Django, un film d’Etienne Comar : Critique

Le titre laissait présager un biopic hagiographique de Django Reinhardt. Il n’en est rien. Le premier film d’Etienne Colmar nous raconte un épisode peu connu de la vie du célèbre guitariste tzigane en pleine seconde guerre mondiale.

Synopsis : Paris, 1943. Django Reinhardt est au sommet de sa gloire. Les occupants allemands lui proposent alors de faire un concert évènement à Berlin. Ne désirant pas s’acoquiner avec ceux qui massacrent son peuple, il demande à une de ses anciennes maitresses de le faire fuir en Suisse. Leur escapade s’arrête à la frontière où il n’a d’autre choix que de se cacher dans un camp tzigane dans la crainte d’être repéré par les nazis.

Une mélodie bien mal accordée

django-reda-kateb-a-la-guitareDjango commence comme il finit : par des prestations musicales d’une qualité irréprochable. Entre ces deux bornes, on retiendra tout particulièrement deux scènes de concert, deux passages obligés : la première servant à introduire le personnage principal, la seconde, près d’une heure et demi plus tard, en guise de climax. On est donc loin d’une comédie musicale qui donnerait envie de se lever pour danser dans la salle. L’ambiance est à l’inverse plutôt maussade puisqu’il apparait rapidement (dès la scène d’ouverture en fait) que le véritable sujet du film n’est pas le jazz manouche qui a rendu Django Reinhardt célèbre dans le monde entier, mais plutôt le génocide qu’a subi la communauté tzigane pendant l’Occupation. De quoi interroger sur le bien-fondé de consacrer un film à un musicien pour effectuer un tel devoir de mémoire.

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Bien qu’il s’agisse de sa première réalisation, Etienne Comar n’est pas un inconnu dans le milieu. Il a commencé sa carrière en tant que producteur au début des années 2000, avant de signer les scénarios de notamment, deux films qui connurent un certain succès : Des hommes et des dieux en 2010 et Mon Roi en 2015. A-t-il tenu à réaliser personnellement Django ou l’a-t-il fait par défaut ? La question reste en suspens, mais toujours est-il que le manque flagrant de fulgurance de sa mise en scène éloigne le résultat final de ce qu’aurait pu en faire des cinéaste de la trempe de, pour reprendre les exemples susnommés, Maïwenn ou Xavier Beauvois (par ailleurs présent dans le film, comme quoi le copinage a la dent dure). Son dispositif scénaristique est un avatar évident de Le Pianiste, consistant à voir les exactions nazies par les yeux d’un musicien qui n’est sauvé de l’Holocauste que par sa musique. Du coup, le fruit du manque de suspense qui émane de ce récit et de django-reda-kateb-dans-la-neigecette réalisation est que le seul et unique enjeu est la fuite en avant de Django Reinhardt. Or, puisque quiconque connait un minimum l’artiste sait qu’il a survécu à la guerre, le parti-pris de concentrer le scénario sur lui devient parfaitement futile.

Au-delà du jeu incarné de Reda Kateb, le premier film d’Etienne Comar n’a pas grand-chose à offrir. Il ne faut surtout pas compter sur lui pour rendre compte de ce que Django Reinhardt a su apporter à son art. A défaut d’un biopic musical, le résultat s’apparente davantage à une fresque historique convenue et inaboutie.

De ce parcours à la finalité connue d’avance et dont la réalisation plate peine à dégager la moindre émotion, on se plait toutefois à observer ce guitariste de légende. Cet intérêt on le doit évidemment à l’interprétation de Reda Kateb. Celui que l’on a découvert dans la peau de Jordi le Gitan dans Un Prophète, livre là une prestation remarquable, jouant au diapason sur les contradictions d’un homme lunatique et passionné. Et pourtant, ces tourments psychologiques, dont on ressent que l’acteur les a intégrés, seront constamment étouffés sous le poids d’une mise en scène désincarnée et démonstrative (quand il est triste, couleurs froides ; quand il est content, couleurs chaudes… c’est réglé !). Sa justesse de jeu ne se mesure finalement qu’à la sensibilité, par défaut très intériorisé, de la transformation qu’effectue son personnage au cours de cette année 1943, passant de l’état de star antisociale à celui de porte-étendard de son peuple. Une métamorphose que le scénario voudrait, encore une fois, mettre au profit d’un grand discours universaliste et larmoyant digne d’un film aussi putassier que La Rafle.

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django-cecile-de-franceA ces côtés, la belle Cécile de France est dans le registre qui est le sien, à savoir un mélange de charme solaire et de froideur altière. Le problème est, là encore, à reprocher à l’écriture : son personnage fictif est une pure facilité de scénario, utilisée dans un premier temps pour ouvrir les yeux à Django (et au public) que les tziganes souffrent, puis servant de deus ex machina chaque fois qu’il en a besoin. Cet artifice qui se voudrait romanesque empêche de plus à d’autres personnages d’exister. C’est notamment le cas des deux autres femmes de Django, à savoir sa femme et sa mère, dont le sort a si peu d’impact dramatique que cela en devient indécent. Etienne Comar semble n’avoir en tête que sa volonté de nous amener à cette scène de fin, certes musicalement brillante, mais qui n’est en fait qu’une odieuse prise d’otage émotionnelle. Il faut savoir que clore sur un hommage aux victimes inévitablement tire-larmes ne fait pas un bon film, c’est même plus souvent un constat d’échec.

Le génie musical du « king of swing », les tourments d’une communauté oppressée, la création artistique, la résistance… Django voudrait exploiter de nombreux sujets mais n’en traite finalement aucun. Son scénario et sa réalisation sont loin d’être aussi inspirés que les partitions de Django Reinhardt, et le film s’effondre littéralement sous sa propre ambition. On reste dans l’attente d’un film qui sache rendre un meilleur hommage à cette légende du jazz.

Django : Bande annonce

Django : Fiche technique

Réalisation : Etienne Comar
Scénario : Etienne Comar et Alexis Salatko d’après son roman « Folles de Django »
Interprétation : Reda Kateb (Django Reinhardt), Cécile de France (Louise de Klerk), Beata Palya (Naguine Reinhardt), Bimbam Merstein (Négros Reinhardt), Patrick Mille (Charles Delaunay)…
Image : Christophe Beaucarne
Montage : Monica Coleman
Décors : Olivier Radot
Costumes : Pascaline Chavanne
Productions : Olivier Delbosc, Marc Missonnier, Roamin Le Grand, Étienne Comar…
Sociétés de production : Arches Films, Curiosa Films, Moana Films, Pathé, France 2 Cinéma
Distribution : Pathé
Durée : 115 minutes
Genre : Biopic, drame historique
Date de sortie : 26 avril 2017
France – 2017

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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