Jocelyn Bouquillard revient sur les temples, pagodes et sanctuaires dans l’estampe japonaise

Les éditions Hazan publient Temples, pagodes et sanctuaires par les grands maîtres de l’estampe japonaise, un coffret conçu par le spécialiste et conservateur Jocelyn Bouquillard, qui s’inscrit dans une somptueuse et déjà riche collection.

Au cœur de la civilisation nippone, les temples, pagodes et sanctuaires occupent une place prépondérante, tant d’un point de vue religieux que socioculturel. Ils sont le berceau des traditions séculaires et le creuset de la pensée spirituelle japonaise, marquée par le shintoïsme et le bouddhisme.

Le temple (tera) est le lieu de culte du bouddhisme, arrivé au Japon au VIème siècle, empreint de spiritualité et d’une esthétique sereine. La pagode (), originaire de l’Inde ancienne, est un édifice bouddhiste à plusieurs niveaux destiné à conserver des reliques et autres objets sacrés. Enfin, le sanctuaire (jinja), est un lieu sacré du shintoïsme, religion autochtone du Japon qui vénère les kami, esprits de la nature.

Ces édifices sont intimement liés au paysage japonais, à sa géographie, à sa saisonnalité et à ses croyances. Immergés dans la nature, ils symbolisent la coexistence harmonieuse de l’homme avec son environnement, idée fondamentale dans l’art et la pensée japonaise.

Les temples, pagodes et sanctuaires dans l’histoire de l‘ukiyo-e et du meisho-e

L‘ukiyo-e, ou « images du monde flottant », est une forme d’art populaire japonaise qui a émergé à l’époque d’Edo (1603-1868). Ces estampes, produites en série à partir de planches de bois gravées, représentaient la vie quotidienne, les paysages, les acteurs du kabuki et les belles courtisanes.

L’incorporation des temples, pagodes et sanctuaires dans l‘ukiyo-e est une affirmation de leur importance culturelle. Des maîtres tels qu’Hokusai et Hiroshige, ont souvent utilisé ces motifs dans leurs œuvres. Dans sa célèbre série Trente-six vues du mont Fuji, Hokusai met en scène des temples et pagodes en relation avec le mont sacré. Hiroshige, quant à lui, a souvent représenté les sanctuaires dans sa série Cent vues célèbres d’Edo.

Certains maîtres de l’estampe ont contribué à des albums touristiques illustrés où certains lieux réputés comportant des temples ou des sanctuaires étaient représentés sous une forme picturale. Connues sous le nom de meisho-e, ces œuvres ont inscrit plus avant ces sites sacrés dans la culture nippone.

Ces estampes ne sont pas seulement des représentations esthétiques ; elles sont également un témoignage historique des transformations sociales et culturelles du Japon. Les maîtres de l‘ukiyo-e utilisaient par exemple ces édifices pour souligner la juxtaposition du sacré et du profane, de la tradition et de la modernité, reflétant ainsi les tensions et les dynamiques de leur époque. Et comme le note à dessein Jocelyn Bouquillard, les croyances bouddhiques ont souvent lié ces lieux aux lacs et aux étangs, en plus d’en conditionner, de multiples façons, les illustrations.

Des exemples en cascade

Le grand Bouddha de Kamakura de Kawase Hasui représente le temple de Kōtoku-in, abritant un gigantesque Bouddha en bronze. Le contraste entre la stature monumentale de la statue et la fragilité de la nature environnante incarne l’éphémère et l’éternel, thèmes chers à l’estampe japonaise. Cette impression, en bonne place dans le livret de Jocelyn Bouquillard, cohabite avec de nombreuses autres, réalisées par Hasegawa Sadanobu, Isshusai Kunikazu ou Nansuitei Yoshiyuki.

Le Pavillon Sazai du temple des Cinq Cents Rakan est une estampe remarquable d’Utagawa Hiroshige qui capture l’architecture singulière du lieu, entouré d’une ambiance champêtre sereine et isolée, évoquant la méditation et la tranquillité. Bâtiment principal du temple Kannon-dô à Asakusa est une estampe signée Eishosai Choki qui donne vie à l’un des sites bouddhistes les plus vénérés de Tokyo. L’estampe, riche en détails architecturaux, représente un grand bâtiment imposant, quadrillé de fidèles et de végétaux, créant une ambiance de dévotion et de respect.

Le Temple Zojô-ji à Shiba, autre estampe d’Utagawa Hiroshige, montre des Japonaises en transit, coincées entre deux imposantes colonnes de ce temple important de Tokyo. Le Sanctuaire de Gangiten à Urae présente un sanctuaire sacré partiellement masqué par les arbres, seulement animé par un public clairsemé, dans une vue exprimant la symbiose entre la nature et le lieu.

Comme toujours, le coffret propose une grande variété d’estampes, arborant autant de motifs secondaires (portails traditionnels, points d’eau, hommes, cerisiers en fleurs…) qu’il n’y a d’artistes et de gravures. Jocelyn Bouquillard poursuit un travail passionné, en complétant utilement une collection démystifiant cet art pictural japonais traditionnel.

Temples, pagodes et sanctuaires par les grands maîtres de l’estampe japonaise, Jocelyn Bouquillard
Hazan, mai 2023, 113 pages

Note des lecteurs0 Note
4.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les Systèmes de protection sociale face aux crises » : regards croisés

À travers une série de contributions consacrées à la pandémie, au climat ou encore au vieillissement démographique, l’ouvrage paru aux PUR observe avec acuité l'état et la lente métamorphose des systèmes sociaux. France, Japon : partout, la crise agit comme révélateur, accélérateur, et parfois même en tant que mise en demeure.

Quelle place pour les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain ?

Sébastien David et Hélène Valmary dirigent aux PUR un ouvrage collectif intitulé Les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain. Ce dernier prend le blockbuster au sérieux : plus qu'un produit industriel ou le symptôme patenté de l’hégémonie Marvel, le super-héros y est analysé comme carrefour de formes, de gestes, de sons, de corps ou encore de croyances. Un laboratoire où le cinéma contemporain rejoue, parfois malgré lui, toute une histoire des images.

« Les Trois Maisons de Michel Foucault » : les demeures de la pensée

Avec "Les Trois Maisons de Michel Foucault", les Presses universitaires de Rennes prennent le parti d'explorer le philosophe français à travers Poitiers, Vendeuvre et Verrue. Le livre transforme ces lieux de vie en véritables chambres d’écho de son œuvre. Une manière singulière, remarquablement incarnée, d’approcher une pensée souvent réduite à ses concepts les plus célèbres.