« Dr. Brain » : dualité

Le roman graphique Dr. Brain, de Jacga Hong, paraît aux éditions Kbooks Life. Entre suspense et science-fiction, l’histoire dépeint un monde où la technologie cérébrale avancée permet d’explorer les souvenirs post-mortem. Le protagoniste, Sewon, un individu atteint du syndrome d’Asperger, par ailleurs chercheur en neurosciences, prend part à une enquête complexe et troublante.

Sewon est un personnage énigmatique et peu sociable. Ce chercheur en neurosciences est introduit par le détective privé Aaron Morris dans une enquête impliquant une firme pharmaceutique. Le jeune homme se connecte au cortex cérébral d’un défunt, une expérience lui offrant une porte d’entrée vers un labyrinthe de souvenirs emmêlés, où le réel et l’imaginaire finissent parfois par se confondre.

Mais remontons un peu le temps. C’est la mort précoce de sa mère, victime d’un accident causé par un narcoleptique, qui a laissé en Sewon une empreinte indélébile le guidant vers les neurosciences. La technologie de connexion cérébrale, encore balbutiante mais dans laquelle il se distingue, lui offre un moyen d’explorer la mémoire d’autrui. Mais elle implique aussi l’apparition d’effets secondaires inattendus…

C’est la première grande révélation de Jacga Hong. Aaron Morris et Sewon ne font qu’un. L’ex-policier est décédé il y a plusieurs semaines et c’est à l’occasion d’une connexion cérébrale que sa personnalité s’est entrelacée avec celle du jeune chercheur. Décrit comme « un policier hors pair » dont « l’ardeur prenait parfois le dessus sur le protocole », il semble poursuivre son enquête outre-tombe. Cette cohabitation force Sewon à naviguer entre deux identités, entre la justice et l’obsession.

Le premier défunt était lié à St Pharma, une entreprise impliquée dans un scandale de somnifères génériques aux effets secondaires dangereux. Ce fil conducteur mène Sewon dans les méandres d’une conspiration où la science et la morale se heurtent. Haletant, le récit va se densifier avec cette affaire et ses ramifications, ainsi que les personnages qui y sont liés, de près comme de loin, dont les inspecteurs Mélanie et Vincent.

Si les révélations finales s’avèrent assez convenues, et si le vernis neuro-scientifique a ses limites, Dr. Brain n’en demeure pas moins un page-turner redoutablement efficace. Sewon et son double Aaron sont suffisamment bien caractérisés pour que le lecteur s’intéresse à leurs pérégrinations et l’altérité devient même un pivot du récit. Jacga Hong réussit à tisser une intrigue bien rythmée, où chaque fil narratif est soigneusement noué aux autres.

Dr. Brain, Jacga Hong
Delcourt/Kbooks life, novembre 2023, 350 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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