« Hippie Papy » : Honoré et les autres

Zidrou et Arno Monin signent une comédie familiale qui gratte doucement là où ça chatouille. Ils mettent en scène un vieux hippie qui fait du yoga à poil dans son jardin, un fils notaire coincé, une belle-fille qui surveille l’héritage comme le lait sur le feu et un fils adoptif débarqué de Montréal sans prévenir. 

Honoré Codicille-Débours. Le nom à lui seul vaut le détour. Ancien notaire de très courte durée (il a tenu… une journée), soixante-huitard impénitent, adepte du yoga, du naturisme et des routes indiennes, il a consacré sa vie à ses idéaux plutôt qu’à sa famille. Aujourd’hui octogénaire, il squatte le cabanon au fond du jardin de sa propre maison de maître, celle que son fils et sa belle-fille considèrent déjà comme la leur. Quand il ne médite pas en tenue d’Adam, il planifie son retour en Inde pour aider des sinistrés d’un séisme, au grand dam de ses proches. Et puis Kiann débarque. Fils adoptif indien, installé au Québec, inconnu du reste de la famille. L’équilibre chancelant de la maison vole en éclats.

Au-delà des questions d’héritage et des secrets cachés, Zidrou et Arno Monin effleurent une question qui mériterait peut-être un développement plus étayé : cet homme qui a choisi la route plutôt que son fils, qu’a-t-il vraiment transmis, et à quel prix ? Car Honoré n’a, semble-t-il, pas pris ses responsabilités paternelles à la hauteur de ses engagements sociaux étrangers. Cette thématique est reléguée à l’arrière-plan d’une comédie assumée et réjouissante. Les situations s’enchaînent avec une légèreté maîtrisée, les dialogues ont ce mordant tendre propre à Zidrou (les bras comparés à des tuteurs de plants de tomates) et la chute reste particulièrement savoureuse. 

Arno Monin nous gratifie d’un trait semi-réaliste et d’une colorisation aux tons chauds et diffus. Les personnages sont incarnés avec soin, Honoré en particulier ayant cette présence lumineuse et décalée qu’on n’oublie pas facilement. C’est d’autant plus évident quand on le compare avec sa belle-fille, arc-boutée à un héritage sur lequel elle voit planer toutes les menaces possibles. 

Hippie Papy vous installe finalement pour une heure en compagnie d’une famille bancale, imparfaite mais très attachante. Les auteurs rappellent au passage que l’héritage le plus précieux n’est pas toujours celui qu’on pense : l’éducation, les souvenirs partagés, la maison, quelques vieilles cassettes : le choix est moins évident qu’il n’y paraît. 

Hippie Papy, Zidrou et Arno Monin
Bamboo, 29 avril 2026, 72 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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