The Strain : Saison 1- Critique

Critique – The Strain

Nazis dans le métro

Projet porté par le mexicain Guillermo Del Toro depuis de longues années, The Strain arrive enfin sur les écrans, après être passé par la case roman, afin de convaincre les investisseurs de financer ce projet ambitieux, avec une première saison que l’on espérait a la mesure de son créateur : à la fois originale, glauque, poétique et intelligente. La chute ne sera que plus rude, The Strain est un échec artistique d’une envergure démesurée. On connaissait Del Toro créateur d’univers, on le découvre « un peu escroc », accumulant poncifs et clichés, et tentant de nous faire croire à une vision originale.
Avant d’aborder la série, il est important de séparer les notions de citations et de copie. La citation fait une référence directe ou indirecte, à une œuvre apprécié de l’auteur en y apportant une touche qui est propre à sa sensibilité, par exemple la scène de douche de Phantom of the paradise de De Palma, qui transforme le mythique couteau en débouche chiotte. Même configuration, petites différences qui transforment la scène l’intégrant pleinement au reste de l’œuvre. La copie en revanche, c’est la reprise d’éléments extérieurs, sans aucune modification, en général pratiquée par manque d’inspiration du réalisateur. Le plus méprisable advient, lorsque le réalisateur tente de vous faire croire que l’idée vient de lui, par exemple le scénario de Priest de Scott Charles Stewart (avec les prêtres qui tatanent du vampire), et se contente de pomper le scénario de La prisonnière du désert de John Ford, sans même le citer dans le générique. Mais que vient faire Del Toro au milieu de tout cela ? Et bien entre les deux extrêmes il n’y a qu’un pas, et The Strain penche constamment du mauvais coté.

La série était annoncée comme une nouvelle version du mythe du vampire. Pourquoi pas. Mais cela demande tout de même de connaître ses classiques, et Del Toro les connaît bien, tellement bien qu’il semble avoir du mal à s’en défaire. On commence avec un avion pleins de cadavres, qui atterrit mystérieusement a New York; à l’intérieur, un cercueil en bois semblant refermer une créature étrange. On pense tout de suite à l’arrivée de Dracula à Londres dans le célèbre roman de Bram Stocker (que l’on ne présente plus). Mais finalement rien de satanique là dedans, un docteur est dépêché en vitesse et découvre rapidement qu’il a affaire à un virus d’un nouveau genre, qui transforme les humains en buveurs de sang, et là on pense à Underworld; autant dire tout de suite que passer de Stocker à Len Wiseman en cinq minutes, ça fait un peu mal aux fesses pour les amateurs de vampires. The Strain ne s’arrête pas en si bon chemin : il y a un complot derrière tout cela avec un ancien nazi aux manettes (parce que oui, occulte égale nazi : on a tous vu Indiana Jones et Hellboy merci), et une grande entreprise qui contrôle tout comme dans Daybreakers des frères Spierig, ça commence à faire lourd comme héritage. Et puis les vampires ressemblent a Max Shreck dans le Nosferatu de Murneau et même le coup de la langue pour attaquer leur victime rappelle le folklore asiatique. Et on continue comme ça au cours de treize épisodes interminables, dont le seul moment de tension sera le siège dans la supérette… qui rappelle trop Assaut de John Carpenter. Donc pour le mythe revisité en profondeur, on repassera.

Le scénario lui, reste dans la même lignée en empilant les clichés, comme les cadavres dans un charnier. Un vieux juif errant qui a connu les camps de concentration, et sait très bien ce qu’il se passe, le scientifique sceptique ancien alcoolique trimbalant un gamin qui fait de l’asthme, une scientifique hispanique émotionnellement à fleur de peau (parce que chialer c’est un truc de nana, voyez…), qui se traîne sa mama atteinte d’Alzheimer, un méchant nazi vampire à la voix suave, parce que depuis Tarantino, le nazi ne crie plus, il est suave, un vieux milliardaire en quête de l’immortalité, et un mexicain vénère mais qui aime sa maman (parce que les maman c’est génial, on ne le dit pas assez à la télé). Toute la série se base sur la rencontre de ces personnages à divers moments de l’intrigue, et la découverte progressive du virus qui se répand à une vitesse folle dans la ville. On avance donc de découverte en autopsies, l’infection est biologique, mais il y a quand même un super vampire qui contrôle tout le monde. Parce que les vampires ne semblent avoir aucun libre arbitre, il agissent plutôt comme des zombies. C’est vraiment là que la série pèche, elle n’arrive pas à se décider entre magie et science, vampire et zombie, horreur ou action… A force de trop d’ambition, Del Toro livre une sorte de bouillie informe de tout ce qui c’est fait de bon ou de mauvais dans le genre. La cohérence est rapidement mise à mal, tant on n’arrive pas a cerner la nature de ces suceurs de sang. Un grand maître les contrôles tous, mais il y a d’autres vampires ninjas qui s’y opposent. Certains ont un libre arbitre, d’autres non. Ils sont allergiques à l’argent, biologiquement cela peut marcher, mais pourquoi leur reflets vibrent dans les miroirs ? Cela fait des lustres que l’on ne fait plus de miroir en argent et quand bien même, ceci n’aurait aucun sens, si on reste sur l’aspect scientifique… Trop d’imprécisions qui rendent l’ensemble assez indigeste. De plus, l’intrigue prend vraiment son temps, et c’est franchement agaçant.

On pourrait alors espérer se rattraper sur la direction artistique, mais là c’est encore pire. Entre les acteurs qui cabotinent et les maquillages immondes, on ne sait plus où donner de la tête, tant tout est risible. David Bradley pourtant bon acteur, en fait des caisses dans son rôle de vieux sage bourru. Le rôle était à la base prévu pour John Hurt, on le soupçonne d’avoir quitté le navire, prévoyant le désastre à venir. Corey Stoll, affublé d’une perruque ridicule, passe pour un Liam Neeson au rabais et Richard Sammel imite simplement Christophe Waltz. Seul Kevin Durand prend assez de distance pour faire quelques traits d’humour bienvenus, dans une série qui se prend trop au sérieux pour ce qu’elle a à offrir. Quand aux effets spéciaux, il suffit de regarder la tronche du maître : il ressemble au géant de Hot Fuzz (celui qui fait « yarp »), piqué par un essaim de frelon. Comment espérer être crédible après ça ? Impossible de ressentir le moindre frisson devant ce qu’il conviendrait d’appeler le maquillage le plus foireux des années 2000. Tout cela n’est pas aidé par une réalisation plate, et des flash-back qui déboulent toujours comme Robin des bois à une réunion d’anciens SS.

Que dire de plus. The Strain est sûrement l’une des pires nouveautés de l’année. Del Toro nous avait habitués à beaucoup mieux, c’est finalement triste de voir qu’un projet qui lui tenait autant à cœur, soit un échec complet. Oubliez cette série, relisez Dracula, Anne Rice, Anno Dracula de Kim Newman; essayez le jeu Vampire « Bloodlines », revoyez le film de Coppola ou même Underworld tant qu’a faire, et attendez Pacific Rim 2 ou Hellboy 3. Mais surtout laissez tomber The Strain…

The Strain : Bande-annonce

The Strain : Fiche Technique

Créateur(s): Guillermo del Toro, Chuck Hogan
Acteurs:  Corey Stoll, David Bradley, Mía Maestro, Kevin Durand, Richard Sammel, Jack Kesy, Jonathan Hyde, Natalie Brown, Sean Astin, Miguel Gómez, Ben Hyland
Pays: Etats-Unis
Saison 1- Nombre d’épisodes:13
Genre: Drame, Horreur, Science fiction
Format: 42 mn
Diffusion d’origine: 13 juillet 2014
Chaîne: FX

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Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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