Argentina, un film de Carlos Saura : critique

Carlos Saura, réalisateur espagnol de renommée internationale, a déjà longuement démontré, lors de ces soixante années de carrière, son talent pour mettre en scène la danse et la musique hispanique.

Synopsis : De la Pampa aux Andes, de l’univers des indiens Mapuche á celui des villageois qui chantent leur nostalgie dans les cafés, du monde des Gauchos à celui des grandes villes d’aujourd’hui… ARGENTINA nous propose un voyage musical et sensoriel dans l’espace et le temps composé des chants, des danses et des couleurs qui font toute l’âme de l’Argentine.

Deux de ses premiers films, la Cousine Angélique et Cria Cuervos, ont remporté le prix spécial du jury au Festival de Cannes dans les années 1970. Carmen (1983) et Tango (1997) reçurent également des nominations aux Oscars. Cinq ans après Flamenco, Flamenco, Carlos Saura nous plonge au cœur des racines culturelles de l’Argentine à travers une fresque picturale et sensorielle.

Avant sa sortie en France, Argentina a été présentée dans de nombreux festivals, notamment le Festival Do Rio, l’International Antalya Golden film festival, le Festival Biarritz Amérique Latine Cinémas et Culture, le Festival Cinespana et le Festival International du Film d’Arras.

Argentina ne s’assimile pas au documentaire descriptif et informatique. Il ne se raconte pas mais se regarde. Il ne cherche jamais à expliquer mais à expérimenter et à exprimer, en faisant du spectateur le témoin direct de la scène, unique cadre et décor du film. Par touches successives, des chants, des musiques, des danses aux rythmes et aux tons multiples, composent peu à peu une peinture sensuelle et colorée d’une Argentine sublimée par sa diversité culturelle. Carlos Saura précise que « ce film est musical en soi, il n’y a pas d’argumentaires mais seulement des interprétations, de la mise en scène, de la lumière et beaucoup de respect de ma part. »

Argentina s’apprécie en effet comme une invitation au voyage et à la découverte. Le film se présente comme une succession de tableaux, à la mise en scène et à la photographie soignée, révélant chacun une part des traditions et des sources culturelles de l’Argentine. La zamba, le chacarera, la tonada, le carnavalito, le chamamé s’enchaînent ainsi en suscitant la curiosité, l’admiration et l’émotion du spectateur. Les danseurs professionnels assez exceptionnels, choisis par le réalisateur, ne font pas un faux pas. Même s’ils évoluent dans un environnement simple, le jeu de la caméra et des miroirs parviennent à magnifier leurs mouvements.

Argentina s’apprécie pleinement pour ce qu’il est, à la fois une œuvre esthétique et une ode à l’art et à la diversité. Très peu de détails sont donnés sur ces musiques et ces danses, à l’exception de quelques phrases de présentation au début du film. Le parti pris de Carlos Saura est de laisser toute la place à l’art, ce qui entretient parfois, malgré l’émerveillement, un certain mystère et une forme d’opacité à l’égard de ces représentations. Il manque peut-être, dans ce large mais sélectif tour d’horizon, un fil conducteur permettant de mieux appréhender les choix, les liens et la réunion de ces tableaux fondateurs de l’identité argentine. On conserve du film des images étonnantes et magnifiques, tout en ayant une légère d’impression d’inachevé face à un sujet aussi vaste, dont on a vu beaucoup mais appris peu.

Argentina – Bande annonce

Argentina – Fiche technique

Titre original : Zonda
Date de sortie : 30 décembre 2015 Nationalité : Argentin, espagnol, français
Réalisation : Carlos Saura Scénario : Carlos Saura
Interprétation : Chaqueno Palavecino, Soledad Pastorutti, Jairo, Liliana Herrero, Luis Salinas, Jaime Torres
Musique : Lito Vitale Photographie : Felix Monti
Chorégraphe : Pajarin Saavedra Montage : Iara Rodriguez Vilardebo, César Custodio
Production : Marcelo Schaces, Mariana Erijimovich, Alejandro Israel, Guy Amon, Stéphane Sorlat, José Velasco, Antonio Saura
Sociétés de production: Barakacine Producciones, Zebra Produccionnes S.A., Mondex Films
Société de distribution : Epicentre Films Budget : NR
Genre : Documentaire
Durée : 1h27min

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.