Piper, un court-métrage d’Alan Barillaro : Critique

Piper : en suivant les tribulations d’un oisillon, les studios Pixar livrent un court-métrage irrésistible au possible.

Malgré un inoubliable Vice-Versa qui aura su marquer les esprits et l’année 2015, les studios Pixar sont frappés depuis quelques temps d’un manque flagrant d’originalité, d’innovation. Il suffit de voir les derniers titres de leur filmographie pour s’en rendre compte, cette dernière oscillant entre nouveaux projets finalement peu inspirés (Rebelle, Le Voyage d’Arlo) et suites en tous genres, qu’elles soient bonnes (Toy Story 3), potables (Monstres Academy) ou mauvaises (Cars 2). Du côté des courts-métrages, c’est malheureusement la même chose. En effet, il est bien loin le temps où le spectateur avait droit à Tin Toy, Le jour d’échecs ou encore Passages nuageux. Désormais, il doit se contenter de petits préambules musicaux (Lava) et d’effets de mode (Sanjay et sa Super Équipe, surfant sur le succès des super-héros en salles). Mais grâce au Monde de Dory – encore une suite… -, les studios ont su démontrer que leur savoir-faire était toujours intact et qu’ils pouvaient encore nous étonner, nous émouvoir. Avec la sortie de la suite du Monde de Nemo dans les bacs, voici donc l’occasion de vous présenter le court-métrage qui l’accompagnait déjà à sa sortie au cinéma : Piper, un bijou d’animation !

Un court-métrage d’animation irrésistible

La première chose qui frappe dès les premières secondes de ce petit film, c’est son animation. Alors que le public pouvait s’attendre à visuel somme toute appréciable mais éloigné de la finition des mastodontes du genre (faible budget oblige !), Piper impressionne, tout simplement. Bien loin des standards un chouïa cartoonesque, des décors hauts en couleurs et des personnages au physique exagéré, le court-métrage se veut être le plus réaliste possible. Et quel réalisme ! La végétation dansant au vent, du sable détaillé grain par grain, l’eau écumeuse des vagues, le souple et duveteux plumage des oiseaux… Mise à part la gestuelle et quelques expressions faciales des personnages, rien dans Piper ne semble être fait d’animation. Comme si le réalisateur/scénariste Alan Barillaro avait pris sa caméra et était parti à la plage, immortalisant au passage l’apprentissage de ce petit oisillon. Bien entendu, le tout est fait par ordinateur, cela va de soi ! Mais avec cet étonnant photoréalisme, embelli par des lumières à la limite du naturel et une animation fluide, Piper pourra en faire faire douter plus d’un. Car du haut de ses six minutes, il peut se vanter d’être à la hauteur du Royaume de Ga’Hoole et du Voyage d’Arlo (en termes de décors pour ce dernier), c’est-à-dire un véritable régal pour la rétine.

Mais c’est également par le biais de son scénario que Piper risque de vous toucher en plein cœur. Car si Alan Barillaro est parti d’une base classique au possible à la limite du film documentaire, il a su en tirer une petite saynète universelle savamment écrite. Une courte mais sublime envolée qui marie avec une très grande facilité humour (dû a des effets de montage simples mais efficaces) et émotion. Pour cette dernière catégorie, Piper peut compter sur son personnage éponyme, un oisillon incroyablement touchant, attendrissant. Cela, il le doit à son design et sa gestuelle qui feront chavirer bien des spectateurs à l’instar de « bébé Dory » et aux autres atouts techniques du film (musiques, effets sonores…) qui rendent le tout poétique. Mais le court-métrage s’arrête-t-il là pour autant ? Fort heureusement, non !

Alors qu’il aurait très bien pu se contenter de son postulat de départ et d’en livrer une œuvre juste regardable et divertissante, Alan Barillaro assume pleinement le statut de « préambule au Monde de Dory » de son petit film. Parce que cela se déroule à la mer ? Non, plutôt parce qu’il explore comme il se doit les thématiques propres à son long-métrage mentor : le courage, le dépassement de soi (le petit oisillon devant faire face aux vagues afin de manger), l’apprentissage et par la même occasion l’aventure (Piper se retrouvant seul face à sa peur et devant se débrouiller). Un scénario sur le papier banal qui veut, au final, raconter bien des choses tout en restant muet, en ne se servant que de l’image pour mettre en avant ses propos, en véritable ouvrage cinématographique. Et même si sa durée l’empêche d’être comparable au Monde de Dory, il faut bien avouer qu’il marquera plus le public que le long-métrage.

En livrant Vice-Versa et cet adorable Piper, les studios Pixar prouvent qu’ils ont toujours le savoir-faire qui sommeille sagement entre deux produits commerciaux, que ce soit en termes de long ou bien de court-métrage. Et même si le public devra encore passer par une suite (Cars 3, prévu pour le 2 août 2017) avant de refaire face à une œuvre originale (Coco, attendu le 29 novembre 2017), il pourra se reporter sur les courts-métrages les accompagnant. Espérer qu’il soit à la hauteur de ce Piper, à savoir poétique, irrésistible et visuellement magnifique.  Le mot « petit » a beau avoir été répété dans cette critique, c’est à un « grand » moment que vous assisterez !

Piper : Bande-annonce

Synopsis : Piper, un petit oisillon affamé, s’aventure pour la première fois de son nid pour trouver à manger avec sa mère. Le problème est que la nourriture est enfouie dans le sable, là où les effrayantes vagues viennent balayer le rivage…

Piper : Fiche technique

Titre original : Piper
Réalisation : Alan Barillaro
Scénario : Alan Barillaro
Société de production : Pixar Animation Studios
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Durée : 6 minutes
Genre : Animation
Date de sortie : 22 juin 2016 (en préambule au Monde de Dory)

États-Unis – 2016

 

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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