« Chronologies visuelles des sciences »: cartographies du savoir

Dans le paysage éditorial dédié à la vulgarisation scientifique, les éditions Gallimard ont l’habitude de proposer des beaux-livres encyclopédiques destinés à la jeunesse. Dans le cas présent, avec ces Chronologies visuelles des sciences, elles nous offrent un outil pratique et accessible, richement illustré, et transcendant les frontières disciplinaires pour constituer un ensemble exhaustif et engageant.

La richesse de ce livre est flagrante dès que l’on se plonge dans ses pages intérieures. La périodisation choisie pour diviser l’histoire scientifique est pertinente et le contenu se déploie par thème sur des doubles pages invitant indifféremment à une lecture exhaustive ou sporadique. L’évolution ininterrompue de la pensée humaine trouve une résonance idoine dans la juxtaposition de l’histoire de la robotique, caractérisée par le robot industriel de General Motors en 1961 ou la voiture sans conducteur depuis 2005, de la découverte de l’ADN et de l’ARN ou encore de l’évolution humaine à travers le temps.

L’ouvrage offre également des réflexions variées sur des thèmes urgents comme l’écologie. Un arbre illustratif égrène ses dates-clés dans ses feuilles : le terme « écosystème » est inventé en 1935, le militantisme environnemental compte la création de Greenpeace en 1971 et l’Anthropocène apparaît dans le discours public au cours des années 2000, soulignant l’impact croissant de l’humanité sur la planète. Ailleurs, c’est le plastique ou le nucléaire qui prolongent à leur manière cette thématique, dont on trouve des extensions çà et là dans ces Chronologies visuelles.

Au-delà de ses fiches thématiques, le livre navigue avec didactisme à travers des figures historiques emblématiques telles que Marie Curie, Charles Darwin, Florence Nightingale ou Albert Einstein. Ce dernier, avec sa théorie de la relativité, n’éclipse pas la moins connue Florence Nightingale, pionnière des soins infirmiers modernes. Et si l’on s’arrête précisément sur elle, on notera que les auteurs explicitent parfaitement son recours innovant aux statistiques, matérialisé par le diagramme en rose. Ils rappellent qu’elle a permis de réduire drastiquement le taux de mortalité des soldats durant la guerre de Crimée, en prenant des positions avant-gardistes en termes d’hygiène. De telles intersections entre la science et l’histoire humaine soulignent combien notre progrès scientifique est indissociable de notre évolution sociale et morale.

La polyvalence des ces Chronologies visuelles des sciences est manifeste dans sa couverture de domaines aussi divers que l’archéologie, la biochimie, les nanotechnologies, ou même la philosophie antique grecque. Ce faisceau de sujets converge vers une histoire holistique des sciences. Des spéculations cosmologiques de Thalès à Aristote aux inventions mécaniques d’Archimède, sans oublier la légende de l’instant Eurêka, l’invention de la puce au silicium, la genèse du savon ou l’extinction des espèces (actuellement près de 20 000 espèces seraient menacées par les activités humaines), de nombreux sujets sont traités avec une attention égale et une érudition qui se singularise par son accessibilité.

Chaque fil, qu’il soit scientifique, technologique, environnemental, humain ou philosophique, contribue à former notre tissu historique et existentiel. En cela, Chronologies visuelles des sciences apparaît comme un indispensable compagnon pour toute personne cherchant à comprendre la complexité et l’interconnexion du savoir humain. Ingénieusement conçu, visuellement somptueux, cet ouvrage constitue une mosaïque temporelle dédiée à la découverte humaine, d’une complétude rare.

Chronologies visuelles des sciences, collectif
Gallimard, octobre 2023, 320 pages

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4.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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