Portrait : François Ruffin, le robin des bois de 2016

En montant une arnaque farcesque contre Bernard Arnault (patron du groupe LVMH) avec Merci Patron !, François Ruffin aura sans aucun doute marqué l’année médiatique et cinématographique de 2016 !

Avec Merci Patron ! François Ruffin a su remettre du baume au cœur à tous ceux qui se sentaient abandonnés par la société et les patrons et, surtout, dominés par l’argent qui pourtant leur échappait. Même si l’année fût morose, son documentaire a été une percée de dérision osée, une vraie déculottée à coup de micros cachés et de déguisements. Qui se cache derrière ce personnage fantasque, prêt à toutes les démarches pour redonner aux pauvres ce qui leur revient ? Un réalisateur d’un unique documentaire qui se retrouve dans notre review 2016 à côté de rien moins que Leonardo Di Caprio. Portrait d’un Robin des bois des temps modernes. 

Un homme de combats et de revendications

Voler aux riches pour rendre aux plus démunis ce qui leur revient, c’est un peu le programme de François Ruffin lorsqu’il monte un dispositif à l’issu jouissive et en fait un documentaire Merci patron !, sorti sur nos écrans en février. L’homme s’est aussi distingué par sa mobilisation contre la loi Travail et ses apéros devant le ministère du travail, où il trouvait toujours porte close. Maniant l’humour comme d’autres le mensonge, le voilà en porte drapeau de ceux qui n’ont plus aucune arme pour se défendre. A l’origine, ce réalisateur est en fait journaliste, fondateur du journal amiénois Fakir. Son crédo ? Faire un journalisme engagé socialement, qui n’hésite pas à donner de la voix dans les assemblées générales d’actionnaires. C’est d’ailleurs comme ça qu’on le voit au cours de Merci Patron !, tentant de faire entendre sa voix, mais aussi de mettre le bazar dans ces moments solennels qu’il tourne en ridicule. L’homme n’est donc pas toujours le bienvenu, son journal est d’ailleurs présenté comme « fâché avec tout le monde. Ou presque ». Le ton de Merci Patron ! adopte celui de la lutte, il est au plus près de l’humain, sans oublier de mettre en avant Ruffin, présenté comme l’homme de la situation, celui qui se frotte au réel, aux luttes en tout genre. Si l’on devait chercher un pendant cinématographique au travail de Ruffin, c’est du côté de Michael Moore qu’il faudrait aller regarder. Le cinéma comme un combat, et pas beaucoup de cinéma finalement, mais plutôt la caméra comme un ring de boxe où l’on rend coup pour coup, voilà la définition de ce film. D’autres d’ailleurs sont soutenus par Fakir, comme La Sociale, actuellement sur nos écrans.

Un cinéma social, comme à ses origines

Si son parcours de journalisme est d’abord façonné par le CFJ (centre de formation des journalistes, école plutôt réputée) où il entre au début du siècle alors qu’il a 25 ans, l’engagement de Ruffin commence avant même cette formation. C’est en effet à l’âge de 24 ans, soit un an plus tôt, qu’il fonde Fakir. Clairement engagé à gauche, le journal dévoile ses convictions et s’obstine à donner de la voix, à prendre parti, là où le journalisme se voudrait plus neutre (ou formaté ?). C’est d’ailleurs le formatage des journalistes passés par les écoles qu’il dénonce dans son livre Les Petits soldats du journalisme. Son ton est donc plus proche d’un Cash investigation lorsqu’il rachète une action pour pouvoir participer aux assemblées générales des actionnaires, toujours accompagné de salariés. Les sujets qu’il traite sont des obsessions, il les investigue donc jusqu’au bout, en démontant le langage comme les petits arrangements de chacun. Depuis Merci Patron !, les ventes de Fakir ont largement augmenté, avec un tirage de 140 000 exemplaires en février dernier. Bernard Arnault, François Ruffin ne l’a pas attaqué juste pour les besoins de son documentaire, puisqu’il le « titille » depuis 2005. Le portrait est donc savamment exploré depuis quelques années. C’est en 2004 que les usines ont fermé dans le Nord de la France, sa terre d’origine. Le réalisateur va donc à l’encontre des portraits du patron mis en avant par les journaux, il le diabolise et le tourne en ridicule. Les tee-shirts ironiques à son effigie (marqués I love Bernard) en sont l’exemple le plus marquant. Invité sur de nombreux plateaux médiatiques, mêmes les plus récalcitrants (revoir à ce titre son passage sur Europe 1, radio apparemment au groupe Lagardère, proche de Bernard Arnault), il a joué le jeu des médias, avec plus ou moins de réussite. L’objectif étant d’avoir pour lui les urnes et la rue, seul moyen de faire bouger les choses. Pour l’heure, Ruffin compte sur les grands rassemblements, même ceux d’opposants à des sujets ou projets à priori opposés.

Côté cinéma, rien n’est encore prévu et à priori à prévoir. Mais Ruffin aura prouvé que les salles obscures peuvent attirer des combattants, mettre dans la lumière ceux qu’on oublie bien trop souvent. N’oublions pas que le tout premier film de cinéma a été tourné en France par deux patrons d’usine qui s’intéressèrent à leurs salariés lors de la sortie d’usine. Tout un petit monde florissant que la caméra captait, un mouvement était en marche. Espérons qu’il se poursuive encore longtemps. Ici en plus, l’arroseur est arrosé dans un grand tour de passe-passe où l’on voit même les épisodes de La Petite maison dans la prairie rembobinés à l’envers, pour revenir au bonheur initial.

Pour vous donner une idée du ton du film, en voici la musique festive (et ironique !) :

Bande annonce de Merci Patron !, déjà disponible en DVD :

 

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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