Les enfants sont rois, de Delphine de Vigan, un roman fascinant sur les enfants surexposés aux réseaux

Delphine de Vigan, romancière française réputée pour sa plume sensible et poétique, nous livre ici un incroyable roman, une claque, sur un sujet actuel maîtrisé avec brio : les enfants surexposés aux réseaux sociaux. Contrairement à sa consœur, Éliette Abécassis, qui parlait des dérives des applications dans Instagrammable sans approfondissements scientifiques, De Vigan pousse, dans Les enfants sont rois, l’analyse psychologique et sociologique de l’impact du virtuel sur nos vies à son paroxysme.

La télé-réalité, premier pas vers les réseaux sociaux

Adolescente, Mélanie Claux est fascinée par la télé-réalité et Loana, qu’elle considère comme son idole : une starlette partie de rien, rendue célèbre pour sa participation à Loft Story. Son plus grand rêve ? Être connue de tous en participant elle aussi à une émission qui la révélerait à la France entière. Mais si Loana était une jolie femme envoûtante, Mélanie est quelconque en comparaison. C’est pourquoi elle va réaliser son rêve à travers ses enfants. 

En effet, Kimmy Diore, la fille de Mélanie Claux, est une enfant spéciale, elle est la star, avec son frère, d’un compte Instagram et d’une chaîne YouTube sur lesquels Mélanie les met quotidiennement en scène et partage des fragments de vie sur la toile avec leurs fans, des millions d’abonnés. Si au départ, les enfants semblent enthousiastes à jouer les apprentis acteurs, Kimmy semble finalement fatiguée de cette mise en scène permanente au sein de son foyer, l’obligeant à jouer la comédie, apprendre son texte pour briller devant la caméra et de la violation de son intimité, y compris dans sa propre chambre. 

Lorsque celle-ci est kidnappée, point névralgique de l’intrigue du roman, c’est Clara, que tout oppose à Mélanie, qui va mener l’enquête. Flic discrète, elle ne comprend pas l’engouement suscité par la chaîne de Mélanie et ses enfants, Happy récré, et se tient loin des réseaux, qu’elle considère comme néfastes. 

L’ennui et la vacuité de la vie comme point de départ à la virtualité

Le roman est passionnant, et met en exergue des thèmes actuels comme l’addiction à la dopamine, cette décharge d’hormone du plaisir qui survient à chaque like, à chaque commentaire, à chaque notification et le besoin féroce d’exister et de partager quotidiennement sur la toile, que nous connaissons aujourd’hui tous. Mais pas seulement, à travers son envie d’exposer ses enfants au monde entier, on comprend l’ennui profond qui anesthésie Mélanie, l’ennui de la routine, l’ennui d’une existence plate et morne. Une existence sans exposition, sans adulation, qui équivaut au néant et fait émerger l’interrogation suivante : existe-t-on véritablement sans le regard des autres braqué sur soi ? Le thème de la maltraitance de l’enfant y est également omniprésent.

Un roman puissant qui montre les conséquences désastreuses de la surexposition des enfants aux réseaux

Outre une écriture fluide, propre à Delphine de Vigan, profonde et d’une justesse incroyable, qui fait s’interroger chaque personnage sur le sens de sa vie, soulevant des questions existentielles, on soulignera à la fin de ce roman la chute magistrale de l’autrice française qui en fait un livre exceptionnel. Une dizaine d’années après le kidnapping de Kimmy Diore, la romancière expose sa théorie sur les  conséquences désastreuses d’une exposition prolongée des enfants aux réseaux sociaux, appuyée par des recherches scientifiques et médicales poussées. 

Alors, filmer ses enfants et diffuser les images sur la toile pour des millions d’euros, qui serviront à leur offrir une vie confortable et faste, à financer leurs études, à forger l’admiration d’une communauté de fans, est-ce immoral ? 

Le lecteur se fera sa propre opinion. 

Les enfants sont rois, Delphine de Vigan
Gallimard, mars 2021, 267 pages

Festival

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Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

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Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

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