Deadwood – Saison 1-3 : Critique De La Série

Cocksucker!

Le western est un genre tombé en désuétude, après avoir été une mine d’or pour le cinéma hollywoodien des années 30 à 60. A travers de nombreux classiques : le train sifflera trois fois, La chevauchée fantastique ou Règlements à OK Corral. Il vantait l’héroïsme de l’homme, en créant le mythe du cow-boy. Une image bien loin d’une triste réalité, la conquête de l’Ouest se faisant sur les cadavres des indiens. Deadwood brise cette version édulcorée, en étant plus proche du cinéma des années 70, celui de Sam Peckinpah ou Clint Eastwood, inspiré du western spaghetti de Sergio Leone. Ils vont insuffler un réalisme et une cruauté, en démystifiant la belle Amérique.

Deadwood a réellement existé. La série s’inspire de faits réels, en faisant intervenir des figures légendaires, comme Wild Bill Hicock (Keith Carradine) ou Calamity Jane (Robin Weigert). On va découvrir cette ville en construction, ou règne l’anarchie, sous la coupe du tenancier d’un bar et bordel, Al Swearengen (Ian McShane). Un homme avide de pouvoir, ne reculant devant rien, pour rester maître des lieux.
Divers hommes viennent s’installer dans cette ville, la plupart espérant faire fortune en trouvant de l’or, d’autres en fuyant leur passé. C’est un monde d’homme, ou les femmes sont principalement des prostituées. Elles sont les objets de ces mâles sales et vulgaires. Elles évoluent dans un univers ou règne la violence. Sauf une femme, Alma Garret (Molly Parker), propriétaire d’une mine d’or prospère et devenant le centre de divers complots, pour prendre possession de son bien. Une femme de bonne famille, qui détonne en ce lieu sordide.

L’action se déroule presque uniquement dans la ville de Deadwood. On oublie les grands espaces et les longues chevauchées, sauf à de rares occasions, comme dans le pilote réalisé par Walter Hill. Il en va de même pour les indiens, qui sont plus évoqués, que présents. Cela donne l’impression de se retrouver devant une immense pièce de théâtre, ou les mots se font plus entendre que les coups de feu. On croise divers personnages, ou chacun à son importance, selon les multiples intrigues.
Cette quasi-absence d’actions, ne pénalise pas le rythme de la série. Au contraire, elle est ambitieuse dans sa construction, dans le développement des personnages et dans l’évolution de cette ville. L’anarchie ne peut perdurer, on ne peut vivre continuellement dans la boue et sans infrastructures économiques. La société va se mettre en place doucement, avec un maire factice, mais surtout avec un shérif, un centre postal ou un journal, entre autres. Même si l’alcool, le sexe et le jeu, restent la principale sources de revenus, avec surtout la présence d’hommes seuls vivant au sein de cette ville. Rome ne s’est pas fait un jour, il en va de même pour Deadwood.

Dans cette ville, ou la violence règne dans la crasse et la sueur. Les manigances sont légions, avec toujours le même but : l’argent et donc le pouvoir. Al Swearengen va devoir affronter divers hommes, Cy Tolliver (Powers Boothe) et George Hearst (Gerald McRaney), pour rester au sommet. Comme dans une partie d’échecs, chacun avance ses pions, faisant preuve d’un esprit machiavélique. Mais Al Swearengen reste le plus fascinant de tous, grâce à l’interprétation de Ian McShane, récompensé par un golden globe en 2005. C’est un anti-héros, mais au sens le plus infect du terme. Il ferait presque passer Tony Soprano pour un enfant de chœur. Il inspire la crainte, en faisant rarement preuve d’une once d’humanité.
C’est sombre et la lumière se fait rare. La moindre faiblesse est aussitôt exploitée, la pitié n’a pas lieu dans cette ville décadente. On est vraiment loin de l’image d’épinal des westerns d’antan. Les Etats-unis est une terre d’immigrés et les différentes nationalités, sont représentées dans cette ville. Les irlandais, les juifs, les polonais, les chinois et autres ethnies, se côtoient en participant à l’histoire de ce pays, pour le meilleur et surtout le pire. Comme les cochons de Mr Wu (Keone Young), particulièrement prisés par leurs propensions à manger tout et n’importe quoi.

Dans Deadwood, ce sont les fondations des USA, qui se mettent en place sous nos yeux. Le capitalisme sauvage, les jeux de pouvoir, le racisme ou la place de la femme, dans une société machiste. Le rêve américain est une chimère, de la poudre aux yeux, ou peu d’élus vont faire fortune, mais ou les désillusions sont nombreuses. La religion a aussi une grande place, mais elle en prend aussi pour son grade, avec ses représentants, tombant souvent dans la folie. L’alcool et l’opium n’aidant pas à garder l’esprit sain, mais permettent d’oublier leurs conditions de vie. Les habitants sont exposés à toutes les maladies, en l’absence d’hygiène et ou seul un médecin (Brad Dourif) tente de garder ceux-ci, en bonne santé. Décidément cette ville est aussi bien un repaire pour brigands, que de microbes. La vie de famille est difficile, les enfants sont rares, comme la culture et l’éducation, c’est l’argent avant tout.

L’univers de Deadwood est sombre. Elle fait partie des séries prestigieuses de la chaîne HBO, avec ses exigences scénaristiques et une distribution, à la hauteur de la qualité des dialogues. Elle n’a que trois saisons, la faute à un casting prestigieux, ne permettant pas de réunir tout le monde à la même période. On va retrouver la plupart d’entre-eux dans d’autres séries, comme Timothy Olyphant (Justified), Molly Parker (House of Cards), Dayton Callie (Sons of Anarchy), Anna Gunn (Breaking Bad), Paula Malcomson (Ray Donovan), entre autres. Ian McShane continuant sa carrière cinématographique, après cette parenthèse cathodique, dans Pirate des caraïbes 4, Hercule ou John Wick. Le créateur David Milch n’a depuis, pas renoué avec le succès, en manquant de chance avec Luck, en collaboration avec Michael Mann, avec le décès de trois chevaux, qui causèrent l’arrêt de la série, avec pourtant Dustin Hoffman, Dennis Farina et Nick Nolte au casting.

Synopsis : À la fin des années 1870, la petite ville de Deadwood, située dans le Dakota du Sud, est devenue un endroit sans foi ni loi où se retrouvent tous ceux que la fièvre de l’or a attirés dans les Black Hills. On y croise plusieurs personnalités historiques, telles que Wild Bill Hickok (Keith Carradine), Calamity Jane (Robin Weigert), Seth Bullock (Timothy Olyphant), Al Swearengen (Ian McShane) et George Hearst (Gerald McRaney).

Deadwood : bande-annonce

Fiche technique : Deadwood

Deadwood – USA
Années : 2004-2006 (3 saisons – 36 épisodes)
Créateur : David Milch
Réalisateurs : Walter Hill, Ed Bianchi, Daniel Minahan, Davis Guggenheim, Gregg Fienberg, Mark Tinker, Steve Shill, Alan Taylor, Michael Engler, Michael Almereyda, Timothy Van Patten, Daniel Attias, Adam Davidson et Tim Hunter
Distribution : Timothy Olyphant, Ian McShane, Molly Parker, Brad Dourif, W. Earl Brown, John Hawkes, Paula Malcomson, Dayton Callie, Leon Rippy, William Sanderson, Robin Weigert, Sean Bridgers, Bree Seanna Wall, Jim Beaver, Jeffrey Jones, Kim Dickens, Powers Boothe, Titus Welliver, Anna Gunn, Garret Dillahunt, Keone Young, Gerald McRaney, Brian Cox, Sarah Paulson, Stephen Tobolowsky et Keith Carradine
Genre : Western
Producteurs : David Milch, Gregg Fienberg, Kathryn Lekan et Scott Stephens
Musique : Reinhold Heil et Johnny Klimek
Productions : HBO, CBS Paramount Network Television, Red Board Productions et Roscoe Productions

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