« #LesMémés » : retour en farce(s)

#Les Mémés : Punks à chien, cinquième opus des aventures désopilantes signées Sylvain Frécon, paraît chez Fluide Glacial. L’album marque un retour aussi jubilatoire que décapant des désormais incontournables Lucette, Huguette et Paulette. Véritables punkettes octogénaires, ces anti-héroïnes à la dérision corrosive et au verbe acéré n’ont rien perdu de leur mordant, bien au contraire.

C’est avec un plaisir intact que nous retrouvons ces veuves turbulentes dont les passe-temps favoris oscillent entre la dégustation de vins blancs bon marché dans le troquet du quartier, les séances collectives d’ennui existentiel et les expériences hasardeuses autour des nouvelles technologies. Fidèles à leur caractère bien trempé, nos héroïnes n’ont que faire de la bienséance, n’hésitant pas à exhiber leur anatomie décomplexée ou à surveiller attentivement leurs défunts maris rassemblés judicieusement dans un même caveau, facilitant ainsi leur inspection régulière. Le cynisme bon enfant qu’elles cultivent s’avère d’ailleurs aussi efficace lorsqu’il s’agit de conjurer la mort que lorsqu’elles se disputent avec passion pour déterminer qui, de Johnny ou Jésus, mérite davantage de respect.

Sylvain Frécon reste fidèle à ce qui a fait le succès de la série : une impertinence constante, un humour mordant mais toujours attachant et une approche cocasse des thèmes actuels. Les Mémés sont certes âgées, mais elles évoluent parfaitement en phase avec leur époque, maîtrisant l’intelligence artificielle mieux que certains millenials. Pas question pour elles d’être dupées par une image générée par une IA : elles ont l’oeil et reconnaissent aux imperfections ce qui relève de la machine et de la réalité. Ce n’est qu’une situation surréaliste parmi tant d’autres.

L’humour absurde des dialogues, tout en finesse malgré leur apparente trivialité, constitue le véritable moteur de cette bande dessinée. Un simple échange autour des dépressions ou des hémorroïdes devient ici une magistrale leçon d’autodérision. Les scènes de spiritisme où les héroïnes arborent sur la tête les vieux sous-vêtements de leurs défunts conjoints ou les tirades romantiques devant une machine à laver où des slips et culottes s’entrelacent constituent la sève d’un récit ancré dans la réalité douce-amère du troisième âge.

Le coup de crayon de Sylvain Frécon, volontairement caricatural, contribue à exagérer habilement les traits de vieillesse pour mieux en rire. Les dessins esquissés à grands traits nerveux accentuent le caractère anarchique et punk de ces personnages si attachants. Ce cinquième tome se savoure ainsi comme un bon cru : avec gourmandise mais une certaine nostalgie une fois la dernière page tournée, tant l’attachement aux personnages est immédiat.

#LesMémés : Punks à chien confirme que la vieillesse n’est définitivement pas un naufrage lorsqu’elle est menée tambour battant par trois femmes prêtes à tout pour repousser l’inéluctable avec panache et humour. Un album à déguster sans modération, preuve supplémentaire, s’il en fallait une, que l’esprit punk n’a décidément pas d’âge.

#LesMémés : Punks à chien, Sylvain Frécon
Fluide glacial, février 2025, 56 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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