Robin Des Bois : Un Héros, Quatre Films

Robin Des Bois, Un Héros (Pas) Très Discret…

Entre le mythe et une réalité bien différente, Robin Des Bois ne cesse encore aujourd’hui d’enthousiasmer les amateurs de panache, de bravoure et de romantisme. Adapté pas moins de 26 fois pour le cinéma, il reste un de ces héros qui ne souffrent pas le passage des années et des siècles, s’adaptant aux modes et aux mentalités. Tour à tour classique, moderne, humoristique ou plus austère, ce que la littérature et le cinéma en ont fait est aujourd’hui à l’opposé de ce que semble avoir été la vie de cet authentique truand, capable des crimes les plus atroces.

Robin Hood (Robin À La Capuche, en Français) semble trouver son origine au début du XIIIème siècle, une trentaine d’années donc avant la croisade de Richard Coeur De Lion. Il est cité de manière très vague dans plusieurs chansons populaires, jusqu’à trouver son apogée dans une chanson de geste qui lui est consacrée. On navigue comme cela entre le XIIIème et le XVème siècle, le personnage de Robin, au début vulgaire, briguant, coupeur de têtes se moquant bien des pauvres, devient peu à peu Robin De Locksley, noble dépossédé de ses terres, dépouillant les riches pour donner aux pauvres. On lui invente une parente, lady Marianne, dont il tombe amoureux (moeurs de l’époque obligent), ainsi que tous ses compagnons, de frère Tuck à Petitjean.

Inventé aussi, le fait d’avoir vécu durant la croisade de Richard Coeur De Lion, mais là encore, l’imagination populaire est toujours fertile lorsqu’il s’agit d’embellir l’ordinaire et se moque bien des 30 ans d’écart. Il n’a pas non plus sévit dans la forêt de Sherwood. Pas non plus de réel roman sur Robin, du moins pas comme on l’entend, puisque avant le XXème siècle, il n’y a guère que Walter Scott pour le citer tel qu’il est dans la légende, à travers son roman consacré à Invahoé. Au bout du compte, comme cela se passe à chaque fois dans l’imagerie populaire, le temps a creusé un fossé entre ce que les historiens savent du véritable Robin des Bois et ce héros que l’imagination a créé, prompt à rassurer les foules et les pousser à se rebeller contre leurs seigneurs.

Bien sûr, si Robin Hood le bandit n’était pas devenu un Robin Des Bois héroïque, le cinéma n’en aurait jamais filmé les aventures dramatiques, comiques voir même érotiques. Pour le meilleur, parfois pour le pire, quatre de ces films se détachent par les tournants qu’ils ont su marquer, chacun à sa manière, dans l’évolution du personnage. Pas forcément des classiques aujourd’hui, mais en tout cas 4 parmi les 26, qui permettent de résumer la carrière cinématographique d’un bandit devenu personnage puis héros, et qui inspira jusqu’au célèbre bandit Jesse James.

 

1938: Le Classique…

S’il « nait » à l’écran dès 1912, il faut tout de même attendre 1938 pour qu’il le crève littéralement sous les traits d’un Errol Flynn inoubliable de panache, de charme et de prestance. Charme dont il use et abuse pour séduire une fondante Olivia De Havilland, magnifique lady Marianne, malgré un contexte sociétal qui la cantonnait plus ou moins à un rôle de faire-valoir. Le Hongrois Michael Curtiz signait là (en collaboration avec William Keighley qui tourna les premières scènes, lesquelles ne donnèrent pas satisfaction à la production) son 84ème film (authentique, à l’époque les réalisateurs travaillaient à peu près à la vitesse des réalisateurs pornographiques aujourd’hui) après s’être fait la main sur quelques grandes et belles histoires telles que Sodome Et Gomorrhe, L’Arche De Noé ou encore Capitaine Blood, déjà avec Errol Flynn.

S’il peut apparaitre aujourd’hui désuet, ce Robin Des Bois reste le plus réussi des 26 films. Malgré les collants, malgré les brushings impeccables très hollywoodiens, Curtiz a trouvé là le parfait équilibre entre l’humour, l’héroïsme et l’amour. De l’humour sans jamais se moquer ni ridiculiser son personnage, de l’héroïsme bien loin de l’invincibilité invraisemblable d’un James Bond et de l’amour comme seuls l’époque et le lieu savaient le proposer: un éclairage braqué sur les visages, de gros plans sur les yeux et des baisers enfiévrés. Le jeu d’acteurs reste par moments très théâtral, comme l’était celui d’un cinéma muet qui venait à peine de disparaître.

Ce Robin Des Bois qu’incarne Errol Flynn est en fait celui qui fait rêver d’amour et d’aventures lorsque l’on est enfant, un héros qu’on rêve d’avoir pour père, ami ou amant. Un héros sans peur et sans reproches, rempli des idéaux les plus nobles, qui botte le derrière de la pire des crapules, ici le prince félon, le prince Jean, incarné par le venimeux Claude Rains, acteur que l’on retrouve dans quelques immenses classiques comme Casablanca, Le Crime Était Presque Parfait ou Lawrence d’Arabie.

Michael Curtiz, dans un « après moi le déluge » flamboyant, signait là la meilleure référence sur le curriculum vitae de l’homme à la capuche, laissant tous les autres pour longtemps loin derrière. Loin derrière ? Pas forcément…

 

1973 : Robin s’Anime…

Car 35 ans plus tard, l’artillerie lourde de la Disney Company, toujours notoirement allergique aux scénarios originaux, décide d’animer les aventures du bandit de Sherwood. On est toujours en pleine époque classique pour l’animation et Disney est presque seul au monde, multipliant succès au box-office, parcs d’attractions gigantesques et programmes télévisuels. Cependant, Walt Disney n’est mort que depuis 12 ans et le studio peine à retrouver une dynamique. L’idée de Robin Des Bois fait son chemin et suii directement la trajectoire graphique fixée par Le Livre De La Jungle, certains doubleurs reprenant directement leur prestation du film précédent.

L’idée de base du scénario était de faire un mélange des aventures de Robin Des Bois et du Roman De Renart, contes médiévaux des XIIème et XIIIème siècle, contemporains donc des origines de la légende de Robin Hood. Au premier coup d’oeil, on retrouve du Roman le bestiaire des personnages sorti de l’imaginaire Disney. Et si le film n’est pas le plus gros succès en salles de la firme, le recul donné par le temps permet de se dire que c’est une belle réussite, qui vient titiller le film de Michael Curtiz sur son piédestal.

Robin Des Bois version Disney date de cette époque où l’on pouvait encore parler de « dessin » animé, où le trait de crayon constituait un gage de qualité, où l’on ne cherchait pas à faire un dessin animé réaliste, où la recherche artistique ne résidait pas dans la performance informatique, où captiver ne voulait pas dire épater. Bref, le Robin Des Bois de Wolfgang Reitherman, à qui l’on doit aussi Les 101 Dalmatiens, Le Livre De La Jungle, Les Aristochats ou Merlin l’Enchanteur, fait de l’art et non de l’esbroufe. Rien n’est oublié de ce qui fait la qualité du héros : courage, humanisme, fidélité et toujours cet humour qui rend la défaite du Mal encore plus savoureuse. Seul bémol à l’époque, Robin Des Bois donne aux pauvres certes, mais il vole tout de même et pour beaucoup, c’était trop éloigné des codes moraux de Disney et fit grincer bon nombre de dents. On tenait donc là le dernier Robin dans sa version « classique »…

 

1991: Le Changement, c’Est Maintenant…

18 ans plus tard, on ne change rien mais on change tout. Après Disney, c’est au tour de Kevin Reynolds (également réalisateur de Waterworld) de s’y coller et de tenter, dans un effort jamais récompensé, de dépoussiérer le mythe en le modernisant. Dans ce cas moderniser signifie « rendre crédible », « coller à la réalité de l’époque ». Exit donc les collants et autres chapeaux à plumes, les brushings improbables et autres sourires blancs comme neige. Kevin Reynolds veut des héros frustres vêtus de frusques, une forêt de Sherwood inhospitalière et humide bref, il veut de l’authenticité.

Dans un certain sens c’est réussi, le film s’ouvre sur Robin prisonnier aux croisades, où les chrétiens souffrent, torturés par les infidèles. Il porte les cheveux longs, empeste le chacal et ne se lave que lorsque Marianne le lui demande. La reconstitution de l’époque (faite en partie à Carcassonne) semble crédible et de ce point de vue, le film est une réussite. Réussi également le scénario qui, dans un effort louable, tente de nous faire comprendre comment Robin devint Robin, et pour quels motifs. Le casting est bon voire excellent, mais si Mary Elizabeth Manstrantonio enterre pour de bon le côté godiche du personnage de Marianne, Kevin Costner souffre lui de dialogues parfois indigents. Il n’y avait pourtant pas besoin de forcer le trait sur le côté héroïque du personnage, sa légende suffisait. Fort heureusement, ce film bénéficie de la présence du très shakespearien (et très regretté) Alan Rickman, stupéfiant de malfaisance en sherif de Nottingham.

Malgré ça, ce Robin Des Bois, Prince Des Voleurs fut un succès avec près de 5 millions d’entrées en France, et 6 millions de disques vendus dans le monde pour Brian Adams, interprète du générique de fin, entré dans l’histoire du cinéma. Pourtant la critique ne fut pas tendre, d’autant moins que ce film est comme une frustration  : pétri des meilleures intentions pour donner un nouvel élan au mythe, il n’y parvient que sur la forme, sans être concluant sur le fond.

 

2010: Baroud d’Honneur ?

C’est presque exactement sur le même écueil que vient s’échouer Ridley Scott, 19 ans après Kevin Reynolds, comme si lui aussi avait en ligne de mire le film de Michael Curtiz et cette obsession de le dépasser. Comme s’il était incroyable que la meilleure adaptation des aventures de Robin puisse avoir à cette époque, 72 ans ! Dans l’authenticité, l’âpreté et la rudesse de son film, Ridley Scott va encore plus loin, son film doit donner le sentiment d’un documentaire filmé il y a 800 ans. Pour ça c’est réussi, malheureusement.

Résultat mitigé, car si Ridley Scott semble bien présent à la mise en scène, son réalisme à tout crin livre un film austère, presque dépressif. La couleur en est absente (ou à peu près), privilégiant des tons sombres. Plus aucune trace de glamour et, si Russel Crowe est bien un immense acteur et le démontre encore ici, il n’a pas le sex-appeal d’Errol Flynn et semble encore porter l’armure du Maximus de Gladiator. Tout cela parait naturel si l’on considère le fait que Scott a tenu à intégrer son film dans la réalité historique de l’époque, féru de Moyen-Âge, son Robin Des Bois constitue presque un contre-champs de Kingdom Of Heaven.

Néanmoins ses intentions restent déroutantes, en particulier son scénario qui fait de Robin un usurpateur, chargé d’apporter la couronne royale au Prince Jean, suite à la mort de Richard Coeur De Lion aux Croisades. Et encore, il était prévu que le beau rôle soit cette fois donné au shérif de Nottingham au détriment de Robin, ce qui faillit faire fuir Russel Crowe. C’est louable de vouloir filmer un héros imparfait, d’autant plus s’il se rapproche du personnage originel, mais alors pourquoi ne pas récréer son histoire de fond en comble ? À trop hésiter, Ridley Scott a ôté presque tout intérêt cinématographique au personnage, sans proposer suffisamment de matière en échange.

Ce qu’il restera est un casting plutôt convaincant et, si l’on s’y attarde un peu, presque impressionnant. Russel Crowe en Robin n’a rien de surprenant, puisque l’acteur s’est toujours dit fan du personnage. Matthew Macfadyen en sherif fut peut-être le meilleur choix de Scott, cinématographiquement, un des meilleurs de l’acteur, plutôt habitué aux pièces de Shakespeare, moins inspiré pour sa carrière sur grand écran. Cate Blanchett en Marianne, Max Von Sydow jouant son père, Oscar Isaac en Prince Jean, William Hurt et Léa Seydoux viennent clore un casting de luxe, mais insuffisant à faire un chef-d’oeuvre.

On y verra peut-être une certaine nostalgie, un truc de « vieux con », mais il semble incontestable aujourd’hui que le film de Michael Curtiz reste la meilleure des aventures de Robin Des Bois. Ses qualités vont au-delà de son charme désuet, le film est enlevé, rythmé, alternant bravoure, humour et amour, avec la précision d’une montre suisse. Même s’il idéalise une réalité antipathique, s’il privilégie le plaisir du spectateur par rapport à une réalité sans intérêt, le résultat vaut très largement les quelques libertés et digressions que s’autorise Curtiz: un des chefs-d’oeuvres du cinéma d’aventure.

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Thierry Jacquet
Thierry Jacquethttps://www.lemagducine.fr/
Bressan d'origine, littéraire raté de formation, amateur de bonne chère et de bons vins, sans oublier le corps des femmes (de la mienne en fait). Le cinéma meuble mes moments perdus, et ils sont nombreux. Pas sectaire pour deux sous je mange à tous les râteliers, passant du cinéma d'auteur au blockbuster sans sourciller. En somme un homme heureux de voir et écrire sur le cinéma.

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