Café Society, un film de Woody Allen : Critique

Synopsis : New York, dans les années 30. Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d’étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l’engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux. Malheureusement, la belle n’est pas libre et il doit se contenter de son amitié. Jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l’horizon s’éclaire pour Bobby et l’amour semble à portée de main…

D’Ouest à Est

Woody Allen présenté hors-compétition, cela faisait au moins quatre saisons que l’on n’avait pas vu tel événement. L’iconique réalisateur new-yorkais est devenu un marronnier de Cannes, offrant chaque année son nouveau film à la France, qui l’accueille toujours avec bienveillance. Jamais de réelles surprises mais un mets que l’on se plaît à déguster chaque année, avec un plaisir toujours renouvelé.

Pour débuter cette édition, les festivaliers se sont réunis autour du Café Society où rayonnait toute la magie allenienne. Quelques notes de jazz ouvrent cette nouvelle comédie sentimentale d’une élégance et d’un intellectualisme assumés, un énième triangle amoureux et toujours l’humour si caractéristique du monsieur. Plus que jamais nous sommes en terrain connu sauf que jamais un film de Woody Allen n’a été aussi formellement beau. Le directeur de la photo d’Apocalypse Now Vittorio Storaro fait un travail remarquable sur les couleurs, accentué par le chic des costumes d’époque et le glamour des acteurs. L’image change de teintes de Los Angeles à New-York, reflet des tourments amoureux du jeune héros. Une opposition formelle qui va de pair avec les obsessions profondes du cinéaste.

Café Society marque le (semi-)retour de Woody Allen dans son fief new-yorkais. Après plusieurs escapades en Europe, et notamment en France, il était revenu aux États-Unis mais pour poser sa caméra à San Francisco (Blue Jasmine) ou Rhode Island (The Irrational man). Ce retour vers Manhattan sonne aussi comme un retour aux fondamentaux. Un des grands motifs du cinéma d’Allen, c’est cette opposition permanente entre Los Angeles, ville du spectacle et du superficiel, et New-York, ville capitaliste et culturelle. Dans Café Society Woody Allen dépeint une Californie, non sans nostalgie, où respire le cinéma chic, un temps où art et industrie ne faisaient qu’un. Mais il montre également une cité des anges vite rattrapée par ses démons : le culte des apparences. L’enthousiasme du jeune héros Bobby Dorfman qui découvre cette ville-spectacle est très vite remplacé par les déceptions, professionnelle puis amoureuse. Et il s’en retourne sur la côte Est, fonder une famille et s’émanciper. Un peu à la manière d’Annie Hall, Woody Allen confronte la ville des désillusions contre celle de tous les possibles. En cela le personnage joué par Jesse Eisenberg représente le parfait alter-ego du réalisateur, petit intellectuel juif new-yorkais névrosé. Et prouve une fois de plus que les histoires d’amour fonctionnent mieux à New-York. Et le cinéma ?

On peut aussi voir dans cette opposition Est/Ouest une confrontation de deux types de cinéma. Pour Woody Allen qui a tourné des dizaines de films à Manhattan, tout semble aller pour le mieux. Tout comme Bobby Dorfman qui finira sans doute sa petite vie de famille tranquillement avec Veronica et ses enfants. Sauf qu’à la fin du film, ce sont les regrets qui semblent prendre le dessus. Bien que Vonnie et Bobby aient réussi à construire une vie de couple stable avec leur conjoint respectif, il pointe en eux le regret d’un amour certes dangereux mais passionnel. On ressent dans ces regrets qui closent le film le reflet de ceux d’un cinéaste qui s’est installé dans une sorte de routine cinématographique, frustré de n’avoir jamais réussi à produire le chef d’œuvre de sa vie.

Tout tourne rond sur la planète cinéma, Woody Allen continue sa cadence filmique hallucinante nous offrant chaque année un film aussi bon que les précédents. Jamais d’ébahissement, mais rarement de mauvaises surprises ne font le sel de son cinéma. Qu’il se rassure, ponctué par Café Society, Woody Allen a produit suffisamment de grands films, sans jamais se trahir, pour que l’on qualifie sa filmographie de chef d’œuvre.

Café Society de Woody Allen : Bande-annonce

Café Society : Fiche Technique

Réalisation : Woody Allen
Scénario : Woody Allen
Interprétation : Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Steve Carell, Blake Lively
Photographie : Vittorio Storaro
Montage : Alisa Lepselter
Décors : Santo Loquasto
Costumes : Suzy Benzinger
Production : Letty Aronson, Stephen Tenenbaum, Edward Walson
Distributeur : Mars Films
Durée : 96 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 11 mais 2016

États-Unis – 2016

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Jim Martin
Jim Martinhttps://www.lemagducine.fr/
Diplômé en Lettres, puis en Cinéma, je n'avais qu'une gageure. Celle de braver tous les pans de l'histoire du cinéma, du chef-d’œuvre intimiste au navet international, pour écrire et partager mes points de vue sur ce septième art qui, comme nul autre, nous ouvre au monde et à des expériences sensorielles inédites. Je vous engage dès lors à ne pas être d'accord avec moi. Réagissez, débattez et donnez ainsi sens à ce cinéma que l'on chérit tant !

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.