Arras Film Festival: Interview avec Éric Miot, délégué général !

Interview d’Éric Miot

            Après avoir vu La vie très secrète de Monsieur Sim et avant la rencontre avec l’équipe du film, l’acteur Jean-Pierre Bacri et le réalisateur Michel Leclerc, se tient une autre rencontre très importante pour moi, à 13h40, avec Éric Miot, délégué général du Arras Film Festival.

            Co-créateur du Arras Film Festival avec Nadia Paschetto, Eric Miot a eu un parcours atypique. Il a notamment travaillé pour le service culturel de l’université d’Artois tout en travaillant dans le domaine du cinéma.

« Comment vient l’idée d’une rétrospective et pas d’une autre ? »

            Tous les ans a lieu une sélection de films de genre. L’idée est d’associer des « films classiques et fun ». L’année dernière, il s’agissait de travailler l’Espion dans les années 60, rappelle-t-il.

            C’est un vrai plaisir de voir un film de genre, c’est important même. Le film de genre est rarement mis en avant par les festivals, du moins pas assez, explique-t-il.

            Le choix de Michèle Mercier n’est pas anecdotique, car elle a joué dans des films d’auteurs et dans des films de genre.

« Pourquoi ne trouve-t-on pas Heat, ou Ocean’s Eleven, films de braquage importants et plus récents, dans votre programmation ? »

            Il s’agissait de plus se consacrer aux années 60 et 70. Aussi les gens connaissent plus ces films, dit-il. Ils auraient pu faire une programmation de films de braquage rien qu’avec les années 90, tant il y en a, ou démarrer à partir de cette décennie pour revenir sur la nouvelle vague de films de braquage. L’idée était aussi de s’amuser en revoyant ces premiers grands films du genre.

« Et concernant le choix de Jim Sheridan en tant qu’invité d’honneur du festival ? Et de son choix pour une rétrospective d’auteur ? »

            L’idée est partie de la rétrospective sur l’Irlande, explique-t-il. Pourquoi ne pas prendre un réalisateur en rapport avec ce pays. Ils ont eu trois choix : Jim Sheridan, Paul Greengrass et Neil Jordan. Et le choix du réalisateur s’est présenté très rapidement. La facilité d’accès au réalisateur ou encore ses possibilités ou non de venir participent au choix.

« Est-ce que louer des film pour ce festival est compliqué ? Et les prix sont-ils élevés ? »

            Pour les films classiques, en rétrospective, c’est relativement simple de les obtenir. Puis c’est un jeu d’enquête policière, on cherche le support physique, et puis on a affaire aux ayants droit.

« Ils posent souvent problème ? »

            Ça dépend. L’année dernière, Stephen Frears a lui-même contacté la cinémathèque française pour leur demander le prêt de ses films alors libres de droit. Pour Jim Sheridan, il a fallu contacter la cinémathèque royale de Belgique, mais attention, il y a forcément des ayants droit.

« Vous connaissez beaucoup d’annulation chaque année ? »

            Pas souvent, répond-il. Et puis, quand ils voient les efforts à fournir ou encore le prix à mettre pour pouvoir projeter un film, ils se demandent : « Est-ce que ça en vaut la peine ? ».

« Concernant Casanova ’70, vous l’avez projeté en dvd pour sa première diffusion… »

            Oui, en effet, répond-il. La copie en 35 mm était bloquée en Ukraine à la frontière à cause des droits de douane. Et plutôt que de ne rien montrer, ils ont projeté le film en support dvd. « Chaque film peut avoir son aventure » dit-il, amusé.

« Êtes-vous satisfait des invités ? »

            Oui, très satisfait des premiers invités, il a très rarement été déçu, dit-il.

« Et concernant ce rendez-vous de plus en plus important qu’est le Arras Film Festival, vous devez être content ? »

            En effet, le rendez-vous du festival s’améliore, avec une marge de progression de dix pour cent chaque année, explique-t-il. Il s’agit donc de grandir tout en faisant attention à ce que la croissance ne les surpasse pas, et ne fasse pas perdre au festival son âme, son esprit. Il faut qu’il « reste un festival de proximité », et protéger les talents et les moments d’échanges.

            L’Arras Film Festival compte trente à quarante mille spectateurs. Et de plus en plus de spectateurs viennent de l’extérieur. Mais il a fallu et faut d’abord préparer les spectateurs locaux.

« Une dernière question plus personnelle, un fantasme de cinéphile, est-ce que vous ferez un jour une rétrospective Sam Peckinpah ? »

            Alors il s’agit plus de travailler sur un cinéaste vivant, car c’est l’idée d’une transmission de savoir. Et il faut respecter des quotas européens. Mais, personnellement explique-t-il, « c’est un très grand réalisateur » continue-t-il amusé.

« Oui, il y a eu une rétrospective Peckinpah à la cinémathèque française, mais l’exposition était consacrée à Scorsese… »

            « Oui puis c’est beaucoup plus étalé » répond-il.

« Complètement. C’est vraiment dommage.

Merci beaucoup Eric Miot ! »

« Merci à vous. » répond-il souriant.

            Ce fut alors la fin de cette intéressante interview avec Éric Miot, un homme passionné, intelligent, accessible et gentil.

Festival

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