité de ces représentations.

Graphiquement, l’album ne déçoit pas. Thomas Tcherkézian et Scietronc, épaulés par Rey Macutay, livrent un travail énergique, expressif, d’une grande lisibilité. 

Comme pour les autres titres de la collection, un dossier historique complète l’album. Celui-ci, passionnant, revient sur les sources disponibles, les zones d’ombre, les interprétations divergentes autour de l’affaire Earp. Ainsi, avec OK Corral, J.D. Morvan et son équipe livrent bien plus qu’un western en bande dessinée. Ils proposent une relecture subtile, historique et critique d’un des moments fondateurs de la mythologie américaine. 

OK Corral, JD Morvan, Thomas Tcherkézian, Scietronc et Rey Macutay 
Glénat, juin 2025, 56 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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