Cannes 2017 : Avec Wonderstruck, Todd Haynes fait vibrer le cœur des festivaliers

Présenté en Compétition Internationale, Le Musée des Merveilles (Wonderstruck) sonne comme le retour de Todd Haynes sur la Croisette, deux ans après Carol. Il signe une ode à l’enfance spielbergienne maîtrisée, quoiqu’en manque d’étoffe mais dont la sensibilité pourrait faire mouche parmi les festivaliers.

Synopsis : Ben et Rose souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère (Michelle Williams) l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

Wonderstruck-film-Jaden-Michael-Oakes-Fegley-cannes2017

Après avoir marqué les esprits avec Carol en 2015, obtenant un Prix d’Interprétation à Cannes pour Rooney Mara et nommé à six reprises aux Oscars, Todd Haynes retrouve les marches du Palais des Festivals avec Wonderstruck, l’adaptation du roman de Brian Selznick, à qui l’on doit déjà L’Invention de Hugo Cabret. Au visionnage du film, on ne pourra donc pas être étonné de retrouver les mêmes thématiques qui jalonnaient le film de Martin Scorsese. A cinquante ans d’écart, on découvre le parcours de deux enfants, liés par une surdité commune. Todd Haynes partage son amour du cinéma d’autrefois et concilie le noir et blanc du muet au film parlant pop pour créer une œuvre hybride d’une sensibilité à toute épreuve. Plus encore, Todd Haynes semble avoir été aussi émerveillé par le cinéma de Spielberg, celui qui célèbre l’enfance à travers l’ensemble des films qu’il a réalisés ou produits, d’E.T aux Goonies en passant par Hook. Wonderstruck offre ainsi une double aventure infantile dont la symétrie troublante de deux temporalités différentes apporte son lot de fraîcheur à un genre qui n’avait plus retrouvé la grâce spielbergienne depuis longtemps.

Mais c’est véritablement dans le traitement que le style Haynes se fait ressentir, et plus maîtrisé que jamais. La mise en scène révéle le talent du cinéaste pour les plans académiques mais sophistiqués. Véritable amoureux des époques révolues du cinéma, Todd Haynes s’attache à transmettre la magie de l’âge d’or du cinéma hollywoodien en l’insérant dans notre époque, comme ont su le faire Hugo Cabret et The Artist en leurs temps. D’un premier univers sublimé par le jeu un poil poussif des acteurs, au second prenant place dans le New-York des années 70, en pleine émergence pop et funky, Todd Haynes traite ces deux époques avec le style et la justesse qu’il convient. Par ailleurs, le son semble avoir bénéficié d’un traitement tout particulier puisque les transitions entre les époques muettes et parlantes ainsi que la composition musicale apportent une plus-value indéniable à la poésie du film.

On pourra sans difficulté reprocher à Wonderstruck un manque de panache, des dialogues enfantins qui ne volent pas bien hauts, quelques effets désuets (le générique d’ouverture), un suspense artificiel et une naïveté qui fera parfois lever les yeux au ciel mais Todd Haynes assume cette naïveté et il faut bien dire qu’elle s’avère réconfortante dans une sélection cannoise qui privilégie année après année les films sociaux âpres et rudes (cf. Loveless, vu la veille). Difficile de nier que le film saura toucher l’âme d’enfant qui sommeille dans chaque festivalier. Si Wonderstruck fonctionne donc à plusieurs niveaux, difficile néanmoins de croire qu’il puisse être de taille face aux autres morceaux attendus de la compétition, mais rien n’est encore joué.


[COMPETITION INTERNATIONALE] Le Musée des Merveilles (Wonderstruck)

Un film de Todd Haynes
Avec Julianne Moore, Oakes Fegley, Millicent Simmonds
Distribution : Metropolitan FilmExport
Durée : 117 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 15 novembre 2017

Etats-Unis – 2017

Wonderstruck : Bande-annonce

[irp]

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.
Kévin List
Kévin Listhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile assidu accro au café. Traîne dans les cinémas d'art et d'essai de Paris. Mange dans les food trucks entre deux films. Prend plaisir à débattre dans les bars des alentours de Notre-Dame. Outre son activité sur le site, Kévin est régisseur sur les plateaux de cinéma.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.