Cannes 2016 : Interview de Paul Lê pour La Vie Rêvée de David L (Marché du Film)

La richesse de Cannes n’est pas juste économique, elle est culturelle et artistique. De la sélection officielle à la semaine de la critique, le baroudeur peut faire un certain nombre de rencontres et de découvertes. Ce qu’a fait lemagduciné au Marché du Film du festival.

Nous avons rencontré Paul Lê, le co-réalisateur, coscénariste et coproducteur via Transkom de La Vie Rêvée de David L, un film qui conte l’arrivée d’un étudiant en droit dans une faculté d’arts, inspiré et même imprégné par les thèmes, des (morceaux de) récits, des éléments de l’œuvre cinématographique et picturale de David Lynch, ainsi que de sa jeunesse. Entre beauté pure de bien des images, poésie, sensualité et pittoresque des corps, mystère et tension, et humour absurde, La Vie Rêvée de David L est un beau premier film, récit initiatique d’un jeune homme à travers la vie universitaire, et de manière métafilmique, le témoin du début de deux cinéastes inspirés, passionnés et ne manquant pas de talents.

Le long métrage multi-récompensé de Paul Lê et Julien Pichard est l’un des nombreux films indépendants qui viennent ici chercher des distributeurs, c’est-à-dire des sociétés qui feront rentrer leur film sur l’un des circuits de diffusion : projection en cinéma ; VOD et site de streaming légal comme Netflix ; diffusion par la vente de dvd et autres supports…

Interview de Paul Lê, co-réalisateur de La Vie Rêvée de David L en hommage à David Lynch

Le film parle de Lynch, ou plutôt s’en inspire pour servir le récit d’un nouvel étudiant dans une fac ?

C’est une vraie fiction dont le point de départ a été Lynch, mais au-delà de ça, c’est vraiment le parcours d’un étudiant en art avec ce qui peut lui arriver. (…) D’ailleurs, le film a été projeté à Paris à des étudiants en arts (…) et on nous a même dit : « vous pouvez pas savoir à quel point vous êtes justes ! ».

Pouvez-nous parler de « l’aventure » du film ?

On fait le film, on prend le temps de le boucler, on a un prix en 2014 (…) mais la production est de 2015 (…) À Santa Monica, on a le prix du jury (…) On va alors à Beverly Hills, on sonne à la port de la maison de Lynch, qui est celle de Lost Highway, on sonne, on nous répond, on se présente : « notre film parle de la jeunesse de David Lynch, venez on a une projection et on a eu le prix ». On a eu le prix le plus important à Las Vegas aussi. (…) Mais le truc le plus zinzin : une rétrospective de son œuvre est organisée à l’université où il a fait ses études… L’école d’art veut notre film, et veut le projeter ! C’était un truc fou… On s’est dit : « La boucle est bouclée » et bien non… Pas encore. Il y a trois semaines de ça, David Lynch est à Paris pour faire quelques plans pour Twin Peaks (NDLR, la saison 3) et pour une exposition. On y va et on le rencontre ! On lui dit : « Nous avons réalisé un film sur vous, votre jeunesse ». Il répond : « Oui oui je sais ». On lui dit : « On vous a envoyé le film, est-ce que vous l’avez reçu ? », et il nous répond – attention, c’est David Lynch qui parle, de manière très spontanée, simple, et directe : « Je l’ai reçu, je l’ai vu, and I liked it ! ». C’est fou non ?! Puis il nous a dit « Good Luck for you ! ». C’était incroyable, d’avoir son approbation… C’était fou. Julien (NDLR, le co-réalisateur Julien Pichard) est aussi tombé sur Lynch.

Comment avez-vous financé le film ?

On a fait du crownfunding, puis on y a mis notre argent, on a eu de l’argent de la famille et des amis… Et on a réussi à payer tout le monde pour le premier long métrage !

Ça a dû surprendre ?

Complètement !

Concernant le tournage ? Combien de temps a-t-il duré ?

On a eu un tournage de trois semaines dont deux à l’école des beaux-arts de Bourge qui nous a très gentiment prêté ses espaces…

Vous avez réussi à trouver un distributeur ici ?

Truc totalement zinzin, je suis avec un distributeur américain, il me dit qu’il est intéressé par le film, il est surpris et intrigué parce qu’on a eu des prix… Mais en France, on (NDLR, un distributeur) nous dit étonné « Vous n’avez pas de distributeur ?! » alors qu’on a fait un long-métrage… Les français ne percutent pas. (…) Quand vous arrivez là avec long-métrage fait en dehors de tout ça, vous êtes quelqu’un de bizarre ! (…) Et là l’américain me parle, intéressé, et à l’écran à côté on voit l’acteur fou, le père (NDLR, interprété par Ray Wise) dans Twin Peaks ! (…) Vous voyez tout semble connecté. (…) On est sur un deuxième (long-métrage), mais on veut lui donner sa chance, et là, on veut rentrer dans le système. (…) On recherche soit un distributeur international, soit un réseau de salles. Et on acceptera toutes les salles de cinéma.

Justement, comment avez-vous réussi à réaliser un tel projet en dehors du système ?

C’est venu comma ça, totalement fou. (…) C’est un mélange de bol, d’abnégation, et ça correspond à la manière dont on veut faire du cinéma, dont on veut faire des films. (…) Attention, si on veut Le Seigneur des Anneaux, il faut de l’argent ! (…) En tout cas, ce qui est important, c’est de l’avoir fait à deux.

Et vous voilà au Marché du Film du festival de Cannes.

Oui, ce qui est génial avec la France, c’est que le festival est le plus grand marché du monde.

Nous remercions Paul Lê pour cet entretien. N’hésitez pas à contacter l’équipe du film pour avoir d’autres informations ou bien même la possibilité de le voir, ou encore si vous pouvez et voulez le faire projeter dans une salle de cinéma avec laquelle vous êtes lié(e)s… En effet, après ce formidable parcours qu’a connu l’équipe du film – on pense particulièrement aux auteurs cinéastes –, on aurait pu croire qu’ils seraient moins accessibles, mais la réalité est restée telle quelle. Paul Lê est modeste, passionné, tout à fait abordable. Enfin, nous n’avons pas fini d’entendre parler de lui et de son collègue Julien Pichard.

La Vie Rêvée de David L : Bande-annonce

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