La belle famille : un roman palpitant

La maison Flammarion, à travers sa collection de littérature française, nous a habitués à des romans aux intrigues haletantes, bien ficelées, loin des livres dont l’écriture et le style priment le fond. Avec La Belle Famille, Laure de Rivières confirme la renommée de la maison et signe une œuvre incroyable, impossible à lâcher, dont l’histoire s’inspire de faits réels. Un engrenage, qui happe aussi bien le personnage principal que le lecteur. 

La Belle Famille conte le destin cruel de Manon, une jeune baby-sitter d’à peine vingt ans qui accepte de garder les cinq enfants d’un couple pour gagner un peu d’argent. Famille bourgeoise, aristocrate même, très attachée à la perpétuation des traditions, c’est l’engeance au sein de laquelle Manon plonge, et, très vite, elle y découvre une atmosphère étrange, pleine de mystère.

Lorsque la mère de famille décède subitement, Manon prend sa place auprès des enfants, par amour, par abnégation, mais aussi dans le coeur du père endeuillé, qui parvient malgré tout à la séduire par sa stature, son assurance et lui manifeste ses besoins affectifs. Si après quelques mois, le quotidien de Manon peut laisser penser à un conte de fées moderne, entre la jolie bâtisse, le bel homme assuré, cultivé, issu d’une grande famille, très vite, le décor s’obscurcit avec une première crise de colère, suivie d’une pique acerbe. Puis d’une deuxième, jusqu’au harcèlement moral. Tiraillée entre les illusions des sentiments et le dévouement pour la fratrie à laquelle elle s’est attachée, Manon se retrouve prise au piège d’une toile complexe, celle que cet homme manipulateur, catholique intégriste, tisse autour d’elle et dont elle peine à se dépêtrer.

Chapitre après chapitre, à travers les différentes voix de ce roman polyphonique, nous découvrons les attaques psychologiques dont Manon est victime, les montagnes russes qu’emprunte sa vie, et nous assistons, impuissants, au sort de la jeune femme torturée mentalement, qui reste malgré tout auprès de son bourreau dans l’expectative de jours meilleurs, enchaînée à ses espoirs.

Tous les ingrédients d’un bon roman sont présents et distillés avec brio, de la justesse et la pertinence de chaque personnage, des descriptions plus que réalistes des moeurs de l’aristocratie (des rallyes aux messes en passant par les idéologies politiques fortes), à cette intrigue subtile qui se décline peu à peu, le tout servi par une jolie plume, travaillée mais facile à lire. Les amateurs de littérature argueront sans doute que la simplicité du style le dessert, mais c’est ce qui fait le charme de ce roman : tourner les pages sans efforts et trépigner à l’idée de reprendre sa lecture après une pause.

Mais ne vous méprenez pas, La Belle Famille n’a rien d’un « page-turner » dont l’unique but serait la distraction. Il évoque des thèmes graves, la maladie mentale, le harcèlement, la manipulation. Il s’agit d’un roman brillant, à lire d’urgence ou à offrir à ses proches.

La belle famille, Laure de Rivières
Éditions Flammarion, mai 2022, 400 pages

 

 

Festival

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