« Atlas de la montagne » : les sommets terrestres

Publié aux éditions Autrement, Atlas de la montagne, de Xavier Bernier et Christophe Gauchon, enrichit notre compréhension des sommets terrestres, abordant leurs reliefs, leur environnement et leur rôle touristique ou culturel, ainsi que les défis et les opportunités qu’ils présentent.

Les montagnes, par leur majesté et leur immensité, suscitent depuis toujours fascination et respect. Les auteurs commencent par explorer l’origine de leurs noms, révélant leur signification culturelle et linguistique. Par exemple, le kanji japonais « yama » (山) symbolise la montagne, illustrant l’importance de ces formations géographiques dans diverses cultures. La mesure des montagnes, tôt problématisée dans l’ouvrage, est une science précise qui nécessite une compréhension approfondie du globe et des techniques reproductibles à travers le monde. Les auteurs rappellent cette évidence : la hauteur perçue d’une montagne n’est pas toujours un indicateur fiable de son altitude réelle. 

L’histoire de l’exploration montagneuse est à la fois riche et passionnante. Des aventuriers et géographes comme Alexandra David-Néel et Sven Hedin ont consacré une partie de leur vie à arpenter ces reliefs difficiles. Et quand l’homme a mis les moyens pour la construction d’infrastructures en montagne, comme la route du Karakorum, cela a souvent entraîné des sacrifices importants – dans ce cas précis, avec plus de 1000 travailleurs, principalement pakistanais, ayant péri pendant le chantier.

Les auteurs le rappellent : les montagnes ont nécessité des prouesses d’ingénierie pour leur traversée. Plus prosaïquement, elles font le lit des motards et automobilistes recherchant des sensations fortes et sillonnant volontiers les segments élevés des routes, tandis que les tunnels offrent une alternative pratique mais non sans risque. Les conflits militaires s’invitent aussi dans les régions montagneuses, comme en Afghanistan ou dans le Caucase, et les deux sont irrémédiablement associés dans nos conceptions.

Les montagnes servent souvent de refuges culturels et de conservatoires de traditions nationales. Des groupes ethniques isolés, comme les Berbères ou les Sicules, y préservent leurs modes de vie ancestraux. La densité de la population diminue avec l’altitude, mais certaines garnisons militaires, comme celles du glacier de Siachen, se maintiennent à plus de 6000 mètres. Par ailleurs, Xavier Bernier et Christophe Gauchon font état de dynamiques de peuplement qui peuvent s’inverser en raison des conditions environnementales favorables en altitude, comme la fraîcheur et l’humidité. De nombreuses capitales mondiales, notamment en Afrique et en Amérique latine, se trouvent à plus de 1000 mètres d’altitude, même si elles atteignent rarement l’ampleur démographiques de Mexico. L’urbanisation touristique dans les stations d’altitude témoigne d’un attrait renouvelé pour les montagnes, tout comme la gentrification observée dans des régions comme les Rocheuses du Montana.

Les montagnes sont des écosystèmes fragiles mais cruciaux. Les parcs nationaux, comme celui de Yellowstone ou les réserves alpines, protègent ces espaces naturels. Les phénomènes climatiques y sont exacerbés : le gradient thermique moyen est de -0,6 degrés Celsius par 100 mètres d’altitude, et l’albedo (réflexion de la lumière sur la neige) intensifie l’ensoleillement. Les variations de température peuvent dépasser 50 degrés entre le jour et la nuit, faisant des montagnes des réserves naturelles de froid. Ces conditions extrêmes n’en font pas moins des lieux privilégiés pour l’observation astronomique.

L’Atlas de la Montagne allie histoire, science, culture, écologie et bien entendu géographie pour saisir avec exhaustivité son objet d’étude. Cet ouvrage rappelle l’importance des montagnes dans notre monde, non seulement comme des merveilles naturelles, mais aussi comme des refuges culturels, des défis d’ingénierie et des écosystèmes précieux. 

Atlas de la montagne, Xavier Bernier et Christophe Gauchon
Autrement, juin 2024, 96 pages 

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Cosmos : la splendeur modeste d’une rencontre

Dans Cosmos, Germinal Roaux filme la rencontre bouleversante entre un paysan maya et une intellectuelle en fin de vie. Une œuvre lente, poétique et sensorielle, où la nature, la mort et la transmission composent une intense expérience de cinéma.

Le Virtuose : accord majeur, impact mineur

Entre thriller de casse et drame intime, "Le Virtuose" joue sur plusieurs cordes à la fois, mais pas avec la même justesse. Daniel Roher signe une première fiction habitée par de vraies intentions, portée par un Leo Woodall magnétique, mais qui manque parfois de profondeur dans sa partition. Un film qu'on suit sans déplaisir, sans être mémorable pour autant.

Tout va super : Voir Habib et mourir

Drôle, subtil et bouleversant, Tout va super mêle comédie romantique et réflexion sur la fin de vie. Porté par une distribution éclatante (Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb, Camille Chamoux, Rudy Milstein), le nouveau film de Patrick Cassir a des airs de Blier en plus suave.

The Mandalorian and Grogu, ou la saga Star Wars à bout de Force ?

Après sept ans d’absence au cinéma, The Mandalorian and Grogu ramène enfin Star Wars sur grand écran. Jon Favreau livre une aventure accessible, efficace et parfois franchement plaisante, mais dont le manque d’enjeu, d’ambition visuelle et de souffle cinématographique finit par réduire le retour de la saga à un simple téléfilm de luxe.

Passenger – Frissons routiers balisés pour tenue de route correcte

Avec Passenger, André Øvredal revient à l’horreur d’exploitation pure, entre légende urbaine, présence démoniaque et frissons nocturnes sur les routes. Si son excellente scène d’ouverture et quelques morceaux de mise en scène rappellent son vrai savoir-faire, le film reste trop banal, trop calibré et trop pauvre dans ses personnages pour dépasser le rang de série B honnête.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Léa Lahannier dans les entrailles du cinéma d’horreur français

Avec "Au bord de l’abîme : où en est le cinéma d’horreur français ?", Léa Lahannier entreprend un état des lieux du genre horrifique hexagonal. Elle en exhume la mémoire cinématographique, les motifs, les contradictions et les métamorphoses. C'est à découvrir aux éditions LettMotif.

« L’Odyssée » renaît dans une édition collector

À l’approche de l’adaptation cinématographique annoncée par Christopher Nolan, "L’Odyssée" d’Homère s’offre une nouvelle vie éditoriale. Les éditions La Découverte republient en effet la traduction de Philippe Jaccottet dans une version collector. Une manière de rappeler qu’Ulysse n’a jamais cessé de voyager parmi nous.

« FIFA Connection » : Gianni Infantino, plus que le football ?

Dans "FIFA Connection", le reporter Simon Bolle dresse le portrait d'un dirigeant hors norme : un fils d'immigrés devenu ami des autocrates, chef d'état fantôme d'une organisation plus puissante et opaque que jamais.