Trois nouveaux ouvrages dans la collection « Espace des sciences » des éditions Apogée

Le Système solaire, Vie et mort des étoiles et Du Big Bang à nos jours paraissent simultanément aux éditions Apogée, dans la collection de vulgarisation « Espace des sciences ». Priscilla Abraham et Bruno Mauguin y usent de leurs capacités de synthèse pour rendre accessibles au plus grand nombre des matières cosmologiques pourtant complexes.

C’était il y a 13,7 milliards d’années. L’univers s’est concentré en un point si restreint que la température y a atteint plusieurs milliards de milliards de degrés. Il s’est ensuite brusquement dilaté dans une explosion considérée comme originelle, avant que les températures ne chutent et que la force gravitationnelle n’apparaisse. Cette genèse nous est contée très clairement par Priscilla Abraham et Bruno Mauguin dans Du Big Bang à nos jours, qui prend le parti de raconter l’évolution de l’univers selon un calendrier cosmique où une seconde équivaut à 500 ans. Une échelle de temps qui renvoie l’extinction des dinosaures sur Terre (- 65 millions d’années) au 29 décembre à midi et l’avènement des hominidés (- 6 à 7 millions d’années) au 31 décembre à 20 heures. De quoi relativiser notre place dans la grande Histoire.

D’autres données incitent à l’humilité. Ainsi, les auteurs nous apprennent dans Le Système solaire que notre galaxie, la Voie lactée, contient entre 200 et 400 milliards d’étoiles. Le soleil a beau représenter 99,87% de la masse totale d’un système au sein duquel il occupe une place centrale, il n’est, de manière quasi insignifiante, que l’une de ces innombrables étoiles. Et ce d’autant plus qu’on dénombre quelques centaines de milliards de galaxies dans l’univers, chacune contenant en moyenne 100 milliards d’étoiles. On sait finalement peu de choses de cette vertigineuse immensité. La Voie lactée, en revanche, nous est beaucoup plus familière. Elle se compose de planètes telluriques caractérisées par une croûte solide composée de roche (comme la Terre) et de planètes gazeuses sur lesquelles on ne peut ni marcher ni déposer de matériel (comme Jupiter). Toutes circulent sur des trajectoires appelées des orbites.

Le Système solaire va à l’essentiel et explique de quoi est constitué l’environnement immédiat de la Terre. Le Soleil est une étoile qui brille depuis cinq milliards d’années et dont le diamètre représente 109 fois celui de notre planète. Il s’agit d’une énorme boule de gaz, composée essentiellement d’hydrogène portée à de très hautes températures et soumis à des pressions importantes, se transformant en hélium par réaction de fusion thermonucléaire. Mercure est un monde désolé et dépourvu de vie. Sa surface ressemble à celle de la Lune : elle est criblée de cratères d’impact de météorites. Il y fait jusqu’à 430 degrés le jour et – 180 degrés la nuit. Vénus a une pression atmosphérique à peu près 90 fois supérieure à celle qui s’exerce sur Terre et se compose essentiellement de gaz carbonique, ce qui rend son atmosphère irrespirable. Des pluies acides, de puissants orages d’altitude et un effet de serre maintenant des températures moyennes au sol avoisinant les 450 degrés s’y conjuguent. Mars est un désert de glace balayé par des vents violents pouvant atteindre jusqu’à 400 km/h et occasionnant d’importantes tempêtes de sable. Son atmosphère est principalement constituée de gaz carbonique et elle est dépourvue de couche d’ozone permettant d’absorber les rayons UV nocifs. Du liquide y aurait circulé et il est donc possible que durant son histoire, la planète rouge ait connu des conditions favorables au développement d’une forme de vie.

Un même travail de vulgarisation s’applique à Vie et mort des étoiles. Les auteurs y rappellent que la compréhension du cycle de vie des étoiles remonte aux observations des Chinois au XIe siècle, et notamment à l’endroit de la nébuleuse du crabe. Les galaxies contiennent en moyenne 100 milliards d’étoiles. Ces dernières « s’allument » quand la matière s’agite, un mouvement amorcé par une onde de choc ou par un réchauffement brutal. Du globule de Bok aux réactions de fusion nucléaire dégageant d’énormes quantités d’énergie, Priscilla Abraham et Bruno Mauguin narrent une épopée cosmique fascinante. Et au passage, ils prennent le contrepied de plusieurs idées reçues. L’une d’entre elles stipule par exemple que les étoiles les plus massives seraient celles qui durent le plus longtemps. Une autre porte à croire que l’étoile est un système figé, alors que son équilibre peut être perturbé, ce qui nécessitera alors un réajustement structurel. La spectroscopie, une longue description de la mort du Soleil (avec des phases d’expansion durant lesquelles son diamètre ne cesse de grandir jusqu’à former une supergéante rouge), la fabrication de la matière (nous sommes tous constitués de résidus d’étoiles explosées) complètent cette lecture riche en enseignements et accessible au profane.

Enfin, Du Big Bang à nos jours reprend les grands événements de la genèse de l’Univers et du monde tel qu’on le connaît. Les premières galaxies apparaissent 600 à 700 millions d’années après le Big Bang. Elles sont alors plus proches les unes des autres, mais aussi plus petites qu’aujourd’hui. Elles se sont en fait regroupées au fil du temps pour former des amas de plusieurs galaxies. C’est ainsi que notre Voie lactée s’est formée à partir de cinq petites entités auparavant indépendantes. De premiers indices d’activité biologique datent de 3,85 milliards d’années. Il s’agirait de molécules ARN ayant la possibilité de se répliquer sans apport de protéine. Il y a 530 millions d’années apparait une grande diversité d’espèces animales marines. Puis, les premières plantes terrestres, il y a 475 millions d’années, et les premiers reptiles, il y a 315 millions d’années. Ainsi, en compagnie des deux auteurs, nous remontons un calendrier cosmique à travers lequel certaines interactions se font jour. La matière, les éléments, la vie font suite à des processus longs et complexes, tirant leur origine d’une explosion séminale. Un phénomène qui transparaît clairement dans les trois ouvrages, lesquels se complètent utilement et offrent une documentation précieuse sur les études cosmologiques.

Le Système solaire, Vie et mort des étoiles et Du Big Bang à nos jours
Priscilla Abraham et Bruno Mauguin
Apogée, août 2022, 72 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

L’Étrange Festival 2026 : Turgaud, savoir garder ses distances

"Turgaud", le nouveau film d'Adilkhan Yerzhanov, plonge dans Karatas, ville fictive du Kazakhstan, où un garde du corps se retrouve tiraillé entre fidélité à son employeur et justice. Un néo-western contemplatif, entre western spaghetti et allégorie politique, porté par ses acteurs fétiches.

L’Étrange Festival 2026 : Ghost in the cell, la grande dissection

Dans "Ghost in the Cell", une prison indonésienne bascule dans la terreur quand un fantôme artiste se met à tuer les détenus. Bandes rivales et gardiens corrompus doivent s'unir pour survivre. Joko Anwar mêle gore, comédie burlesque et satire politique sur la corruption et le pouvoir.

Deauville 2026 : Méli-Mélo, dessiner pour ne pas oublier

"Méli-Mélo" suit une fille qui refuse d'oublier sa mère emportée par l'Alzheimer. Leah Nelson tire du livre de Sarah Leavitt une animation adulte, dure et lumineuse à la fois, portée par un dessin qui résiste à l'effacement. Rare incursion de l'animation en compétition à Deauville.

Deauville 2026 : Django Unchained – Once upon a Time (in) America

Pour célébrer les 250 ans de l'indépendance des États-Unis, le Festival de Deauville propose cette année une rétrospective inédite de 15 films dans la sélection "Once upon a Time (in) America". De "La Ruée vers l'or" de Charlie Chaplin à "Here" de Robert Zemeckis, il nous invite à un voyage dans l'histoire du cinéma et d'un pays bâti sur la liberté, la conquête, mais aussi la violence et la ségrégation. "Django Unchained", le premier western de Quentin Tarantino, témoigne ainsi du passé esclavagiste américain à travers un récit de vengeance à la fois brutal, émouvant et jubilatoire.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Viser juste : le premier livre d’Adèle Haenel

Le livre de l'actrice et militante Adèle Haenel "Viser juste" est sorti le 21 août 2026. Véritable enquête littéraire (alternant théâtre, script, essai, récit et analyse), le livre ne se contente pas de raconter, mais propose de penser autrement, de décortiquer le langage pour sortir du récit créé par les dominants, comme au cinéma quand c'est le réalisateur seul qui est tout-puissant, invisibilisant tout le travail collectif. L'écriture de "Viser juste" est aussi travaillée qu'incisive, elle nous plonge au cœur du sujet sans baisser les yeux. Adèle ne se contente pas de témoigner, mais analyse le système qui a rendu possible, et rend encore possible, l'agression dont elle a été victime enfant.

Décolorer sa fille: « rate ta vie ma fille et applique toi! »

Dans un premier roman déchirant et prenant Décolorer sa fille Lucie Bérard ausculte avec liberté et minutie la contamination de la vie de son héroïne de vingt cinq ans par sa généalogie. Dans un style intrépide, hybridant l’anodin et l’existentiel, la jeune autrice dépeint la suffocation et le recroquevillement d’une vie de fille littéralement décolorée et rendue exsangue par toute une lignée de mère et grand-mère serviles et souffrantes.

« Les Rêves ne vieillissent jamais » : Gérard Guégan, franc-tireur dans la cinéphilie

Écrivain, éditeur, journaliste et cinéphile indiscipliné, Gérard Guégan traverse dans Les Rêves ne vieillissent jamais plusieurs décennies de cinéma en refusant soigneusement de marcher au pas. De Chabrol à Eustache, de Nicholas Ray à Cimino, de John Wayne à Clint Eastwood, ses souvenirs composent moins une histoire ordonnée du septième art qu’une sorte d'autoportrait par films interposés. Avec une constante : le goût de contredire les hiérarchies établies et de rappeler qu’en matière de cinéma, les mauvais garçons ont parfois de meilleurs yeux que les arbitres du bon goût.