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« Bad News : L’Histoire du porn » : l’exploration amusée de Davy Mourier

Aux éditions Delcourt, dans la collection « Shampooing », paraît Bad News : L’Histoire du porn, une balade mi-amusée mi-fascinée de Davy Mourier depuis les prémisses de l’industrie pornographique jusqu’à ses transformations les plus récentes.

C’est une enquête menée tambour battant, sur un sujet de société difficile à décrypter, et avec une ironie souvent contagieuse. Le scénariste et dessinateur Davy Mourier explore le porno de ses balbutiements à ses représentations les plus récentes, souvent liées à l’émergence de l’Internet ces vingt dernières années. Comme il l’indique d’ailleurs lui-même, sa bande dessinée n’a rien d’un manuel scolaire factuel et pompeux : il y verse des expériences personnelles, un point de vue espiègle et des éléments insolites de nature à éveiller la stupéfaction du lecteur. Le tout avec des planches bon enfant, plus prodigues de gags que de grivoiseries.

Si l’on considère les premières représentations pornographiques gravées dans la pierre au temps de la préhistoire, on peut dire que les images à caractère sexuel ont partie liée avec l’humanité. Plus proche de nous, on peut se remémorer les strip-teases du Moulin Rouge ou la spintria, cette monnaie romaine dévolue aux plaisirs charnels, qui servait exclusivement à rémunérer les prostituées. À une époque encore plus récente, la pornographie a connu trois grands booms : cinématographique d’abord, avec une industrie lui étant entièrement dédiée, téléphonique ensuite, avec le Minitel et les lignes dites « roses », virtuelle enfin, puisque l’essor de l’Internet a permis l’éclosion des forums, des chat rooms et la prolifération des sites pornographiques (de YouPorn à Chaturbate).

Pendant son exploration dessinée, Davy Mourier s’intéresse à plusieurs faits surprenants. C’est John Harvey Kellog, l’inventeur des célèbres céréales, se dressant contre la masturbation, censée selon lui provoquer la mort, et préconisant de brûler le clitoris des fillettes à l’acide ou d’enfermer le sexe des garçons dans une cage. C’est un jeu d’échecs jouable à distance entre deux Minitels, créé par Marc Simoncini, devenu le lieu de rencontre insolite de tous les échangistes de France, qui se servaient de son système de chat pour communiquer entre eux. En chiffres, on apprend par ailleurs que 25% des recherches sur Internet sont liées à la pornographie, que seul Pokémon Go a réussi à battre le porno en termes de volume de trafic, que chaque année 13 000 vidéos sont produites…

S’il arbore un ton détaché et volontiers railleur, Bad News : L’Histoire du porn ne passe pas pour autant sous silence toutes les dérives relatives à son objet : les anecdotes et arnaques des salons de l’érotisme, les réseaux mafieux attendant le retour à Paris d’actrices payées au lance-pierres, dépouillées sur les quais de la gare de ce qu’elles ont péniblement gagné en allant tourner quelques jours en Hongrie, les frontières poreuses entre le consentement et l’abus sexuel, la manière dont certaines filles sont poussées à réaliser des scènes extrêmes ou simplement dupées quant au travail à exécuter. Le porno est un monde performatif, sous certaines formes peu encadré, soumis à des diktats économiques et à une course à la surenchère.

Du Code Hays aux camgirls, du simple baiser censuré aux vidéos de niche sur Internet, Davy Mourier raconte avec légèreté une Histoire du porn. Ce qu’on en retient, au-delà des anecdotes croustillantes et des descriptions parfois plus douloureuses, c’est l’attrait exercé par le sexe et ses représentations sur le quidam. À chaque étape de son développement, et derrière sa pluralité, la pornographie a toujours rencontré son public, dont les habitudes de consommation et les attentes ont évolué à travers le temps.

Aperçu : Bad News : L’Histoire du porn (Delcourt/Shampooing)

Bad News : L’Histoire du porn, Davy Mourier
Delcourt/Shampooing, mai 2021, 192 pages

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Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées.