Les Passagers de Julia Brandon

Qui sont Les Passagers de Julia Brandon ? L’œuvre est parue chez Le Lys Bleu Édition. Dans ce roman acidulé et coloré, l’auteure saupoudre un gâteau sucré de larmes et parfois de sang. Un ensemble détonant, qui mixe l’ouvrage jeunesse à l’obscurité.

Depuis que sa fille Nejma est décédée à l’âge de cinq ans, Gustave déploie toute sa force pour la sauver. Pour cela, il consomme des confiseries ensorcelées, des bonbons lui permettant de voyager dans le temps. En parallèle, l’ado Félix se rend compte qu’il est doté de pouvoirs surnaturels… Quel est ce lien si particulier qui unit ces deux personnages ? La magie, bien entendu.

Julia Brandon raconte la triste histoire d’un enseignant qui a perdu l’espoir…

Pour ce premier roman, Julia Brandon mise sur la nostalgie. Auteure de nouvelles, ce livre est un format plus long. Pour cela, elle décide de tisser une grande toile où tout est connecté. Son héros atypique appelé Gustave se démène pour ressusciter sa fille, en achetant des « rebrousse-temps », auxquels il devient accro. Dans la vallée fictive de Pallia, son neveu – le très curieux Félix ne tarde pas à le suivre dans ses mystérieuses visites. Par ailleurs, Félix découvre qu’il a des capacités plutôt étranges. Par exemple, il semble manipuler la glace. Lors d’une discussion, les deux protagonistes se rendent compte qu’ils sont tous les deux des mages très puissants, liés par une prophétie. Une amitié atypique naît entre l’homme brisé, dépressif, mais déterminé et l’adolescent optimiste, rejeté pour sa différence.

« Si tu tues qui que ce soit dans le passé, alors le présent n’existe plus. »

Les tentatives de Gustave se répètent. Il avale un bonbon, revit indéfiniment la même scène, retrouvant sa fille noyée… Mais à force de déjouer les lois de la nature de la sorte, quelles en seront les conséquences ? Julia Brandon instaure un monde où la magie est un mythe. Les descriptions des lieux ressemblent à un genre de petit village au cœur de la Suisse. Là-bas, les habitants coulent de jours heureux… Mais cette apparente plénitude va se retrouver bouleversée du jour au lendemain, lorsqu’une succession d’évènements tragiques s’enchaîne, changeant la face de ce lieu préservé de l’industrie lourde. Dans un climat idyllique, Gustave et Félix se trouvent l’un et l’autre, puisqu’ils sont très seuls. En effet, les parents du garçon voient d’un très mauvais œil sa télépathie et son affinité avec l’eau.

Derrière un bon moment de divertissement : des thèmes plus adultes

Le ton du texte varie. Alors que certains passages pourraient être intégrés à des contes pour enfants, d’autres exposent des visions cauchemardesques comme des incendies criminels, le suicide, la mort de jeunes enfants, et même la torture. Comment juger un homme obsédé à l’idée de modifier les lois de la nature ? Le lecteur éprouve une empathie progressive pour Gustave. Réussira t-il à sauver sa fille ? Est-ce vraiment une bonne idée ? Autour de ces deux protagonistes, d’autres têtes évoluent dont les collègues sorciers, qui vivent dans un manoir isolé. Rejeté, car différent, Félix apprend petit à petit à s’accepter. Une belle métaphore pour s’encourager, assumer sa personnalité et ses traits uniques. Outre ce message positif, l’approche du deuil est sérieusement imagée. En réalité, cette obsession malsaine pourrait bien causer du tort à celui qui en souffre le plus…

Au fil de ce long ouvrage, le lecteur ressentira le frisson et rira souvent. En effet, avec une bonne dose d’humour, cette découverte parfois pesante grâce à une atmosphère effrayante insuffle un vent de fraîcheur. Consciente de la complexité de son propre univers, Julia Brandon joue avec les attentes du lecteur et superpose de nombreuses intrigues. En résulte un genre de mille-feuilles, où le dénouement est totalement impossible à prédire et heureusement ! Enfin, il semblerait que des références à la saga Harry Potter et autres monuments destinés à la jeunesse et aux adolescents se soient glissés dans ce roman ! Une lecture intense et touchante.

Les passagers, Julia Brandon
Lys Bleu Édition, août 2021, 300 pages

Festival

Cannes 2026 : The Match, en prolongation

Présenté à Cannes Première 2026, The Match rejoue le quart de finale Argentine-Angleterre de 1986 comme un récit politique, populaire et sportif, porté par la légende Maradona.

Cannes 2026 : Histoires parallèles, fictions imbriquées

La fiction peut-elle devenir une réalité ? Ou changer notre perception du réel ? Comment l'observation stimule-t-elle l'une de nos capacités les plus singulières, l'imagination ? En s'interrogeant ainsi sur la frontière entre invention et vérité, à travers les trois piliers que constituent l'écriture, l'image et le son, Asghar Farhadi propose dans "Histoires Parallèles" une ode théâtrale à la création qui décrypte la complexité des rapports humains.

Cannes 2026 : Fatherland, l’exil sans fin

Dans Fatherland, présenté à Cannes 2026, Pawel Pawlikowski filme Thomas Mann de retour dans une Allemagne déchirée, entre tensions géopolitiques et blessures intimes jamais refermées.

Cannes 2026 : Blaise, ni sage ni sauvage

Comédie d'animation corrosive et désenchantée, "Blaise" plonge dans le quotidien d'une famille parisienne coincée entre ses contradictions de classe et ses petits arrangements avec la réalité. Un portrait de famille autant qu'un miroir tendu à une époque experte dans l'art d'esquiver les crises, qui s’accumulent jusqu’à un point de non-retour.

Newsletter

À ne pas manquer

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.

La Grande Extase du sculpteur sur bois Steiner (1974) de Werner Herzog : le temps suspendu

A l’aide d’une caméra 16 mm haute vitesse, Herzog filme merveilleusement bien ce qui, dans ce sport atypique, constitue son vrai centre d’intérêt : ces instants où, suspendu dans l’air, le skieur défie le temps et l’espace. Loin de l’ingrate « solitude » du coureur de fond, le sauteur à ski est un rêveur qui offre son extase en spectacle.

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

« Censure & cinéma » : une collection mise à l’honneur

De la classification française aux plateformes mondialisées, en passant par le gore italien, les blasphèmes de Luis Buñuel ou les polémiques plus contemporaines, Darkness, censure & cinéma propose un recueil de textes éloquents quant aux différentes formes de censure. C'est à découvrir aux éditions LettMotif.

« Questions de cinéma 2 » : un art en mouvement perpétuel

À travers une série d’entretiens d’une remarquable densité, Nicolas Saada propose aux éditions Carlotta une plongée dans les strates invisibles du cinéma, là où se nouent les enjeux entre la technique, l'intuition et le regard.

Les 100 plus grands joueurs de foot mis à l’honneur

Les éditions L'Imprévu consacrent un ouvrage richement illustré aux 100 plus grands joueurs de football des années 2000.