« Mon Infractus » : les nerfs et la chanson d’Hervé Bourhis

La bande dessinée autobiographique permet d’explorer des trajectoires de vie aux multiples reliefs. Dans Mon Infractus, Hervé Bourhis se livre sur ses problèmes cardiaques, mais prend grand soin d’entremêler ses mésaventures médicales avec sa passion, bien plus légère, du DJing. 

Il n’a pas encore cinquante ans quand Hervé Bourhis subit un infarctus qui bouleverse son existence. Plutôt que de s’enliser dans un récit hospitalier, dont la bande dessinée francophone est devenue friande ces dernières années, l’auteur choisit d’aborder ce sujet en optant pour une voie moins conventionnelle. Mon Infractus s’hybride en effet d’un amour précoce et durable pour la musique ; les évocations médicales n’y constituent finalement que des parenthèses. Et ce qu’il perd en pathos, le bédéiste semble le gagner en justesse.

L’album se révèle ainsi, en première intention, être une célébration de la musique, élément central de la vie et de la convalescence de l’auteur. Hervé Bourhis y partage avec sincérité ses expériences de DJ amateur, dévoilant un univers riche de références musicales, d’anecdotes et de rencontres. Il raconte les soirées, les sélections de disques, la recherche incessante de la perle rare – le digger – et le stress parfois écrasant des performances en direct. Pour son premier essai, il fait d’ailleurs semblant de mixer mais, paralysé par les enjeux, laisse défiler sa playlist sans aucune intervention…

Au-delà de la musique et du DJing (« Improviser, sentir la salle et les gens, les suivre, puis les surprendre… »), Mon Infractus est une méditation sur la fragilité humaine, le processus de guérison et la place de l’art dans ce parcours. Hervé Bourhis aborde avec une rare honnêteté ses luttes internes (dont sa culpabilité face à son style de vie), son expérience de la maladie et ce qu’il retient de tout cela. L’ouvrage s’inscrit dans une démarche introspective, invitant à réfléchir sur la manière dont les épreuves peuvent nous remodeler. Il y est aussi question de thématiques plus vastes, parfois seulement survolées : la manière dont on traite les professions essentielles, par exemple, paramédicales ; le travail de ses confrères, avec notamment un clin d’œil appuyé à Théo Grosjean ou Pozla ; la psychothérapie…

Avec Mon Infractus, Hervé Bourhis livre un témoignage singulier, qui déjoue les clichés de l’autobiographie médicale. Il offre en effet, de par la structure même de son album, une perspective rafraîchissante sur la résilience et le pouvoir salvateur de l’art. Intime mais universel, son propos devrait résonner auprès des lecteurs, qu’ils soient collectionneurs de disques… ou simplement attentifs à la fragile condition humaine.

Mon Infractus, Hervé Bourhis 
Glénat, avril 2024, 96 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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