« La Chandelle du bon roy Henri » : royales péripéties

Après le succès du Royal Fondement, Philippe Charlot et Éric Hübsch poursuivent leur exploration des travers historiques des rois de France. Cette fois, c’est Henri IV qui se trouve au centre d’une comédie historique légère, bien qu’ancrée dans des faits réels et documentés. Avec La Chandelle du bon roy Henri, les auteurs nous plongent dans les affres intimes du Vert Galant, entre amourettes et problèmes urinaires, dans un Paris du XVIe siècle particulièrement vivant.

La Chandelle du bon roy Henri se déroule à la fin du XVIe siècle, juste après qu’Henri IV a été couronné roi de France. Malgré ses exploits amoureux et son un certain charisme, le Vert Galant n’est pas au sommet de sa forme. Le roi souffre en effet de graves problèmes urinaires, conséquence de ses nombreuses aventures sexuelles et d’une maladie vénérienne. Le médecin royal, sous pression, fait appel à Bertille, une rebouteuse de renom, pour l’aider à trouver un remède. Ce dernier passera par des moyens peu conventionnels, comme l’utilisation d’une canule – autrement dit, une chandelle. Un procédé peu glorieux, mais bien réel dans le contexte historique.

L’histoire suit en parallèle la trajectoire de Mathilde, une jeune provinciale en quête d’amour dans la capitale. Elle se lie avec Thibault, un jeune saltimbanque un peu rêveur, et un hypnotiseur en herbe, qui, par un concours de circonstances, se retrouvera impliqué dans le traitement royal. Le tout se déroule dans une ambiance à la fois burlesque et romanesque, où les enjeux intimes du roi se mêlent à des intrigues d’amour et de manipulation mentale. Partout, c’est la légèreté qui affleure : dans les rapports entre Mathilde et sa tante diseuse de bonne aventure ; dans les outrances romantiques de Thibault ; dans la voracité charnelle du roi…

Philippe Charlot mêle avec talent fiction et réalité. Si les maux de Henri IV sont documentés (il souffrait effectivement de problèmes urinaires liés à une maladie vénérienne), l’auteur ne s’attache pas à une reconstitution historique minutieuse, puisqu’il laisse place à une libre interprétation, nourrie d’humour et de quiproquos. Chaque ingrédient est savamment pesé : une chandelle pour le burlesque, une histoire d’amour pour injecter ce qu’il faut de tendresse, une évocation de la religion dans ses habits les plus hypocrites…

Philippe Charlot dépeint un roi peu glorieux, confronté à des faiblesses humaines qui le rendent avant tout touchant et humain. Là où les reconstitutions historiques nous habituent traditionnellement aux intrigues de pouvoir et de palais, on est ici en présence d’un homme certes soucieux de son image, mais probablement plus encore d’être bien entouré – c’est-à-dire par des jeunes femmes sculpturales et ouvertes d’esprit. 

Les dessins d’Éric Hübsch transportent le lecteur directement dans l’ambiance de Paris à la fin du XVIe siècle, notamment à travers des scènes de rue, les intérieurs feutrés des palais et, bien entendu, la mise en scène du roi Henri IV. On se plaît à vivre par procuration les malheurs du plus haut dignitaire de France et la fébrilité amoureuse d’un saltimbanque désargenté. La Chandelle du bon roy Henri est à ce titre un album sans grande prétention mais qui se lit avec plaisir. L’humour est au rendez-vous, les personnages sont bien caractérisés, et l’histoire, bien que prévisible dans ses grandes lignes, réserve quelques moments agréables. 

La Chandelle du bon roy Henri, Philippe Charlot et Éric Hübsch  
Bamboo, janvier 2025, 64 pages 

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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