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« Gun Crazy », acte 2

Quelques semaines seulement après la parution d’un premier épisode décapant, Gun Crazy remet le couvert aux éditions Glénat. Moins prolixe, plus rythmé, toujours aussi déjanté, ce second tome fait s’entrecroiser tous les protagonistes précédemment aperçus.

Dans son acte inaugural, Gun Crazy faisait converger cinq personnages pour le moins désaxés vers les lumières artificielles de Las Vegas. Chacun y menait une croisade personnelle dans un esprit trash parfaitement assumé. Faisons le tour du propriétaire. Dolly Sanchez et Lanoya O’Brien, anciennes militaires, forment un couple de lesbiennes tueuses de rednecks. Superwhiteman, affublé d’un costume rappelant le KKK, entend préserver la pureté des États-Unis en les débarrassant de ses minorités. John St Pierre purge l’Église de ses prêtres pédophiles. Enfin, le respectable sergent Nolti a habitué son chien aux saveurs de la viande indienne.

Ce second tome de Gun Crazy est une forme d’apothéose. La choralité du premier épisode prend tout son sens, puisque tous les protagonistes aperçus plus tôt vont se rencontrer. En schématisant, on pourrait dire que chacun est censé honorer un contrat l’enjoignant à liquider une tierce personne. Dolly et Lanoya ont pour mission d’assassiner Superwhiteman : l’argent ainsi récolté doit leur permettre de partir en Suisse, où un magot les attend. Le sergent Nolti est lui aussi sur les traces de Superwhiteman, qui a toutefois d’autres projets en tête : envoyer St Pierre au paradis des justiciers morts au combat.

Doté de couleurs pétillantes, fort d’une organisation des planches souvent inventive (un œil central et cinq branches ou une pleine page agrémentée de quatre vignettes allongées, par exemple), ce nouvel épisode de Gun Crazy garde la même formule que son prédécesseur – veine tarantinesque, hommage aux VHS, fausses affiches de films… – tout en se montrant moins verbeux et plus animé. Steve D et Jef s’en donnent en effet à cœur joie : des vannes sur Céline Dion, un musicologue cherchant à réhabiliter Wagner en Israël doublé d’un assassin travesti, une fusillade dans les chiottes d’une discothèque, un Superwhiteman en mode Travis Bickle (« Va falloir nettoyer toute cette merde au Kärcher »), un Yakub Dreamovitch iconique et au destin tragicomique, Nolti tentant de refourguer un Country Joe Fish démoniaque à son ex-femme, un four à peintures en guise de tombeau, etc.

On ignore pour l’instant si Gun Crazy se prolongera au-delà de ces deux tomes. L’arc narratif mis en images par Steve D et Jef offre en tout cas, en l’état, une fin satisfaisante. De cette série, on retiendra un souffle revigorant, des personnages hauts en couleur, une intrigue surréaliste et sanguinaire, un spectacle décapant et un verbe bien troussé, le tout couplé à un travail graphique certes inégal, mais globalement réussi. Cinégénique, radical, souvent jubilatoire, Gun Crazy a été au bout de sa logique et a transformé sa choralité en une explosion de violence et de verve. C’est précisément ce qu’on en attendait.

Aperçu : Gun Crazy 2 (Glénat)

Gun Crazy 2, Steve D et Jef
Glénat, mai 2021, 120 pages

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Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées.