« Projecteurs & Caméras »: au service du cinéma

Projecteurs & Caméras retrace la riche histoire technologique de la société Pathé, en explorant près de 90 années d’innovations dans le domaine cinématographique. L’ouvrage, richement illustré, met en lumière l’évolution des dispositifs Pathé, non seulement dans leur aspect technique, mais aussi à l’égard de leur influence culturelle et sociale. Par le biais d’une présentation détaillée, il donne à voir un généreux panorama des formats, des machines et des enjeux qui ont façonné le cinéma amateur et professionnel.

Projecteurs & Caméras nous plonge au cœur des appareils Pathé, de leurs débuts en 1896 jusqu’à la fin de leur production d’appareils analogiques. À travers une chronologie précise, Anne Gourdet-Marès revient sur l’évolution des caméras et projecteurs Pathé, dont les innovations successives ont permis à l’entreprise de relever les défis auxquels elle a été confrontée. De l’introduction du format 28 mm avec le Pathé-KOK à l’avènement du Pathé-Baby en 9,5 mm, chaque appareil est minutieusement documenté, soulignant l’impact esthétique et économique des choix technologiques de la firme. Un parallèle intéressant entre l’évolution technique et l’essor d’une cinématographie domestique apparaît clairement. L’approche pragmatique et pionnière de Pathé est mise en valeur à chaque page : la société a façonné les usages cinématographiques, tant chez les professionnels que chez les amateurs, en conformant ses dispositifs aux besoins des utilisateurs.

Projecteurs & Caméras se penche sur les « formats-dispositifs » de Pathé, un terme technique qui désigne l’alliance entre la largeur de film et les appareils spécifiques, formant ainsi un écosystème de diffusion. Ces formats, tels que le 9,5 mm pour le Pathé-Baby ou le 17,5 mm du Pathé-Rural, ont constitué non seulement des solutions techniques mais également des véhicules culturels, permettant une diffusion plus large des pratiques cinématographiques, notamment en dehors des centres urbains. Anne Gourdet-Marès montre par le menu comment Pathé a démocratisé l’accès à l’image animée, touchant au gré des décennies des publics de plus en plus variés, des salons privés aux campagnes rurales, avec des appareils dont la praticité allait crescendo. Cette approche reflète parfaitement la philosophie de Pathé, qui transparaît clairement dans l’ouvrage : rendre le cinéma accessible et autonome, ce qui s’avère pertinent pour mieux comprendre l’ancrage social et culturel du médium dans la première moitié du XXe siècle.

L’un des aspects essentiels de Projecteurs & Caméras réside dans la riche présentation de la collection d’appareils Pathé de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. Cette dernière a su rassembler, patiemment, une collection exceptionnelle de plus de 800 pièces qui retracent l’histoire technique et industrielle de la société. Grâce aux acquisitions de collectionneurs passionnés comme Robert Guénet ou Jean-Claude Laubie, des pièces d’une valeur inestimable ont été rassemblées, et elles donnent lieu, ensemble, à une mémoire collective et technique. C’est ce patrimoine qui se transmet dans le présent ouvrage, de la visionneuse Pathéorama aux projecteurs Super Pathé-Rural et Super Pathé 16 en passant par l’équipement industriel pour la fabrication des pellicules en 9,5 mm et substandards.

En plus d’exposer les données techniques, Anne Gourdet-Marès s’interroge également sur les enjeux esthétiques et sociétaux liés aux appareils Pathé. En effet, l’ouvrage propose une réflexion sur la portée des formats réduits dans l’histoire de la culture visuelle, tout en rappelant leur rôle dans l’émergence d’un « grand public » cinématographique, comme l’a défini Edgar Morin. La technicité des machines Pathé est ainsi explorée dans un contexte plus large, où l’économie, la culture populaire et la technique s’entremêlent pour former un ensemble cohérent. La description des appareils ouvre alors un champ de réflexion plus vaste, qui contextualise l’information, où la technologie cinématographique est envisagée comme un catalyseur de transformations adjacentes. Pathé et ses appareils s’inscrivent dans une réalité avec laquelle ils ne cessent d’interagir. 

Que retenir de Projecteurs & Caméras ? Une certaine exhaustivité à défaut d’une exhaustivité certaine, qui permet, au-delà du catalogue d’appareils, de rendre hommage à l’histoire du cinéma, à la fois technique et humaine, via le prisme de la société Pathé. Cette dernière apparaît en pionnière qui a su marier innovation et accessibilité. Richement documenté, l’ouvrage d’Anne Gourdet-Marès demeure un outil précieux pour les chercheurs, les collectionneurs, mais aussi pour tous les curieux souhaitant comprendre l’impact de l’évolution technique sur la diffusion de l’image animée. Ce panorama de l’industrie Pathé devient, en filigrane, une fresque de la démocratisation du cinéma, dans ses gestes, ses objets et ses usages.

Projecteurs & Caméras, Anne Gourdet-Marès
Pathé, octobre 2024, 392 pages

Note des lecteurs3 Notes
5

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.

The Social Reckoning : la data du jugement

Aaron Sorkin repasse derrière la caméra pour raconter les "Facebook Files", la lanceuse d'alerte Frances Haugen et un Mark Zuckerberg glaçant joué par Jeremy Strong. Un film-dossier dynamique et limpide, à la mise en scène sage, qui interroge notre rapport aux réseaux sociaux et à la vérité.

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Dollars de guerre » : l’Amérique au front, avec ses vieux démons

Pour le quatrième et dernier volet des aventures de Ferdinand Tirancourt, Philippe Pelaez et Francis Porcel ramènent leur antihéros dans la boue de la Grande Guerre. Mais sous l’uniforme américain cette fois, et flanqué de deux compagnons dont les histoires disent une autre guerre, intérieure celle-là : celle d’une Amérique blanche qui envoie combattre des hommes qu’elle ne considère pas encore comme ses égaux.

« Une histoire du cinéma français – 1990-1999 » : la machine et ses mutations

Dans "Une histoire du cinéma français – 1990-1999", Denis Zorgniotti et Ulysse Lledo reviennent avec générosité sur une formidable mécanique en mouvement. Une machine française, avec ses vieilles pièces et ses jeunes moteurs, ses artisans et ses industriels, ses vedettes et ses francs-tireurs, ses ratés, ses emballements et ses inventions. Des auteurs consacrés aux nouveaux visages, de Besson à Carax, de Binoche à Trintignant, de la pellicule aux premiers bouleversements numériques, de La Haine à Kirikou et la Sorcière, les années 90 apparaissent dans l'Hexagone comme un atelier à ciel ouvert : le cinéma français s’y transforme peu à peu…

Faire la peau : le brûlot qui affronte le tabou de la violence des mères

Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?