Festival Séries Mania 2016 : Four Seasons in Havana

Four Seasons In Havana : flic, mélancolie, passion, sexe, meurtre et narcotiques

            À l’occasion de la projection de ses deux premiers épisodes, CineSeriesMag a découvert la série Four Seasons in Havana en première mondiale. Créée et co-scénarisée par le cubain Leonardo Padura d’après ses propres nouvelles, le show allemano-espagnol nous emmène à Cuba dans les années 90. Conde, un lieutenant de police mélancolique et désabusé, enquête sur l’assassinat d’une jeune professeure de lycée, militante de la Jeunesse communiste, dans la Havane gangrénée par d’obscurs mafieux, et contaminée par les drogues.

            Dans le programme du festival, on peut lire ceci : « Une série fidèle au roman noir de Padura, pour goûter l’atmosphère du pays et lever le voile sur les contradictions de la société cubaine ». D’abord, nous ne saurions dire si ce que nous avons vu est fidèle ou non à l’œuvre originale. Toutefois il faut rappeler que le romancier est créateur et coscénariste de la série, donc nous réfléchirons tout de même son écriture, « formidable » a-t-on pu entendre en introduction de la séance. Four Seasons in Havana possède tous les codes du genre Noir. Un flic désabusé et mélancolique, une atmosphère lourde, un commissaire un peu balourd, collègue qui ne manque d’humour, le love-interest avec une histoire d’amour « impossible », une ville-personnage qui nous apparaît tel un labyrinthe avec les nombreuses contre-plongées… Il être clair sur un point, l’intrigue et les codes du genre n’apportent rien de nouveau dans l’univers télévisuel. C’est vu, revu et digéré mille fois. Les fans de roman/film noir devraient s’amuser à retrouver cette éternelle galerie de personnages et cette intrigue aux péripéties et séquences devenues des archétypes (l’interrogatoire, le mensonge d’un personnage, puis ses révélations ; le flic désabusé avec son love interest qui lit en lui, car elle est la seule à pouvoir vraiment communiquer avec ; le flic-justicier ; etcetera). La série ne réutilise pas ces codes pour mieux les réinventer hélas, mais elle a quelques atouts.

            Son atout de taille est son espace, la Havane. La ville cubaine se présente comme un labyrinthe étouffant, coloré mais usé par son Histoire. Histoire avec un grand H de la ville, et plus largement de Cuba. Ainsi l’on trouve à de nombreuses reprises dans l’image des panneaux de propagande du gouvernement Castriste vantant la révolution, exposant de par leur distance avec la réalité abimée de la ville, ou encore celle du policier, embourbée dans la mort et la drogue, les paradoxes du pays. Ces instants sont intéressants et légers, subtils pourrait-on dire, à l’inverse des moments de nostalgie présents dans la série. « Moment » parce-que l’on peut distinctement les noter tant le manque de subtilité de l’écriture et de la réalisation est important. Un exemple : le policier héros est mélancolique (oui, encore et toujours) à cause de la femme dont il vient de faire la rencontre et de tomber amoureux, tout à coup son frère lui parle de l’Angola, de cette guerre pour laquelle il a combattu sans savoir pourquoi. Après ce discours, il termine en lui disant : « Vie ta vie à fond ». Un deuxième exemple : le héros est en soirée avec des amis, ils boivent, ils parlent du passé, puis de leur présent, et assènent des critiques envers ce pays qu’ils ont servi, qu’ils servent, mais qui les a desservi voire asservi, peut-on entendre.

            Hormis les couleurs de la ville et sa présence bien réelle à travers des plans en contre-plongée inspirés de Collatéral entre autres, les acteurs existent bien en tant que tels. C’est-à-dire que les acteurs et leurs personnages ne sont respectivement pas crédibles et réalistes sauf si l’on accepte que Four Seasons in Havana soit une pure fiction. Les acteurs, s’ils ne sont pas mauvais, en font bien trop comme leurs personnages. On peut se remémorer la scène de l’attaque de la planque d’un mafieux, il nous faut alors arrêter de penser au réalisme, puisque le héros abandonne rapidement ses collègues, plus intelligent et observateur que quiconque, il saura retrouver le malfrat. Un autre policier saura tout de même le rejoindre au moment propice, histoire de pimenter l’action, d’apporter la péripétie, l’event. Si la réalisation est très inspirée, elle n’est pas donc pas originale. Vous trouverez même les éternels plans proches du téléphone qui sonne, le personnage en arrière plan flou arrive pour l’attraper et reçoit l’appel révélateur ; le moment Deus Ex Machina en somme. On sera toutefois surpris par l’épisode 2 qui présente bien des scènes de passion, de nu et de sexe. L’une d’entre elle, avec la musique « jazzy » en fond sonore, est kitch à souhait. On y voit quasiment entièrement le corps nu du love interest du héros. Les deux ont un rapport sexuel dans une certaine position, et avec une position et un angle de caméra un peu en biais en diagonale par rapport aux corps du duo. Le film érotique du samedi soir n’est pas loin. Cette scène est assez symptomatique des épisodes qui ont été projetés, l’ensemble semble appeler à un rejeu des codes et clichés du genre, sans chercher à le penser et à le réinventer.

            Enfin le personnage principal est étrangement paradoxal, il est flic mélancolique mais tout de même enjoué. On sait que le héros du genre noir peut être paradoxal, toutefois l’interprétation tient plus à retranscrire une schizophrénie du personnage qui peut virer de la passion à la nostalgie noyée dans la tristesse, du détective cool au héros tendu sous pression… Aussi parce-qu’il est amoureux, il va se remettre tout à coup à écrire… Certes, un humain réagit de manière différente selon les situations, mais répétons-le : au-delà de l’écriture parfois troublante du personnage, le jeu du comédien principal, Jorge Perugorria – acteur reconnu grâce à sa performance dans Fraise et Chocolat de Tomàs Gutiérrez Alea – est tel que le personnage parait schizophrène, tant il ne cesse de surprendre, n’ayant pas de véritable conduite relativement claire et cohérente, n’étant pas assez dessiné. Mais attention, cet écrit porte sur les deux premiers épisodes, l’arc des « Vents de la Havane ». Qui sait ? Peut-être l’avenir apportera du changement, notamment de la nouveauté et un récit mieux maîtrisé et donc plus homogène.

Juste une dernière note concernant la projection qui fut quelque peu gênée par des problèmes visuels, l’image se disloquait littéralement dans une pixellisation blanche, et des problèmes sonores causés par la/les personnes manipulant le PC servant à la projection. En effet nous avons pu entendre à de nombreuses reprises des sons indiquant le succès de copie ou encore le chargement de pages internet. Ce qui est plutôt moyen.

Four Seasons In Havana: Fiche technique

Créateurs: Leonardo Padura, Lucía López Coll, d’après les nouvelles de Leonardo Padura
Scénaristes: Leonardo Padura, Lucía López Coll
Réalisateur: Félix Viscarret
Avec Jorge Perugorría Carlos Enrique Almirante, Mario Guerra, Luis Alberto García
Producteurs: Tornasol Films, Nadcon
Vendeur international Wild Bunch TV
Diffuseur(s) Espagne : TVE
Année de production 2016
Version vostf
Pays Espagne-Cuba-Allemagne

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