« L’Âge Bête » : les hauts et les bas de l’adolescence

Dans L’Âge Bête, Jonathan Munoz explore sa jeunesse à travers le prisme de ses années collège et lycée. Après Petit Journal d’un gros fragile, il nous embarque à nouveau dans les méandres de ses souvenirs d’adolescent, une période pleine de bouleversements, de découvertes et d’émotions contrastées. 

Jonathan Munoz se penche et s’épanche sur une décennie charnière : de ses 11 à ses 20 ans. Sans faux-semblant, il nous fait suivre son évolution, ses interactions sociales, ses premières amours, ses déconvenues, mais aussi les épreuves difficiles de la vie. Les situations qui rythment son quotidien, qu’elles soient marquées par la violence scolaire, la découverte de la sexualité ou la perte d’un parent, dessinent un parcours initiatique qui résonnera forcément avec l’expérience personnelle de nombreux lecteurs.

Les anecdotes sont nombreuses et variées : de la confrontation avec Kader, un caïd de l’école qui menace Jonathan de mort pour une broutille, à son éveil sexuel (en toute autonomie…). Chaque événement est raconté avec la même sincérité, sans fausse pudeur et avec la distance qui permet aujourd’hui d’y apporter ce qu’il faut de légèreté. 

L’humour de Jonathan Munoz repose sur le décalage et l’autodérision. On rit de ses mésaventures, mais on est aussi ému par ses réflexions et ses blessures. La manière dont il retrace ses premiers émois amoureux, ses maladresses adolescentes, ses premiers échecs et son désir de s’affirmer fait écho à un grand nombre d’entre nous. C’est cette universalité qui permet au lecteur de se retrouver dans l’histoire de ce personnage souvent délicieusement pathétique.

Les échanges embarrassants avec les filles, les altercations dans la cour de récréation, les mésaventures cocasses cohabitent avec des sujets plus graves et douloureux. Il en va ainsi de la mort de son père, qui marque évidemment un tournant dans l’histoire de Jonathan Munoz. Ce contraste entre les légèretés de l’adolescence et les épreuves plus sombres qui jalonnent le parcours du jeune garçon renforce le côté doux-amer de l’album, même si le deuil occupe une place relativement chiche en comparaison aux moments plus drôles.

Visuellement, L’Âge Bête fait écho à Petit Journal d’un gros fragile. Le dessin de Jonathan Munoz, toujours aussi simple mais incroyablement expressif, capte parfaitement l’essence des émotions et des moments forts. L’ensemble fait office de miroir de l’adolescence, cette période de la vie où l’on se confronte à soi-même et aux autres, où chaque petite victoire est vécue comme un exploit, mais chaque échec, aussi minime soit-il, semble une catastrophe. 

L’Âge Bête est une bande dessinée touchante, riche de nostalgie, mais aussi pleine d’humour. L’album, d’un humour très « Fluide glacial », vous invite à revivre ces années de transition, avec toute la tendresse et la fraîcheur d’un auteur qui sait parler de la jeunesse sans fard.

L’Âge bête, Jonathan Munoz
Fluide glacial, janvier 2025, 56 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Les Naufragés du Lavalette : légende marine

« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ? - Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »

« Le Fantôme de l’opéra » : horreur en musique

Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.

« Le Parfum des feuilles de thé » : reprendre racine

Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.