Les éditions Glénat exhument huit récits fondateurs de la souris la plus célèbre du monde. Un voyage à travers six décennies d’imaginaire, où l’on voit Mickey se réinventer sans jamais renier son énergie première.
Ce premier volume des Âges d’Or de Mickey constitue une anthologie dense, élégante, qui revisite des pans entiers de l’histoire Disney à travers huit récits allant de 1938 à 1999. Rien de poussiéreux dans cet ensemble : au contraire, on y retrouve un Mickey revivifiant, qui s’adapte, et notamment graphiquement. Une icône en mouvement.
Le parcours s’ouvre sur Gottfredson, incontournable architecte du Mickey d’avant-guerre, avec « Mickey Mouse et Robinson Crusoé ». Paru en 1938, l’épisode joue la parodie décalée du mythe : Mickey échoue sur une île peuplée de cannibales façon cinéma d’aventure, multiplie les gags slapstick et traverse un récit où l’on sent la bascule graphique opérée au sein du studio. Les animateurs réinventent alors ses yeux, modernisent son langage corporel : ce changement irrigue tout le strip.
« Le Monde de demain », du même Gottfredson, pousse la trajectoire plus loin, vers une science-fiction rétrofuturiste qui anticipe les utopies technologiques d’après-guerre. Mécanismes automatiques, écrans géants, robots militaires : c’en est presque visionnaire. Pat Hibulaire orchestre de son côté une armée mécanique pour dominer le monde, et Mickey traverse le récit en héros vif, dont Gottfredson maîtrise chaque nuance expressive.
Avec « Les Fantômes de l’aéroport » (Bill Wright, 1948), changement d’atmosphère : un aéroport fantôme, une ville abandonnée, une ambiance qui flirte avec le polar et le serial. Derrière les faux spectres se cache une opération de contrebande, dans une construction narrative qui évoque presque un prototype de Scooby-Doo avant l’heure. Wright, héritier appliqué du style Gottfredson, injecte sa propre nervosité graphique, plus anguleuse, plus sèche.
Paul Murry, figure majeure du Mickey des comic-books, prend le relais avec « Le Signe du Calmar » (1955). Récit d’aventure à énigme, où un trésor caché n’est révélé qu’à un perroquet muet, l’histoire permet au dessinateur de déployer son trait épuré et efficace, calibré pour la bande dessinée populaire. Murry y fait briller un Mickey élastique et frontal.
Même énergie dans « Aventures en mer ! » (1961), du même Murry : un récit maritime où un clipper, un sous-marin et une cargaison suspecte servent de décor à une confrontation réjouissante entre Mickey et Pat Hibulaire. L’épisode s’autorise des trouvailles comiques simples, efficaces, qui accentuent la dynamique entre le héros et un Dingo délicieusement décalé.
Le voyage change de latitude avec « Mickey et les sapins de l’Himalaya » (Scarpa & Cavazzano, 1962). On entre ici dans le territoire italien du Topolino, là où l’école Disney européenne a développé un sens aigu de l’aventure feuilletonesque. Sapins volés, fausses identités, policiers contrefaits : l’intrigue multiplie les rebondissements. Scarpa et Cavazzano réussissent surtout une synthèse graphique qui prolonge l’héritage de Gottfredson tout en annonçant le dynamisme moderne du dessin italien.
Plus tardif, « La Légende de Guillaume Tell » (Calvet Esteban, 1990) propulse Mickey dans un Moyen Âge revisité où la figure du héros s’adapte aux codes européens. L’exercice pourrait sembler casse-gueule ; il devient au contraire un terrain de jeu pour inscrire Mickey dans un imaginaire plus théâtral, porté par un dessin souple qui respecte les modèles classiques tout en les infléchissant.
Enfin, « Les 2500 Mickey » (Ferioli, 1999) clôt la sélection avec une pirouette méta : une machine destinée à cloner Mickey finit par produire des doubles qui refusent leur effacement. Le ton est vif, presque satirique, et la modernité du trait de Ferioli donne au récit une énergie contemporaine. Mickey y affronte littéralement sa propre image, comme si la série se penchait sur sa longévité.
Huit histoires, donc, qui ne relèvent pas seulement d’un hommage patrimonial : elles composent un portrait mouvant de Mickey à travers les décennies, révélant ses métamorphoses graphiques, ses glissements de ton, sa capacité à absorber les codes narratifs de chaque époque. Un ensemble rythmé, ludique, qui parle aux enfants autant qu’aux lecteurs familiers du patrimoine Disney. Une belle démonstration, surtout, que les âges d’or ne sont jamais définitivement derrière nous.
Les Âges d’or de Mickey, collectif
Glénat, novembre 2025, 200 pages





