Cannes 2017 : Okja joue sur la corde sensible et fait taire les haters… mais pas les hackers

S’il est devenu le film le plus attendu de la compétition ce n’est que pour son mode de distribution, mais Okja n’est pas qu’un produit vendu en ligne, c’est aussi l’œuvre d’un réalisateur aguerri dans l’art délicat du mélange  des genres.

Synopsis : Une petite fille devient amie avec un cochon fabriqué génétiquement appelé Okja. Mais lorsque la taille du cochon prend des proportions gigantesques, la multinationale responsable de sa création décide de le reprendre, forçant la petite fille maintenant adolescente à partir en mission afin de le retrouver.

okja-film-Seo-Hyun-Ahn-Tilda--Swinton-cannes-2017-film-netflixQuelques images et une bande-annonce n’auront pas suffi pour laisser entrevoir le travail de Bong Joon-ho. Pire encore, le teaser mis en ligne la veille de sa présentation officielle nous annonçait une fable enfantine et naïve. C’est aussi le sentiment que peuvent donner les premières minutes du film : entre une Tilda Swinton qui fait sa Tilda Swinton (à savoir extravagante et méconnaissable) et un Giancarlo Esposito qui singe son rôle de Gus Fringe dans Breaking Bad, suivis d’un long quart d’heure sur la ballade de la jeune Mija et de son porcelet géant en images de synthèse, on se dit que l’on est en terrain connu. Fort heureusement, la qualité des effets numériques, et surtout le pouvoir d’attendrissement de ce duo transracial sont tels que notre âme d’enfant est vite touchée et on se laisse prendre au jeu. Le mécanisme narratif qui va se construire ensuite est lui aussi caractéristique des histoires que l’on aimait tant étant plus jeunes, époque Sauvez Willy, et pourtant le soin apporté aux différents personnages, qu’il s’agisse des extrémistes de la cause animale ou de la directrice de cette multinationale aux faux airs de Monsanto, nous évite le manichéisme qu’il y avait à craindre.

Difficile de ne pas tomber sous le charme de cette grosse bestiole malgré son physique repoussant, et donc de ne pas prendre parti pour ses protecteurs. Contrairement à Swinton et Esposito qui restent dans leur registre respectif, Paul Dano renvoie une image à la fois dangereuse et ingénue qui lui sied à merveille, et Jake Gyllenhaal est en totale roue libre dans la peau d’un véto-showman excentrique, une performance comique que l’on n’attendait pas de lui. Mais, assurément, la révélation d’Okja est la jeune Ahn Seo-Hyun qui, du haut de ses treize ans, peut légitimement prétendre au Prix d’interprétation féminine. Et le film n’est pas non plus qu’un véhicule à acteurs : le message qu’il délivre au fur et à mesure que se développe l’intrigue est parfaitement dans l’air du temps et ne devrait laisser aucun de ses spectateurs indifférents. Derrière sa photographie bariolée signée par  Darius Khondji (saluons également sa performance à contre-emploi !), Bong Joon-ho installe un film furieusement désenchanté. Cet attendrissant mélange des genres lui évite surtout de livrer un pensum végataliste démonstratif mais tente plutôt de jouer avec notre imagination commune pour nous mettre face à une réalité qui semble justement sortie d’un cauchemar d’enfant. Ce talent à faire naitre un récit aussi mature à partir d’un pitch au demeurant parfaitement puéril devrait ravir tous les spectateurs… et peut-être même les jurés.

Et pour finir, un conseil d’ami : Restez jusqu’à la fin du générique.

[COMPETITION OFFICIELLE]  Okja

Un film de Bong Joon-Ho
Avec Tilda Swinton, Paul Dano, Seo-Hyun Ahn, Hee-Bong Byun
Distributeur : Netflix
Durée : 1h58
Genre : Action, Aventure, Drame
Date de disponibilité sur Netflix : 28 juin 2017

Corée du Sud, Etats-Unis – 2017

Okja : Bande-annonce

 

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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