Knight of cups, un film de Terrence Malick : critique

Une chose est sûr, la dernière œuvre du réalisateur, Knight of cups, ne fera pas consensus. Elle divisera tout du long que l’on se rappellera d’elle, elle vivra sans doutes des années heureuses dans l’esprit de certains, et tombera rapidement dans l’oubli dans celui des autres.

Un ballet avec le vide

Le vide, un mot qui définit bien ces deux heures. A première vu il n’y a rien de bien intéressant dans le vide, puisqu’il n’y a rien; un espace incolore, inodore, sans substance. A première vu on ne peut que s’ennuyer devant le vide. Comme l’atteste cet évidage constant de la salle ce soir. Mais il ne faut pas se précipiter tête baissée dans le trou béant que nous tend malicieusement Terrence Malick. Car le cinéaste nous propose comme souvent une expérience, une sensation, à travers la quête de Rick (Christian Bale).

Rick fréquente les hautes sphères de la côte Ouest des États Unis, gagnant beaucoup d’argent dans une industrie du cinéma asphyxiante, il se laisse vivre entre la ville des anges et la ville du vice, submergé par des nymphes venu des contrées hideusement riche de la mode et du cinéma. Ou en tout cas c’est ce qu’on a compris du scénario. Malick, comme sur The Tree of Life, ne s’embarrasse pas de quelconque lisibilité scénaristique, il déroule simplement ces bribes de souvenirs, ces morceaux de vies, les dispersant sous formes de chapitres. Des chapitres où chaque acteurs de la vie de Rick tient le rôle principal:  le frère (Wes Bentley), le père (Brian Dennehy), l’ex épouse (Cate Blanchett), l’amante (Natalie Portman). Un rôle partagé évidement avec Christian Bale, qui navigue, ou plutôt flotte le visage hagard, sur un espace déserté par toute profondeur émotionnelle et spirituelle.

L’Allégorie de la perle

Tout commence par une histoire, la légende d’un prince envoyé par son père chercher une perle, mais dans sa quête il perd soudainement la mémoire et s’endort. C’est peut-être dans ce faux sommeil que l’on retrouve Rick, dans une léthargie largement partagée par toute une civilisation. Une masse qui perd ses valeurs, la tête dans le guidon. Finalement Terrence Malick prêche durant deux heures, mais ne tombe jamais dans le prosélytisme. On retrouve d’ailleurs les mêmes éléments que dans The Tree of life: cette même ouverture sur le ciel, largement symbolique, la même texture d’image (toujours dirigée par le grand maitre du moment, Emmanuel Lubezki), et puis évidement les voix off, si chères au cinéaste. Autant d’éléments qui conduisent vers une ambiance similaire à sa palme d’Or de 2011, mais qui laisse un goût définitivement autre car plus nocturne, plus urbain, plus toxique dans un sens. Une agitation dans laquelle la perle serait une solution, ou du moins un moyen d’élévation; c’est toujours avec ce discours biblique en filigrane que Malick guide son personnage et son audience. Une démarche qui curieusement n’oppresse pas, puisque c’est toujours vers la libération que l’intrigue nous mène. C’est dans cette expérience du rien et du tout que nous sommes plongés, balancés par sa caméra qui ondule toujours autant, qui ne s’arrête jamais. Car si il y a quelque chose de sacré chez le Texan, il se trouve dans le mouvement et dans la continuité des choses, dans son obsession du devoir vivre. Rick côtoie un entourage venimeux, entretient des relations compliquées avec les membres de sa famille, et pire encore ne trouve pas l’amour. Alors face à ce tableau sinistre, Terrence Malick propose de partir à la recherche de cette perle, mais sans doute que cette recherche est déjà la perle.

Le film, Knight of Cups peut paraître brumeux malgré l’extrême clarté des plans larges, et la lévitation des plans serrés; tout comme le bilan final qui peut en être tiré. Au dessus de l’universalité des sujets traités, c’est toujours l’intime qui triomphe et Terrence Malick s’amuse de ces oppositions, comme il s’amuse sans doute à nous faire dire j’aime/j’aime pas à la fin de ses films. Et peu importe le camps qui nous a choisi à la fin de son œuvre, on salut toujours le fait d’avoir été scotché ou dégouté.

Knight of Cups : Bande-annonce

Knight of Cups : Fiche technique

Réalisateur : Terrence Mallick
Scénario : Terrence Mallick
Interprétation : Christian Bale (Rick), Natalie Portman (Elizabeth), Cate Blanchett (Nancy), Wes Bentley (Barry), Brian Dennehy(Joseph), Antonio Banderas (Tonio)…
Photographie : Emmanuel Lubezki
Montage : Geoffrey Richman et Keith Fraase
Musique : Hanan Townshend
Directeur artistique : Ruth De Jong
Producteurs : Nicolas Gonda, Sarah Green, Ken Kao et Daniel Newman
Sociétés de production : Dogwood Films, Waypoint Entertainment
Distribution : Metropolitan FilmExport
Durée : 118 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 25 novembre 2015
Etats-Unis – 2015

 

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Grégoire Lemaître
Grégoire Lemaîtrehttps://www.lemagducine.fr/
Étudiant en histoire de l'art et passionné d'images en tout genre (qu'elles soient picturales, photographiques, ou filmiques) j'écris pour le plaisir de partager les œuvres qui m'ont marqué. Mon coeur balance entre l'ésotérisme de cinéastes comme Herzog ou Antonioni (pour ne citer qu'eux), l'audace de réalisateurs comme Wes Anderson ou Bertrand Bonello, et les grands noms made in U.S.A. Je voue également un culte sans failles à Audrey Hepburn. Dernièrement mes plus grands frissons viennent du petit écran, notamment avec The Leftovers, Rectify ou The Americans.

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