« Adrian Carton de Wiart » : le guerrier inébranlable

Parmi les figures héroïques qui ont marqué les deux guerres mondiales, peu peuvent se targuer d’un parcours aussi invraisemblable qu’Adrian Carton de Wiart. Véritable « machine de guerre », ce Belge, officier dans l’armée britannique, a incarné la ténacité et l’absurde résilience d’un soldat prêt à tout endurer. Le Petit Théâtre des Opérations, signé Julien Hervieux et illustré par Monsieur le Chien, rend hommage à ce personnage hors norme dans un récit aussi amusant qu’instructif.

Né à Bruxelles en 1880, Adrian Carton de Wiart voit le jour dans une famille aisée, mais son enfance mouvementée, passée en Égypte, forge rapidement un caractère inflexible. À neuf ans, il est envoyé dans un pensionnat britannique où il se découvre un goût prononcé pour les bagarres, au grand dam de ses camarades. Peu enclin aux études, il s’enfuit quelques années plus tard, falsifie ses papiers et s’engage dans l’armée anglaise pour combattre lors de la guerre des Boers. Si le bureau de recrutement avait été différent, il aurait tout aussi bien pu se retrouver du côté adverse – un détail révélateur de son goût pour le combat plutôt que pour une cause.

Adrian Carton de Wiart est presque surréaliste. Ses blessures sont innombrables – au visage, à la tête, à la jambe, à l’estomac, à la hanche. Il perd un œil et s’arrache deux doigts, las de l’indécision d’un médecin. Le tout sans jamais perdre son sang-froid ni son insatiable envie d’en découdre. Il faut se figurer un éclopé obstiné, partant à l’assaut désarmé, suivi par un second dont la mission consiste à transporter… sa couette et son réchaud ! L’homme est de cette trempe-là. Il survivra d’ailleurs à plusieurs crashs d’avion, en dépit des probabilités.

Il ne connaît par ailleurs aucune frontière. De la France à la Norvège, en passant par la Yougoslavie et la Pologne, il incarne l’omniprésence britannique sur tous les fronts. Pilote, diplomate ou simple soldat, il traverse les conflits avec une ténacité qui frôle l’absurde. Sa biographie regorge d’exploits dignes d’un roman d’aventure. Cocasse, il n’hésite pas à revendiquer ses origines belges devant le Roi d’Angleterre, quitte à le fâcher. 

À travers un humour décapant, Julien Hervieux et Monsieur le Chien caractérisent un personnage aussi légendaire qu’improbable. L’album comporte d’ailleurs des fiches humoristiques sous forme d’apartés historiques qui permettent de mieux contextualiser ses exploits. Le Petit Théâtre des Opérations se délecte des anecdotes rocambolesques d’un soldat jusqu’au-boutiste. Adrian Carton de Wiart nous apparaît entre absurdité et courage inébranlable, mû par la soif d’en découdre, ne cédant jamais devant une blessure, ne craignant finalement que la lassitude de la paix.

Le Petit Théâtre des Opérations : Adrian Carton de Wiart. Julien Hervieux et Monsieur le Chien 
Fluide glacial, novembre 2024, 56 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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