Dragon Ball Full Color (4-7) : un entre-deux décisif

Entre la conclusion du premier Tenkaichi Budokai et l’irruption de Tenshinhan dans l’univers de Dragon Ball, Akira Toriyama construit une transition en apparence discrète, mais pourtant décisive pour la suite des événements. Cette période charnière, quelque peu éclipsée par les combats plus spectaculaires des arcs suivants, glisse peu à peu de la comédie et l’esprit d’aventure vers une forme plus dramatique — prémices d’un futur déjà en gestation.

Dragon-Ball-Full-Color-L-enfance-de-Goku-Tome-05Haletante a été la finale entre Goku et Jackie Chun (le maître Kame sous couverture). Après un échec au plus près du but, le jeune garçon entame un nouveau périple, seul cette fois. Son itinérance le mène sur les traces des Dragon Balls, un chemin où il croise une forte adversité humaine, organisée et impitoyable. Face à l’armée du Ruban Rouge, aux officiers extravagants mais dangereux comme le Commandant Blue ou encore le redoutable Tao Pai Pai, Goku doit s’affirmer en tant que combattant. Et le récit, mine de rien, change de ton. Le lecteur passe des entraînements bon enfant pré-Tenkaichi Budokai à l’extrême cruauté d’une société tentaculaire et hautement militarisée.

Cette étape conditionne la trajectoire de Goku : il apprend à se méfier, à réfléchir, à encaisser, soit autant de leçons qui vont nourrir sa progression. C’est aussi la première fois qu’il prend conscience, non pas de sa force seulement, mais de sa mission implicite : corriger les injustices, protéger les faibles, vaincre ceux qui abusent de leur pouvoir. Un idéal qui ne le quittera plus.

Autour du jeune héros, les antagonistes se diversifient : tantôt grotesques, tantôt glaçants, ils composent une galerie haute en couleur, avec cette capacité propre à Akira Toriyama de mêler le caricatural au menaçant. Mention spéciale au Ninja Pourpre ou au Général White, qui président à des séquences où le pastiche le dispute à la tension. Plus généralement, cette période agit comme un sas. Les épreuves affrontées par Goku prennent un sens quasi initiatique. On assiste à la transformation d’un enfant curieux en futur guerrier. L’ADN de la série est en cours de fixation.Dragon-Ball-Full-Color-L-enfance-de-Goku-Tome-06

En filigrane, Toriyama prépare le terrain pour l’arc du 22e Tenkaichi Budokai et l’arrivée de Tenshinhan, un rival charismatique, issu d’une autre école martiale. C’est le début d’une structuration plus claire des forces en présence, avec l’émergence de clans, de lignées d’arts martiaux, de traditions antagonistes. Dragon Ball entre alors dans sa phase « classique », celle qui fondera les grandes lignes de la saga, qui mènent tout droit à l’arc Piccolo.

Dragon-Ball-Full-Color-L-enfance-de-Goku-Tome-07Entretemps, plusieurs sous-intrigues auront tenu le lecteur en haleine : le combat contre Tao Pai Pai, tueur à gages impitoyable ; l’ascension de la tour céleste pour rencontrer Karin, le maître-chat ; l’assaut de la Muscle Tower et la découverte de C8 ; la lutte contre l’armée du Ruban Rouge ; ou encore le tournoi organisé par la voyante Baba et la rencontre posthume avec Son Gohan, le grand-père défunt de Goku.

La publication de cette portion de l’histoire en version « Full Color » par les éditions Glénat offre un relief nouveau à ces arcs de transition. La colorisation, fidèle et soignée, permet d’apprécier toute la richesse visuelle de l’univers de Toriyama. Les décors prennent une ampleur nouvelle : montagnes, forêts, bases militaires, tout devient plus tangible, plus immersif. Les scènes de combat, quant à elles, gagnent en lisibilité et en intensité.

Ce segment intermédiaire de Dragon Ball, passage d’un tournoi à un autre, constitue une phase de consolidation (des personnages) et d’élévation (des enjeux). Goku y gagne en profondeur, l’univers s’élargit et les thématiques prennent une épaisseur insoupçonnée. Une montée en puissance maîtrisée, annonciatrice d’un âge d’or du shōnen.

Note des lecteurs0 Note
5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

Gavagai, et autres malentendus : du postcolonialisme mou

"Gavagai" entend nous instruire de la grande affaire des rapports post-coloniaux, mais n'aboutit qu'à un petit drame sans aspérité.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet. 

« Mudlarks » : l’enfance de Dickens

En imaginant la rencontre du jeune Charles Dickens avec Oliver, enfant des rues et alouette de la Tamise, Philippe Charlot et Manu Cassier font de Mudlarks le récit d’une double initiation : celle d’un garçon brutalement confronté à la misère londonienne et celle d’un futur écrivain découvrant, au contact des oubliés, la matière humaine de son œuvre.