The Young Pope, une série de Paolo Sorrentino : critique du pilote

L’audacieux cinéaste italien Sorrentino (Youth, This Must Be The Place) signe avec The Young Pope sa première série pour le moins singulière. Fidèle à son style, le réalisateur nous offre un pilote fascinant à la mise en scène impeccable.

“I am a contradiction”

Un enfant rampe sur un monticule d’autres bambins, et en ressort plus loin homme, tout vêtu de blanc. Extirpé de cette masse humaine, il se retrouve sur la place Saint-Marc. Au loin l’orage gronde, il est temps pour lui de prendre ses fonctions. L’alarme de son Iphone sonne, Lenny se réveille.

The Young Pope dépeint le portrait de Lenny Belardo (divinement interprété par Jude Law), jeune Pape au visage d’angelot mais à l’allure de rock star. Lenny fume et boit du coca cherry au petit déjeuner, mais malgré l’avènement étonnante d’un si jeune Pape, l’heure n’est pas, comme on aurait pu l’imaginer, au changement et à l’ouverture sur le monde actuel. Au contraire le Pape Pie XIII va plutôt se montrer totalitaire et son conservatisme frôlera l’obscurantisme.
“Je suis une contradiction”, dit-il. Mi-homme, mi-Dieu, mi-sublime, mi-monstrueux, dans une enveloppe charnelle d’une beauté pure mais dont la sensualité renvoie au monde mortel, Lenny est un homme complexe aux multiples contradictions. C’est dans une atmosphère onirique et mystique, arpentant un lieu plein de mystères que le Pape évolue, constamment entouré d’un halo blanc, lui donnant une allure souveraine. D’un narcissisme exorbité et avide de pouvoir, seuls sa quête et son litige personnel avec Dieu lui importent. C’est donc sans aucune limite que le Pape Pie XIII va gouverner, ignorant les règles des mortels, élevé au rang de divinité par la toute-puissance de son titre.
Sans surprise, l’avènement mystérieux de ce personnage extrême est loin d’être le bienvenu au sein de la communauté. Les cardinaux qui pensaient pouvoir profiter d’un nouveau Pape inexpérimenté et malléable vont vite déchanter et une lutte pour le pouvoir, à la House Of Cards, va alors débuter.

Réflexion sur le pouvoir, la solitude et la place de la religion dans la société moderne, The Young Pope est, malgré ses sujets très sérieux, d’une fraicheur déconcertante. Que ce soit les pensées impures de Voiello sur une statue paléolithique, un échange de gifles entre deux cardinaux ou encore une homélie rêvée désopilante, c’est avec un humour caustique, cinglant et absurde que Sorrentino nous pousse à la réflexion. Humour qui n’est pas sans rappeler celui des frères Coen, un doux mélange de cynisme et de satire filmé avec beaucoup d’amour.

Provocante, cocasse et énigmatique, la nouvelle série de Sorrentino s’annonce comme la révélation de cet automne.

The Young Pope, saison 1 : Bande-annonce

Synopsis : L’ascension de Pie XIII, né Lenny Belardo, le premier Pape italo-américain de l’Histoire. Cet homme au pouvoir immense est doté d’une personnalité complexe et contradictoire. D’un conservatisme fleurant l’obscurantisme le plus archaïque, il se révèle pourtant éperdu de compassion envers les plus pauvres et les plus faibles. Et malgré les trahisons de son entourage et sa peur de l’abandon, y compris de son propre Dieu, il n’hésitera pas à se battre avec la plus grande ferveur, en franchissant plus d’une fois les limites édictées par les pauvres mortels.

The Young Pope : Fiche Technique

Création : Paolo Sorrentino
Réalisation : Paolo Sorrentino
Scénario : Paolo Sorrentino, Umberto Contarello, Tony Grisoni, Stefano Rulli.
Interprétation : Jude Law (Lenny Belardo/Pape Pie XIII), Diane Keaton (soeur Mary), James Cromwell (cardinal Micheal Spencer), Silvio Orlando (cardinal Voiello), Sebastien Roché (cardinal Michel Marivaux), Scott Shepherd (cardinal Dussolier), Cécile de France (Sofia), Javier Camara (cardinal Gutiérrez), Ludivine Sagnier (Esther)…
Production : Wildside, Haut et Court T, Mediapro
Genre : Drame
Format : 10 x 55 minutes
Chaines d’origine : Canal +, HBO, Sky
Pays d’origine : Italie, France, Espagne
Diffusion en France : Depuis le 24 octobre – lundi soir sur Canal +

 

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Perrine Mallard
Perrine Mallardhttps://www.lemagducine.fr/
J’ai grandi avec Luke Skywalker, Korben Dallas et la bande de Friends. Rêvé de devenir un gangster comme dans les films de Scorsese. Me suis prise pour une cinéphile après avoir vu Pulp Fiction et découvert mon amour pour le cinéma avec les films des frères Coen. J’aime la poésie de Sofia Coppola et l’imaginaire de Wes Anderson. Je préfère presque toujours les méchants. Et mes films préférés sont entre autres : Bronson, Un Tramway nommé Désir, Donnie Darko, The Dark Knight, Thelma & Louise, Somewhere, Mad Max : Fury Road, The Voices, Snatch et la plupart des Coen. J’ai découvert les séries avec Supernatural pour ensuite me tourner vers The Walking Dead, Misfits et continuer avec The Office, Hannibal, True Detective pour ne jamais m’arrêter, à tel point que je ne peux plus me passer de ma dose quotidienne. Néanmoins, j’ai la fâcheuse tendance à dire que les premières saisons sont les meilleures. Je n’ai pas de préférence entre le cinéma et les séries, tout comme je n’en ai pas concernant les genres, les seuls films/séries qui ne me plaisent pas sont ceux qui me laissent indifférente.

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