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Un ouvrage pour mieux mesurer « L’Intelligence du vivant »

Dans L’Intelligence du vivant (Flammarion), Fabienne Chauvière invite dix scientifiques à se pencher sur les capacités de communication et d’adaptabilité des organismes vivants.

Durant l’été 2020, dix scientifiques furent invités à l’antenne de France Inter par Fabienne Chauvière pour s’exprimer sur l’intelligence des organismes vivants. Le présent ouvrage, publié par les éditions Flammarion, permet de prolonger leur tentative de vulgarisation et de démystification de phénomènes naturels souvent méconnus. Blobs, dauphins, oiseaux, abeilles, végétaux, poulpes : nombreux sont les organismes interagissant avec leur environnement, communicant entre eux ou s’adaptant à des stimuli extérieurs. Tout l’intérêt de L’Intelligence du vivant est d’en révéler les secrets tout en restant accessible aux profanes.

Éthologue de formation, Audrey Dussutour se penche sur le blob, un organisme unicellulaire ni animal ni végétal, ressemblant vaguement à une omelette, et dont beaucoup ignorent jusqu’à l’existence. Il peut doubler, voire tripler de taille tous les jours, jusqu’à atteindre une grandeur de deux mètres carrés. Il n’est pas rare de le voir rester en sommeil pendant des semaines, voire des années, dans l’attente de nourriture. Si on le fragmente en plusieurs morceaux, chacun de ceux-ci est à même de mener une existence autonome et pérenne. Audrey Dussutour explique son mode de reproduction (par des spores) et d’alimentation (en engouffrant son repas dans sa membrane), mais aussi ses « qualités » naturelles : le blob se nourrit de bactéries et de champignons avant de rejeter les produits de sa digestion, qui fertilisent alors les sols. Son intelligence se caractérise par un apprentissage par habituation, une capacité à s’agglomérer à d’autres blobs en bonne santé ou encore un comportement spécifique le distinguant de ses pairs.

On change de registre avec François Bouteau, qui s’intéresse aux plantes et les décrit comme des organismes sensibles capables d’entendre et émettre des sons. C’est ainsi, par exemple, qu’elles peuvent se montrer stimulées par le bourdonnement d’un insecte. L’écologue explique que les végétaux sont pourvus d’un système nerveux dans lequel circulent des courants électriques. Ils ont une mémoire, s’éveillent à leur environnement, avec lequel ils interagissent, et communiquent par exemple en émettant un gaz volatile appelé l’éthylène. Dévorée par une chenille, une plante peut ainsi émettre des phéromones sexuelles d’un prédateur qui la débarrassera de son assaillant. La plante communique avec ses couleurs, les odeurs ou d’autres signaux tels que les sons.

Plus loin dans l’ouvrage, les dauphins sont décrits comme des experts en communication gestuelle et vocale. Ils produisent des vocalises lors de comportements spécifiques, et notamment pour signifier une émotion particulière. Mais l’intelligence est largement répandue dans le monde animal. Chez les chats, les chiens, les chevaux ou les moutons, la position des oreilles indique si le sujet est attentif, curieux ou apeuré. Chaque animal a en outre son propre tempérament. Guilhem Lesaffre, ornithologue et naturaliste, rappelle que les corneilles sont capables d’utiliser des pierres pour élever le niveau de l’eau, mais aussi de choisir les plus grosses d’entre elles ou encore de distinguer les objets qui coulent et ceux qui flottent. À Tokyo, des corneilles se servent des voitures comme de casse-noix. Perchés à un carrefour, elles profitent d’un feu rouge pour déposer leurs noix sur la voie publique et les récupèrent ensuite une fois que les voitures les ont écrasées. Mieux : un oiseau africain appelé l’indicateur a recours à des blaireaux pour accéder à la cire d’abeille des ruches. Et les geais ou les corbeaux freux stockent des glands et des noix dans des milliers de cachettes dont ils se souviennent. Le geai buissonnier est même capable de calculer avec précision la date de péremption des aliments qu’il cache. Le pallium, centre des fonctions cognitives supérieures des oiseaux, possède une densité élevée de neurones. Et pour cause : le corbeau possède 180 000 neurones au millimètre carré, alors que l’homme n’en a que 100 000.

Le reste de L’Intelligence du vivant est à l’avenant. Tariq Chekchak parle du biomimétisme par lequel l’homme puise dans les innovations naturelles pour répondre aux enjeux de société. Le velcro ou les recherches sur les tissus des toiles d’araignées en constituent de bons exemples. Laure Bonnaud-Ponticelli nous apprend que les poulpes utilisent des outils, savent éteindre les ampoules de laboratoire ou ouvrir des bocaux. Ils sont dotés en moyenne de 500 millions de neurones. Ils peuvent évaluer les distances et repérer les endroits où ils sont en mesure de s’infiltrer, mais aussi adopter la couleur d’un rocher ou « rayonner » sporadiquement pour distraire un prédateur.

Plus étonnant encore : 30 % des espèces d’orchidées miment l’apparence d’un insecte femelle pour être pollinisées. Notre système immunitaire serait quant à lui renforcé par la proximité des arbres, phénomène dû à l’inhalation des substances volatiles que ces derniers produisent. Loïc Bollache, professeur en écologie, note par ailleurs que certains singes ont élaboré un langage subtil muni d’une véritable grammaire. Il ajoute que chez les baleines, un même sujet peut faire évoluer son langage au cours de la vie et que les abeilles communiquent entre elles grâce à une danse complexe. Elles indiquent ainsi à leurs congénères la direction et la distance du repas. Mais des insectes d’origines géographiques différentes peuvent ne pas se comprendre, car ils ne frétillent pas à la même fréquence et ne tournent pas à la même vitesse. Ces exemples se marient à des dizaines d’autres, qui sont si abondants qu’il nous serait impossible de les répertorier tous ici. C’est précisément cela qui fait l’attrait de cet ouvrage.

L’Intelligence du vivant, Fabienne Chauvière
Flammarion, avril 2021, 256 pages

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Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées.