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« Le Pilleur de cimetières » : Stevenson adapté aux Humanoïdes associés

Jonathan Fanara Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées et des actualités DVD/bluray

L’univers littéraire de Robert Louis Stevenson est inventif et foisonnant. Les Humanoïdes associés proposent une adaptation graphique de son Voleur de cadavres, dont l’illustrateur espagnol Sebastià Cabot restitue les facettes les plus sombres et pathétiques.

Le Voleur de cadavres a été publié pour la première fois en 1884. Influencé par les affaires morbides de son époque, notamment le scandale de Burke et Hare à Édimbourg dans les années 1820 –, Robert Louis Stevenson articule son récit autour d’assassins qui vendent les corps de leurs victimes à des fins anatomiques.

Dans l’adaptation graphique de Sebastià Cabot, Gray apparaît comme un personnage mi-sinistre mi-pathétique, doté d’une allure singulière, d’yeux qui prennent des directions opposées et d’un sourire carnassier. Il fournit aux scientifiques, convaincus d’œuvrer pour le bien de l’humanité, des cadavres sur lesquels ils pourront faire des expérimentations et livrer des cours d’anatomie.

La nouvelle et son adaptation abordent de front la question éthique entourant les progrès scientifiques. Stevenson, par le biais de ses personnages, s’épanche sur la dichotomie entre le désir de savoirs et les moyens employés pour y parvenir. Dans Le Pilleur de cimetières, le maître-mot est la discrétion, voire l’omerta : on ne pose aucune question et on profite des corps mis à disposition du prestigieux Collège Royal de Chirurgie.

Sebastià Cabot confronte le jeune Fettes aux aspects lugubres de la science. Représentant à la fois le bourreau et la victime, il incarne les contradictions inhérentes à l’aventure scientifique de cette époque. Comme Stevenson, l’auteur espagnol parvient à jouer sur le contraste entre l’apparence respectable de ses personnages et les sombres actions nocturnes indispensables à leur réputation. Au départ, il s’agit pour Fettes d’impressionner Jane, une jeune femme dont il s’éprend et qui voue une admiration sans bornes au Docteur Knox. Il accepte d’en devenir le second assistant, sans se douter une seconde du piège dans lequel il met les pieds…

L’ambiguïté morale tient évidemment le haut du pavé dans cette histoire. Ironiquement, Sebastià Cabot va amalgamer, dans ses dernières vignettes, Gray – tueur en série dénué de scrupules – et Fettes, promu à la faveur d’une folie devenue irrépressible. Il manque cependant un peu de substance autour de cette trame principale, qui apparaît très diluée dans les 80 pages qui composent le roman graphique.

Le Pilleur de cimetières a le mérite de mettre en lumière les meurtres perpétrés par William Burke et William Hare, deux immigrés irlandais pourvoyeurs de cadavres à des fins de dissection dans l’Ecosse du début du XIXe siècle. Il questionne le rapport de cette science naissante à l’éthique et brode autour des dissonances cognitives humaines. Mais cette adaptation, bien que divertissante, pèche toutefois par manque de profondeur.

Le Pilleur de cimetières, Sebastià Cabot
Les Humanoïdes associés, janvier 2024, 80 pages

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