« L’Aventurier » : condition humaine

L’Aventurier, d’Alessandro Tota et Andrea Settimo, publiée chez Glénat, est une aventure médiévale inspirée d’un roman inachevé d’Arthur Schnitzler. Dans l’Italie de la Renaissance, on suit les errances d’Anselmo Ringardi, un jeune noble dont la vie bascule à la suite d’une prophétie funeste. Entre quête de sens, refus de l’inéluctable et confrontation avec la mort, ce roman graphique propose une réflexion profonde et moderne sur la condition humaine.

Au début du XVIe siècle, Anselmo Ringardi, jeune noble insouciant, voit son existence bouleversée par la peste qui emporte ses parents. Confronté à cette tragédie, il quitte sa ville natale, rejetant le destin que son père avait prévu pour lui – entrer dans la garde de la ville et épouser une femme de bon rang. En fuyant l’épidémie, il commence un voyage périlleux marqué par des rencontres singulières, notamment avec Lucrezia, la fille du célèbre devin Géronte.

Géronte possède un don unique : celui de prédire précisément la date de la mort des gens. Après avoir découvert qu’Anselmo a séduit sa fille, Géronte lui annonce qu’il ne lui reste plus qu’un an à vivre. Ce qui semble être une malédiction devient alors pour Anselmo une motivation à se lancer dans une existence où chaque instant est vécu avec audace et témérité. Après tout, rien ne peut lui arriver avant 365 jours ! Dès lors, il adopte une vie d’aventure, cherchant à défier le destin qui semble déjà écrit pour lui.

L’Aventurier n’est pas une simple histoire de cape et d’épée ; c’est avant tout une étude psychologique des tourments humains face à l’inéluctabilité de la mort. Le choix d’adapter un texte inachevé d’Arthur Schnitzler, auteur de La Nouvelle Rêvée (qui a inspiré le fameux Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick), est significatif. L’œuvre de Schnitzler se distingue en effet par ses portraits psychologiques intenses, décrivant des personnages confrontés à des destins qui leur échappent.

Alessandro Tota et Andrea Settimo se sont emparés de cette matière pour imaginer la conclusion de l’histoire, enrichissant le parcours d’Anselmo de questionnements existentiels et de remises en question. Le jeune homme, d’abord révolté par la prédiction de Géronte, adopte ensuite une attitude bravache, persuadé qu’il peut échapper à la fatalité. Toutefois, cette quête effrénée ne fait que le confronter davantage à ses propres limites et à la vacuité de ses efforts.

Visuellement, L’Aventurier se distingue par une narration graphique soignée et immersive. Le style d’Andrea Settimo, avec ses traits évocateurs et ses compositions dynamiques, parvient à traduire l’essence des émotions complexes et contradictoires des personnages. L’arrivée de la peste est quant à elle accompagnée d’une transition graphique marquante où les couleurs deviennent verdâtres et l’ambiance presque cauchemardesque.

Les thèmes intemporels – la peur de la mort, l’amour, le sens de la vie, la quête de liberté – irriguent le récit de bout en bout. Dans un cadre médiéval qui, bien que lointain, résonne avec des préoccupations contemporaines, l’attitude d’Anselmo face à sa prophétie de mort imminente, oscillant entre insouciance et désespoir, interroge sur la manière dont chacun de nous choisit de vivre avec la conscience de sa propre finitude. Entre aventure, psychologie et réflexion existentielle, ce roman graphique étonne par son univers visuel, son écriture fine et son exploration des thèmes de la destinée et de la mort…

L’Aventurier, Alessandro Tota et Andrea Settimo 
Glénat, septembre 2024, 184 pages 

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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