Conclusion convaincante de « BRZRKR »

Violence brute, quête introspective, BRZRKR, co-créée par Keanu Reeves et Matt Kindt, plonge le lecteur dans l’existence tourmentée de B., un guerrier immortel pris dans les affres d’un monde en perdition et en pleine recherche d’identité. 

Ce troisième tome vient conclure une trilogie shootée à la testostérone mais pas exempte d’enjeux profonds. Dès le départ, BRZRKR se démarquait par son protagoniste principal, B., machine à tuer qu’une caractérisation soignée permettait d’humaniser peu à peu. Bien qu’immortel, B. est mû par une certaine fragilité émotionnelle, résultat de millénaires d’existence et de conflits incessants, ainsi que d’une confusion identitaire dont il essaie de se départir. Cette dualité entre invulnérabilité extérieure et vulnérabilité intérieure constitue le cœur battant de l’œuvre de Keanu Reeves et Matt Kindt.

Une fois encore, chaque page se mue en une expérience graphique intense. Les scènes de combat, d’une violence exacerbée, sont à la fois captivantes et horrifiantes. Bien que les styles visuels diffèrent, on peut rapprocher les tableaux du dessinateur Ron Garney de ceux d’un Todd McFarlane en ce sens qu’ils se présentent de manière explicite, sans fausse pudeur.

Au-delà de cet aspect viscéral, BRZRKR continue d’explorer des thèmes universels tels que la quête d’identité, le poids de l’immortalité et la recherche de rédemption. La série interroge d’un bout à l’autre la nature humaine, à travers un personnage qui, malgré sa force surhumaine, se retrouve éternellement en quête de sens et de connexion avec un passé à démystifier. 

Le dernier tome de cette trilogie apporte quelques-unes des réponses longtemps recherchées sur les origines de B. Les révélations qui en découlent, mais aussi les relations entre le guerrier et la chercheuse qui sonde son esprit, ainsi que les intentions des autorités, constituent la sève de cet album, fidèle à l’essence brutale de la série. Certains pourraient toutefois, à raison, rester sur leur faim devant une conclusion quelque peu ambiguë, ou regretter que d’autres portes n’aient pas été ouvertes par les auteurs au cours du récit. 

Quoi qu’il en soit, Keanu Reeves et Matt Kindt nous ont offert une expérience viscérale, visuellement abrupte. Leur saga, parsemée de moments de violence extrême, se nourrit aussi de réflexions sur l’humanité, la souffrance et la rédemption. De quoi satisfaire différents publics sans rien sacrifier des intentions initiales. 

BRZRKR (tome 3), Keanu Reeves, Matt Kindt et Ron Garney
Delcourt, janvier 2024

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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