« Léonarde » : un conte écologique et sociétal

Dans Léonarde, paru aux éditions Drakoo, Isabelle Bauthian et Anne-Catherine Ott déploient un univers foisonnant et allégorique, où s’entremêlent les questionnements écologiques et les enjeux communautaires. L’ouvrage, conçu à hauteur d’enfant, invite le lecteur à une réflexion sur les relations avec les autres, l’altérité et les conséquences des actions humaines sur l’environnement.

Le cadre de Léonarde est un monde où les divisions règnent : les humains, les goupils (renards) et les leus (loups) forment trois groupes dont les relations sont tendues, principalement à cause de conflits territoriaux. De plus, les goupils et les leus reprochent aux humains leur comportement prédateur et destructeur, qui affecte l’ensemble de la communauté animale. Ce contexte est un reflet métaphorique de notre propre monde, où les enjeux écologiques se heurtent souvent à des intérêts territoriaux et économiques, et où l’humanité a initié une ère de perdition baptisée anthropocène.

Principale protagoniste, Léonarde, adolescente intrépide et fille du chef des armées royales, incarne l’espoir et l’innocence. Sa quête de paix se caractérise par exemple par des escapades nocturnes dans la forêt pour observer les animaux, dans une volonté de compréhension et de rapprochement inter-espèces. Sa transformation accidentelle en goupil, après avoir prononcé une formule magique censée lui permettre de communiquer avec les animaux, devient une métaphore puissante de l’empathie et de la nécessité de se mettre à la place de l’autre pour résoudre les conflits.

Avec sensibilité, Isabelle Bauthian et Anne-Catherine Ott façonnent un univers fantastique, marqué par la présence de personnages hauts en couleur. On pourrait citer à cet égard le Houéran, un géant mythique, craint de tous, qui enrichit le récit d’une présence énigmatique. Par son talent d’illustration, Anne-Catherine Ott parvient à restituer de manière vivante cet univers inventif. Elle confère une grande expressivité aux personnages, accentuant ainsi l’immersion du lecteur et la nature de ce conte enfantin. Un conte qui, contrairement à la plupart de ses homologues, choisit de représenter sa princesse, Eldorise, comme une jeune fille rondouillarde, rompant avec les stéréotypes classiques. 

Il est d’ailleurs intéressant de noter que ce sont les enfants, au-delà même de Léonarde et Eldorise, qui agissent en faveur de la paix dans l’album. Le premier réflexe des adultes et des gouvernants est toujours le repli, la méfiance, l’hostilité. On retrouve ainsi dans le scénario d’Isabelle Bauthian beaucoup de Dragons, le film de Dean DeBlois et Chris Sanders sorti en 2010. Comme Harold, Léonarde cherche à établir un pont entre les hommes et les créatures qu’ils craignent. Elle aspire à la communication là où d’autres n’agissent que par la violence. Les villages de Ptiorupt et Beurk ont énormément en commun et permettent d’adresser un message d’ouverture et de tolérance aux jeunes lecteurs/spectateurs.

Léonarde est une œuvre à la fois divertissante et profonde. À travers une narration imaginative et des personnages bien construits, l’album, relativement dense, aborde des thèmes écologiques et sociaux d’importance. 

Léonarde, Isabelle Bauthian et Anne-Catherine Ott
Drakoo/Bamboo, janvier 2024, 80 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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