Festival Séries Mania : The Writer, créée par Sayed Kashua

The Writer : entre réalité et fiction, comédie et drame, un génie du quotidien et de l’humain

Synopsis : Un père de famille et scénariste de renom d’une série populaire ressent un besoin de changement.

            À l’occasion de la diffusion de ses quatre premiers épisodes au festival Séries Mania, CineSeriesMag a découvert The Writer. La série israélienne créée par Sayed Kashua suit ses propres aventures. L’ensemble du casting ou presque est composé des personnalités réelles jouant leur propre rôle. Excepté pour son propre rôle, car Sayed Kashua a choisi un acteur pour l’incarner, Yousef Sweid. La synopsis est très loin d’annoncer la forme particulière de la série qui n’est pas une simple fiction. Partagée entre la fiction et la réalité, The Writer s’inscrit dans la tradition aujourd’hui importante du mockumentaire.

            D’Arrested Development à Un Petit Brin de Vie et Modern Family en passant par les nombreuses télé-réalités qui ont envahies nos écrans, le mockumentaire se présente comme un faux documentaire, ou le documentaire fictif d’une réalité elle-aussi fictive, ou d’une fiction dont les frontières avec le réel sont rendues ambiguës, avec son inscription dans notre réalité par exemple. Il manque toutefois à The Writer un élément essentiel du mockumentaire, la présence consciente de la caméra dans l’univers. La série est davantage une captation d’une réalité mise en scène -fictionnelle dira-t-on- qui ne casse pas le quatrième mur du téléviseur à coup de regards et adresses aux caméra. Fiction inspirée de la réalité du créateur et de son quotidien, The Writer est alors à rapprocher de Platane, la série d’Eric Judor et Hafid F. Benamar, qui suit le nouveau parcours d’Éric dans le cinéma après un accident de voiture.

            Avec cette forme, l’auteur Sayed Kashua s’interroge sur son quotidien professionnel et familial. Mais surtout, il permet à sa thérapie d’être abordable et accessible par tous. On aurait pu se questionner quant à la force de l’intérêt des spectateurs face à un pur mockumentaire de cette période de la vie de Sayed Kashua. N’y aurait-il pas déjà eu un trouble déjà provoqué par la trop forte ambiguïté des rapports réalité /fiction ? D’ailleurs la présence de l’acteur – Yousef Sweid, formidable de justesse – et non de l’auteur dans son propre rôle permet de fictionnaliser et probablement de rendre abordable au plus large public cette histoire. Elle permet aussi au créateur de prendre du recul sur lui même et ainsi véritablement de mettre en place un travail thérapeutique sur cette crise qu’il traverse.

            La prise de recul permet aussi une certaine autodérision quand à son propre personnage. A l’instar de Platane ou Derek, la série est drôle, même si l’humour absurde, souvent porté par situations, n’est pas des plus écrits. C’est-à-dire que le créateur forge la comédie sur des situations de la vie, moins sur des situations inventées ou fictives. Il faut dire The Writer raconte précisément l’histoire d’un scénariste arabe à succès en Israël, et le créateur nous fait par exemple rire et sourire en nous exposant les différences qui rassemblent et séparent les juifs et les arabes (aussi entre eux) dans des situations quotidiennes et souvent absurdes (dans le sens de la comédie) – ou alors qui le deviennent – du héros : il conduira son fils au lycée et s’étonnera et s’énervera presque qu’il soit fermé et on lui apprendra alors que ce même jour a lieu une fête juive sacrée. C’est ainsi un humour très naturel qui se dégage ici. Rappelons qu’il s’agit de réfléchir sa vie et de la travailler dans la série. Ainsi un humour du vivant n’est pas surprenant, mais sa rigueur et sa justesse sont remarquables. Car on pouvait s’attendre un dosage mal géré entre humour du vivant, et situations dramatiques par le quotidien peu enjoué des personnages, à l’image de nos vies en somme. L’œuvre aurait également pu être trop centrée sur le quotidien extraordinaire du scénariste dans le monde de la télévision et du cinéma. Mais non, The Writer a véritablement réussi à capter le drame du réel, de l’humain, de son quotidien familial et professionnel, banal, surprenant, désagréable, heureux et qui avance comme un cours d’eau inarrêtable. Ainsi Sayed Kashua ne nous présente pas juste une histoire personnelle destinée à lui seul, il nous propose d’avancer avec lui dans ce récit universel, pour nous permettre nous aussi d’exorciser des problèmes communs, de faire notre propre thérapie, pour au final, avancer tous ensemble.

            La série n’a pas encore de date de diffusion en France.

The Writer : Fiche Technique

Créateur : Sayed Kashua
Scénariste : Sayed Kashua
Casting : Yousef Sweid, Ruba Blal-Asfour, Yasmin Churi, Adham Bachus
Réalisateur : Shay Capon
Producteur : Dori Media Paran
Production : Keshet Broadcasting et IBA
Distributeur international : Keshet International
Diffusion :
Israël : Keshet Broadcasting IBA
France : /
Format : 25 minutes (x 10 épisodes pour la saison 1)
Genre : comédie dramatique

Israël – 2015

Festival

FFCP 2026 : Relay Race, l’homme au pantalon bleu

Premier long métrage de Ko Hyo-ju, "Relay Race" suit Kim Dong-soo, le « héros au pantalon bleu » oublié du naufrage du Sewol. Rongé par le traumatisme, il court pour survivre, tandis que sa femme et ses filles se relaient à ses côtés. Un documentaire intime sur la mémoire, la transmission et la résilience.

FFCP 2026 : Left Behind, une famille en reste

"Left Behind" de Jéro Yun enferme une fratrie, un héritage et beaucoup de soju dans un cadre presque carré. Entre une mère disparue et un père qu’on enterre de son vivant, ce drame familial coréen sans fard brille par ses comédiens, mais tourne parfois en rond dans sa propre mécanique théâtrale.

FFCP 2026 : The Assassin(s), enquête à balle perdue

"The Assassin(s)" de Hur Jin-ho rouvre l’attentat qui coûta la vie à la première dame coréenne en 1974. Thriller journalistique sous la censure de la KCIA, porté par Yoo Hae-jin, Park Hae-il et Lee Min-ho, le film captive et dénonce la dictature, avant de s’égarer dans un dernier tiers trop sensationnaliste.

Festival Lumière 2026 : Wildwood, ou le vertige de la démesure

Depuis "Coraline" en 2009, LAIKA n’a cessé de repousser les limites de l’animation en volume. Présenté au Festival Lumière 2026, "Wildwood : La Prophétie de la forêt" pousse cette ambition à son paroxysme. Si son scénario peine parfois à convaincre, sa prouesse plastique témoigne d’un savoir-faire assez exceptionnel, porté par le travail du chef opérateur Caleb Deschanel qui était présent à Lyon.

Newsletter

À ne pas manquer

Ulya, le très beau film de Viesturs Kairišs : quand on cherche du côté de chez soi

Dans la Lettonie soviétique, une adolescente issue d’une famille russe de Vieux-Croyants découvre le basket comme une sortie possible hors de son isolement. Avec Ulya, Viesturs Kairišs imagine le chemin intérieur qui mène Ouliana Semionova vers elle-même.

Hope : Korean Rollercoaster!

Avec Hope, Na Hong-jin livre un blockbuster sud-coréen spectaculaire mêlant action, horreur et science-fiction, porté par une mise en scène virtuose malgré un scénario plus conventionnel.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

FFCP 2026 : Relay Race, l’homme au pantalon bleu

Premier long métrage de Ko Hyo-ju, "Relay Race" suit Kim Dong-soo, le « héros au pantalon bleu » oublié du naufrage du Sewol. Rongé par le traumatisme, il court pour survivre, tandis que sa femme et ses filles se relaient à ses côtés. Un documentaire intime sur la mémoire, la transmission et la résilience.

FFCP 2026 : Left Behind, une famille en reste

"Left Behind" de Jéro Yun enferme une fratrie, un héritage et beaucoup de soju dans un cadre presque carré. Entre une mère disparue et un père qu’on enterre de son vivant, ce drame familial coréen sans fard brille par ses comédiens, mais tourne parfois en rond dans sa propre mécanique théâtrale.

FFCP 2026 : The Assassin(s), enquête à balle perdue

"The Assassin(s)" de Hur Jin-ho rouvre l’attentat qui coûta la vie à la première dame coréenne en 1974. Thriller journalistique sous la censure de la KCIA, porté par Yoo Hae-jin, Park Hae-il et Lee Min-ho, le film captive et dénonce la dictature, avant de s’égarer dans un dernier tiers trop sensationnaliste.