« Hacendado, l’honneur et le sang » : une lecture désertique de l’humanité

Les éditions Glénat publient Hacendado, l’honneur et le sang, de Philippe Thirault et Gilles Mezzomo. Les auteurs dessinent un tableau implacable et brutal de l’État de Sonora au Mexique, en 1863, à travers l’histoire familiale tragique d’une lignée de conquistadors.

Philippe Thirault et Gilles Mezzomo immergent leurs lecteurs dans un monde déchiré par la violence et la criminalité quotidienne. Du Mexique des années 1860, ils tirent un western aux teintes sombres et aux enjeux profonds. La frontière entre le bien et le mal y apparaît aussi poreuse que celle qui sépare l’homme de la bête.

Don Armando, issu d’une lignée de conquistadors, est un Hacendado qui perpétue les valeurs de justice et d’honneur dans une région reculée et désertique frappée par la barbarie. L’intrigue s’amorce réellement quand il prend la décision de condamner son fils, Don Diego, à une mort lente et certaine dans le sinistre désert de Sonora. Sans autre forme de procès, l’homme semble convaincu de la culpabilité de son fils dans le meurtre de la jeune Doña Joselita. Cette justice expéditive, en violation flagrante avec les lois du sang, amène le lecteur à prendre parti pour Diego.

La spirale de la violence s’accentue encore avec l’entrée en scène d’Abraham Hinter et sa bande de chasseurs d’Apaches. Ils sont sans pitié, ils sèment la mort et vendent le scalp des indigènes aux plus offrants. Partie retrouver son fils dans l’espoir de le sauver et le réhabiliter, Doña Maria va bientôt voir de quelle étoffe se constituent ces êtres vils et sanguinaires, rencontrés en chemin.

À certains égards, Doña Maria incarne la complexité morale de l’histoire. C’est une femme tiraillée entre son amour maternel et la connaissance troublante, maintenue secrète, des crimes de son fils. Sa volonté obstinée de le protéger, malgré les conséquences dévastatrices qui peuvent en découler, met en évidence les dilemmes moraux auxquels elle est confrontée. Elle espère sincèrement que son mari se trompe, que son fils a conservé cette innocence qui le caractérisait jadis. Mais certains indices auraient dû l’alerter…

L’intégration de la violence dans l’intrigue est, plus qu’un aspect marquant de l’œuvre, une constante. L’époque est impitoyable : les cadavres jonchent le désert, les têtes font office de trophées, des épidémies sont sciemment répandues parmi les tribus autochtones. Même les histoires d’amour, mort-nées, sont rendues tragiques par la possessivité et l’aliénation des hommes.

Hacendado, l’honneur et le sang interroge la justice et la confiance, dans un monde privé d’espoir et d’éthique. Chaque personnage est confronté à ses propres démons, secrets et tragédies, que le ballet des révélations va peu à peu brasser. Philippe Thirault et Gilles Mezzomo réalisent un travail remarquable, plus dense qu’il n’y paraît, en explorant la complexité de la nature humaine dans un environnement hostile et souvent impitoyable.

Hacendado, l’honneur et le sang, Philippe Thirault et Gilles Mezzomo
Glénat, juin 2023, 88 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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