Mauvaise Graine, un film de Claudio Caligari : Critique

Mauvaise Graine (Non essere Cattivo) est le film posthume de Claudio Caligari, décédé le 26 mai 2015. Pour son ultime long-métrage, le réalisateur s’est immergé dans un monde fait de magouilles, de drogues et de sexe, où le plus fort et le plus respecté fait la loi.

Synopsis : 1995, près de Rome. Vittorio et Cesare qui se connaissent depuis 20 ans, sont comme des frères inséparables. Leur quotidien se résume aux discothèques, à l’alcool et aux trafics de drogues… Mais ils paient cher cette vie d’excès. Après avoir rencontré Linda, Vittorio semble vouloir changer de vie. Cesare lui, plonge inexorablement…

Mais le réalisateur est allé plus loin en se donnant la tâche de faire vivre de véritables relations humaines, avec deux amis comme personnages principaux. On connaît leurs joies, leurs peines, leurs réussites ou leurs déboires. Les deux amis sont campés par Alessandro Borghi et Luca Marinelli. Borghi est un acteur qui s’impose de plus en plus dans le cinéma italien, et qui s’est fait récemment remarquer pour son rôle de Numéro 8 dans Suburra. Avec Mauvaise Graine, il ne fait que confirmer son talent et prouve qu’il est capable de jouer avec les émotions du spectateur. Il bouleverse comme il fait sourire, ses expressions corporelles ses coups de sang correspondant à la perfection avec le personnage qui lui a été attribué. La fin du film, bien qu’un peu prévisible, est remarquable et ne peut qu’émouvoir tant Alessandro Borghi dégage ce truc dans lequel on parvient à se retrouver, même si d’un tout autre monde. Son personnage de Vittorio est un être touchant, assistant à la descente aux enfers de son ami d’enfance, qui a pour ultime souhait de s’en sortir. Le personnage est crédible tant il est finement écrit par Claudio Caligari. On ne peut que se prendre d’affection pour lui et pour son combat contre l’univers de la délinquance qu’il tente au maximum de quitter.
Son comparse, Cesare, interprété par Luca Marinelli, déjà aperçu dans La Grande Bellezza, est quant à lui beaucoup plus tête à claque et agaçant. Il provoque, injure et crache sur les gens à tout va, ce qui fait de lui un être antipathique. Même s’il est moins bon que son collègue de jeu, Luca Marinelli parvient tout de même à compléter ce binôme improbable. Certaines scènes, reflets d’une relation parfois tendue entre deux amis qui n’ont plus les mêmes objectifs de vie, sont extrêmement fortes tant l’empathie nous emporte en constatant la dégradation progressive des liens entre deux amis, voire deux frères.

Mais malheureusement, Mauvaise Graine n’est pas une complète réussite. Si les deux acteurs principaux, ainsi que les seconds rôles, sont presque tous très bons, le scénario est quant à lui un peu plus branlant. Les relations humaines sont très intéressantes et connaissent de vraies évolutions tout au long du film, mais tout n’est pas intéressant et la répétition de certains faits viennent ternir un ensemble pourtant bon. Le film aurait gagner en puissance s’il avait été plus court -bien qu’il ne soit pas très long-, plus concis et plus brut dans ses propos. Les histoires d’amour de Cesare deviennent lassantes, et il est difficile de se prendre d’affection pour le couple qu’il finit par former, des rêves de maison plein la tête. Parallèlement, on préférera donc suivre le parcours de Vittorio. Aussi, on commence à se lasser des univers véreux des films italiens, qui se ressemblent presque tous. Toutefois, Claudio Caligari instaure une vraie ambiance à son film grâce à un cadrage parfois peu ordinaire et des jeux de lumière ternes qui rappellent les films noirs et de gangsters/mafiosos des années 50/60, mais également des classiques comme Les Affranchis, de Martin Scorsese.

Mauvaise Graine est un film qui doit beaucoup à ses acteurs, qui ne promettent que du bon pour le futur. Même si le thème a déjà été traité à de nombreuses reprises, et qu’il peut commencer à être un tantinet lassant, on se passionnera pour cette amitié qui connaît des hauts et des bas, et qui n’est que le reflet d’une société dans laquelle chacun cherche sa place et tente de s’en sortir, malgré des conditions sociales parfois peu porteuses.

Mauvaise Graine : Bande-annonce

Mauvaise Graine : Fiche Technique

Titre français : Mauvaise Graine
Titre original : Non essere cattivo
Réalisation : Claudio Caligari
Scénario : Claudio Caligari, Francesca Serafini, Giordano Meacci
Interprétation : Luca Marinelli, Alessandro Borghi, Silvia d’Amico, Roberta Mattei, Alessia Cardarelli
Direction artistique : Giada Calabria
Montage : Mauro Bonanni
Photographie : Maurizio Calvesi
Producteurs : Paolo Bogna, Simone Isola, Andrea Leone, Pietro Valsecchi
Sociétés de production : Kimerafilm, Taodue Film S.r.l., Andrea Leone Films
Sociétés de distribution (France) : Bellissima Films
Genre : Drame, Judiciaire
Durée : 100 minutes
Dates de sortie : 11 mai 2016

Italie – 2015

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.