Marty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes
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Accueil A Lire BD Mangas PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Jonathan Fanara Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées et des actualités DVD/bluray Dans un univers dystopique parfois suffocant, La Mécanique présente une humanité en déroute. Premier volet d’une série signée Kevan Stevens et Jef, « En moi le chaos » plonge le lecteur dans une mégalopole glaçante, où la technocratie et la criminalité se disputent le contrôle des lieux, tandis qu’une drogue musicale dévastatrice nommée « Blast » se répand dans les rues comme une traînée de poudre. Dans une mégapole futuriste aux allures de fin du monde, le Mayor, implacable, se pose en gouverneur tyrannique. Cloîtré dans un penthouse qui surplombe la misère humaine, il observe depuis son balcon un camp de réfugiés entassés aux portes de la ville, soumis à une répression féroce. Dès les premières pages, la typologie des personnages fait son œuvre : d’un côté la puissance, de l’autre la détresse ; la première a la seconde au bout de son fusil. L’imagerie dystopique déployée par Kevan Stevens et Jef convoque bon nombre de références, dont Blade Runner et Akira. On a aussi droit à une cité verticale aux accès limités, avec des niveaux renvoyant au pedigree de ceux qui les fréquentent, ce qui peut rappeler L’Incal de Moebius. C’est dans ce cadre que s’épanouit un récit choral, complexe, parfois obscur, habité par des personnages dont les quêtes personnelles s’entrelacent dans une sorte de ballet tragique. Le Mayor incarne la décadence et la folie d’un pouvoir absolu, obsédé par la violence. À l’opposé, sa fille Safir exprime un besoin évident de liberté et de rébellion face à l’autorité paternelle. Son lien protecteur avec son frère handicapé l’humanise encore davantage. L’idée d’une drogue musicale comme le « Blast » enrichit la réflexion sur la dictature culturelle et la privation de liberté. Interdire la musique physique, symbole de l’expression individuelle, revient à éradiquer toute forme de mémoire et de subversion. Cette dystopie musicale fait écho à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, où les autodafés de livres signaient l’éradication de la pensée critique. Dans La Mécanique, le « Blast » devient le dernier refuge des âmes en quête de transcendance dans une société gangrenée par la surveillance. Le trait nerveux de Jef lui donne corps avec des décors oppressants et beaucoup de détails immersifs, qui renforcent l’ambiance claustrophobe d’une cité où l’humanité est écrasée sous le poids du béton et du métal. La Mécanique conserve des zones d’ombre mais interroge déjà des problématiques contemporaines comme les crises migratoires, amplifiées par le dérèglement climatique, ou les inégalités économiques, auxquelles renvoient l’opulence des élites et la détresse des exclus. Ce premier tome passe aussi par un musicien dissident, migrant opérant clandestinement lors de soirées érotiques. Foisonnant, sombre, « En moi le chaos » trouvera sans mal sa place dans le paysage de la science-fiction contre-utopique. La Mécanique, Kevan Stevens et Jef Soleil, janvier 2025, 84 pages Note des lecteurs0 Note3.5
La rédaction LeMagduCiné·MusiqueMarty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes