Le Garçon et la Bête, un film de Mamoru Hosoda : Critique

Mamoru Hosoda accède aujourd’hui à une notoriété croissante parmi les amateurs d’animation japonaise. A ce titre, il est fréquemment comparé à Miyazaki. Comme le créateur des studios Ghibli, le travail Mamoru Hosoda trouve un écho auprès d’un public international, adepte d’un dessin sublime et d’histoires où le manichéisme est farouchement évité.

Synopsis : Shibuya, le monde des humains, et Jutengai, le monde des Bêtes… C’est l’histoire d’un garçon solitaire et d’une Bête seule, qui vivent chacun dans deux mondes séparés. Un jour, le garçon se perd dans le monde des Bêtes où il devient le disciple de la Bête Kumatetsu qui lui donne le nom de Kyuta. Cette rencontre fortuite est le début d’une aventure qui dépasse l’imaginaire…

Filiations

 

En cela, la filiation est réelle. Hosoda, réalisateur de La Traversée du temps (2006) et de Summer Wars (2009), a connu un intérêt plus massif à la sortie de son dernier film Les Enfants loups, Ame et Yuki (2012), à tel point que l’on parle de lui comme « l’héritier de Miyazaki ». Si la formule est attractive, elle est néanmoins galvaudée et limitatrice. Au-delà d’un graphisme raffiné, les deux auteurs présentent des univers très personnels qui ne peuvent en aucun cas se substituer : Hayao Miyazaki privilégie l’individu atypique et inclassable comme figure du héros. Ces personnages vont souvent à l’encontre de la société à laquelle ils appartiennent pour se définir, cela va de Nausicaa, seule opposante à l’éradication systématique des insectes perpétrée par les êtres humains, à Ponyo qui veut devenir humaine envers et contre tous. Au contraire, les films de Mamoru Hosoda nous mettent en présence de héros qui veulent trouver leur place au sein d’une société qui les rejette. Comment exister parmi les autres sans renier ce que l’on est ? A la poursuite franche de ses rêves prônée par Miyazaki, Hosoda vient en contre point apporter un discours où le compromis a le droit de citer, pourvu qu’il permette le vivre ensemble.

Le Garçon et la Bête interroge à nouveau la notion de famille, d’appartenance à un groupe, comme le cinéaste l’avait déjà fait dans les Enfants loups. Comme dans sa précédente œuvre, Hosoda élabore un récit d’apprentissage où nous verrons les personnages évoluer et grandir. Pour insister sur cette phase capitale de l’existence au cours de laquelle on se définit, on devient adulte en faisant des choix et en apprenant à accepter la conciliation, le réalisateur choisit d’avoir recours au fantastique. Dans le travail d’Hosoda, le fantastique se distille par petites gouttes au sein de notre monde humain. Dans la continuité de Ame et Yuki, enfants et louveteaux nés dans la banlieue de Tokyo, on découvre ici Ren un petit orphelin livré à lui-même dans la société des humains qui trouve refuge et protection dans le monde des Bêtes, univers parallèle au nôtre. L’enfant est adopté par Kumatetsu, une sorte d’ours mal léché extrêmement puissant qui brigue le titre de Seigneur du monde des Bêtes. Mais, pour espérer l’obtenir, l’actuel Seigneur des Bêtes exige de lui qu’il trouve un disciple, ce sera Ren que Kumatetsu rebaptise Kuyta. Huit ans plus tard, l’enfant devenu jeune homme, est tiraillé entre le monde dont il est issu et celui dans lequel il a passé son enfance. Le retour de son père biologique dans sa vie est à l’origine de troubles. Est-il homme ou Bête ? Cette relecture du Livre de la Jungle, Hosoda en fait une fable sur la force des liens filiaux avec Le Garçon et la Bête. Le couple père / fils formé par Kumatetsu et Kyuta forme un duo humoristique savoureux. Leurs désaccords, leurs disputes perpétuelles et leur attachement qu’ils tentent maladroitement de faire comprendre nous les rendent étonnamment proches et familiers ; le cinéaste a su capter là une composante essentielle des rapports familiaux, lieux de conflits intempestifs.

Les films de Mamoru Hosoda cherchent au terme du récit initiatique l’apaisement et la conciliation. La frontière entre le monde des humains et le monde des Bêtes est poreuse, finalement, les mêmes questions se posent d’un être à l’autre. En rendant l’altérité inopérante, le cinéaste jugule les peurs qui lui sont associées. Ses personnages, loin d’être des modèles, parviennent cependant à trouver leur place parmi les autres, le pluriel ne dissolvant jamais le singulier, pour vivre avec les autres, jamais contre eux.

Le Garçon et la Bête – Bande-annonce :

Le Garçon et la Bête : fiche technique

Titre original : Bakemono no ko
Japon
Genre : histoire de famille
Réalisé par : Mamoru Hosoda
Scénario : Mamoru Hosoda
Distribution (voix) : Koji Yakusho (Kumatetsu), Shôta Sometani (Kyuta), Aoi Miyazaki ( Kyuta jeune), Rirî Furankî (Hyakushubo), Yô Ôizumi (Tatara), Kazuhiro Yamaji (Iozen), Suzu Hirose (Kaede), Mamoru Miyano (Ichirohiko), Kappei Yamaguchi (Jiromaru), Kumiko Asô (mère de Kuyta), Keishi Nagatsuka (père de Kyuta)
Direction artistique : Yôchi Nishikawa, Takasi Ohmori, Yohei Takamatsu
Musique : Masakatsu Takagi
Son : Yuji Akazawa, Yoshio Obara
Produit par : Atsushi Chiba, Takuya Itô, Geki Kawamura, Yuichiro Sato
Distribué par : Gaumont Distribution
Date de sortie : 13 janvier 2016

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Constance Mendez-Harscouët
Constance Mendez-Harscouëthttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières amours de cinéma, c'est aux films d'animation que je les dois. La poésie du dessin animé est incomparable à mes yeux. J'ai ensuite élargi mes perspectives et ai découvert à quel point le champ du septième art était vaste et beau. Mon envie de films ne s'est jamais tarie. J'en ai vus et je continue d'en voir autant que je peux, car, au-delà d'être un divertissement, le cinéma façonne ma manière de voir le monde.

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.