Alice De l’autre côté du miroir, un film de James Bobin : Critique

En pleine tempête, Alice tente de redresser la barre. Non, ce n’est pas une métaphore quelconque mais bien la première scène du film, qui a un arrière-goût de Pirates des Caraïbes.

Synopsis : Retour au Pays des Merveilles pour Alice ! Le Chapelier Fou fait appel à son amie pour retrouver ses parents, persuadé qu’ils ne sont pas morts. Pour mener à bien cette mission, Alice va devoir faire appel à un puissant outil : la Chronosphère, jalousement gardée par le Temps.

L’Éternel Retour

Étrange similitude entre Elizabeth Swann et Alice Kingsley. Toutes deux capitaines, toutes deux ont un rapport avec la Chine… on s’attendrait presque à voir surgir Jack Sparrow. Mais non, nous ne sommes pas dans la bonne histoire. Disney tient à innover. On l’a vu avec Star Wars 7, mais également avec les super-héros ou encore les multiples adaptations live de ses dessins animés désormais has been. La machine est en marche, prêt à nous délivrer ses produits formatés. Il faut dire que les plats micro-ondés se vendent toujours aussi bien, même si tout le monde sait que ce n’est pas vraiment ce qu’il y a de meilleur, loin de là. Alors, roi du réchauffage, Disney tient tout de même à changer l’emballage, puisque le papa du premier opus, sorti il y a six ans, à savoir l’ancien génie Burton (qui lui nous sert un plat réussi sur trois, se laissant aller un peu trop sur la sauce par moment), n’est plus derrière la caméra (mais pas trop loin derrière puisqu’il est producteur). Le nouveau chef-tambouille de Alice De l’autre Côté du Miroir se nomme James Bobin. Si son nom ne vous dit rien, vous en entendrez très certainement parler très prochainement, avec son prochain chef d’œuvre : MIB 23, le fameux crossover entre Men in Black et 21 Jump Street (autant vous dire qu’à CinéSéries-Mag, on l’attend de pied ferme). Mais parlons du film, et trouvons des choses à dire.

Pas question d’aborder la question de l’adaptation de l’œuvre de Lewis Caroll puisque ce film comme le précédent la piétine sans considération et l’assume joyeusement. Alice revient donc au Pays des Merveilles guidée par Absolem (l’occasion d’entendre les derniers éclats de voix d’Alan Rickman). Elle découvre un monde où le Chapelier Fou est nostalgique de ses parents, tués par le Jabberwocky (qui ne parle pas dans ce film-ci, mais nous pensons à Christopher Lee qui en assurait le doublage). La seule solution pour Alice est de remonter le Temps, dans un but incertain puisqu’elle ne doit pas modifier le passé sans quoi le monde est perdu (classique). Nouveau venu dans la famille, la personnification du Temps, interprété par Sacha Baron Cohen (grand copain de James Bobin), est l’occasion non seulement de faire tout un tas de jeux de mots sur le sujet (plaisants au début, ils deviennent très vite pénibles) mais également d’essayer d’entamer une réflexion sur le temps et la portée de nos actes. Alice et ses amis vont ainsi naviguer entre le présent et le passé et on découvrira le passé trouble des gens du Pays des Merveilles, à savoir le Chapelier mais également celui des deux sœurs Mirana et Iracebeth, respectivement Reine Blanche et Reine Rouge.

Il y a des différences dans l’histoire et dans le schéma narratif par rapport aux autres films, dire le contraire serait mentir. Mais tout est prévisible car on connaît déjà la morale et la fin de l’histoire. Il n’y a aucune émotion puisque les scènes de tensions ou d’inquiétudes sur l’avenir des personnages tombent à l’eau et deviennent pesantes. Le jeu des comédiens est lui, plutôt bon, et ceux qui évoqueront le sur-jeu et la caricature seront dans le vrai, puisque c’est bien la caractéristique principale de ce monde merveilleux. Le meilleur rôle revient à Helena Bonham Carter en Reine Rouge, encore une fois à l’aise malgré sa grosse tête. En parlant de tête, celle du Chapelier Depp ne se montre pas trop, et c’est tant mieux. Les décors respectent l’imagerie visuelle du film de Burton, tout comme la musique (toujours composé par Danny Elfman) qui reprend les mêmes thèmes. Au passage, la 3D est trop peu exploitée, si tant est qu’elle n’ait jamais eu un intérêt. Le seul bon moment du film est celui, vers la fin, de la poursuite à travers la Mer des Souvenirs, visuellement prenante mais trop courte.

La scénariste de Mulan et de Maléfique (et du Alice de 2010) a pensé à distiller des leçons à tirer de ce long-métrage. Elle dépeint une Alice féministe, affirmée dans le monde masculin. Malheureusement, cette problématique est distillée dans seulement trois scènes (respectivement au début, au milieu et à la fin), trop peu intégrée au récit pour ne pas être bateau. L’autre leçon, celle de croire en ses rêves, à cœur vaillant rien d’impossible et j’en passe. Il y a quelque chose de prophétique dans ce film, qui en filigrane évoque la mort et les rêves perdus. Dommage que l’ode à la rêverie voulue par Disney ne soit qu’une perte de temps. Il nous faut répondre à la question que tout le monde se pose : Alice De l’autre côté du miroir est-il meilleur ou moins bon que Alice au Pays des Merveilles ? Cela revient à comparer deux boîtes de conserve. Jean-Pierre Coffe nous aurait dit « Peu importe, c’est de la merde ». Alors non, nous n’utiliserons pas de tels mots pour qualifier le film. Simplement, le long-métrage de James Bobin ressemble aux autres films Disney, pas totalement. La seule différence réside dans ce qu’il y a d’écrit sur la boîte de conserve, et dans vos préférences de goût à la rigueur. Au final, elles auront toutes la même saveur.

Alice De l’autre côté du miroir : Bande-annonce

Alice De l’autre côté du miroir : Fiche Technique

Réalisation : James Bobin
Scénario : Linda Woolverton d’après l’oeuvre de Lewis Caroll
Interprétation : Mia Wasikowska (Alice), Johnny Depp (Le Chapelier), Helena Bonham Carter (La Reine Rouge), Anne Hathaway (La Reine Blanche), Sacha Baron Cohen (Le Temps)
Image : Stuart Dryburgh
Montage: Andrew Weisblum
Musique: Danny Elfman
Costumes : Colleen Atwood
Décor : Dan Hennah
Superviseur des effets spéciaux : Neil Corbould
Superviseur des effets visuels : Ken Ralston
Producteur :  Tim Burton, Joe Roth, Suzanne Todd et Jennifer Todd
Société de production : Walt Disney Pictures, Tim Burton Productions, Roth Films, Team Todd
Distributeur : Walt Disney Studios Distribution
Durée : 113 minutes
Genre: Fantastique, Fantasy
Date de sortie : 1er juin 2016

Etats-Unis – 2016

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

Gavagai, et autres malentendus : du postcolonialisme mou

"Gavagai" entend nous instruire de la grande affaire des rapports post-coloniaux, mais n'aboutit qu'à un petit drame sans aspérité.

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.