« Naissance » : regard paternel

La venue au monde d’un enfant est souvent dépeinte à travers les yeux de la mère, laissant ainsi le point de vue du père dans l’ombre. Le roman graphique Naissance, de Samuel Wambre, publié par les éditions Steinkis, prend le parti d’offrir une perspective intime et détaillée de l’accouchement, en épousant le regard paternel. Le récit met en lumière les préparatifs, les doutes et les surprises qui accompagnent la naissance d’un enfant.

Le récit de Samuel Wambre ne manque pas de décrire les doutes et les peurs qui l’assaillent tout au long de l’accouchement de sa femme – qui s’étend sur plusieurs jours. En pleine pandémie de Covid-19, les visites sont proscrites et les futurs parents affrontent, plus seuls que jamais, les montagnes russes émotionnelles que constitue la venue au monde d’un bébé : excitation, attente, angoisses, protocoles médicaux… L’auteur se confie sur ses inquiétudes, concernant la santé de sa compagne et de son bébé. Il se met à nu : épuisé, impuissant, soumis à des problèmes intestinaux dus au stress, il n’a d’autre choix que d’attendre, encore et encore, et prier dans l’espoir que tout se déroule bien.

Naissance rend au père une place centrale. Souvent perçu comme un soutien distant, voire stoïque, son rôle commence pourtant bien avant la naissance, notamment à travers les préparatifs, et se prolonge ensuite à chaque étape de l’accouchement. Mais ce n’est pas tout. Samuel Wambre décrit aussi l’envers du milieu hospitalier. Dès les premières contractions, il est conscient que le moment tant attendu approche. Pourtant, la réalité imprévisible de l’accouchement s’impose rapidement à lui. Le plan de naissance, élaboré avec soin par les futurs parents, ne peut, dans le cas présent, être scrupuleusement suivi. Les événements engendrent des contraintes de soins, dont l’accélération de l’accouchement par l’administration de l’ocytocine ou l’usage du forceps. C’est l’une des nombreuses leçons de Naissance : les objets rassurants emportés à l’hôpital semblent soudainement futiles face aux impondérables et le sentiment de contrôle échappe progressivement aux futurs parents, frappés par l’incertitude.

Le système hospitalier apparaît à l’auteur trop protocolaire et quelque peu déshumanisé. Les soignants, professionnels aguerris, sont cependant parfois débordés et peu communicatifs. Samuel Wambre évoque par exemple sa surprise de ne pas pouvoir obtenir immédiatement un lit, l’attente liée au changement de service et la rigidité de certains protocoles médicaux. Ces aspects, bien que potentiellement frustrants, sont présentés comme des éléments à comprendre et à accepter, puisqu’intrinsèquement liés aux réalités de terrain.

Huis clos hospitalier, Naissance a beaucoup à dire sur la paternité. Samuel Wambre ne se pose jamais en archétype, conscient de la singularité de son expérience personnelle. Mais en décrivant l’accouchement selon son point de vue, il donne de la visibilité aux pères et souligne l’essence de ce moment unique, avec ses joies, ses doutes et ses questionnements. Le roman graphique invite ainsi les lecteurs à repenser la place du père dans le récit de la naissance, en reconnaissant la profondeur et la complexité de son rôle.

Naissance, Samuel Wambre
Steinkis, mai 2024, 216 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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