La Légende de Manolo, un film de Jorge Gutierrez – Critique

La Légende de Manolo, un conte de fée coloré à la sauce mexicaine

Synopsis : Le jeune Manolo est tiraillé entre les attentes de sa famille et ce vers quoi son coeur le porte. Avant de choisir de s’engager sur une voie, il embarque pour une incroyable aventure, qui le conduit dans trois mondes fantastiques, où il lui faudra affronter ses plus grandes peurs.

Hasta la muerte, baby

Le mois d’octobre se termine, les premiers frimas s’installent, l’automne arrive et avec lui la célébration des morts dans diverses cultures. En France, nous avons la Toussaint ; dans les pays celtiques ils ont Halloween, dont les traditions se sont largement répandues à travers le monde grâce à l’influence des États-Unis ; au Mexique, il y a le Jour des Morts, une célébration qui se distingue des précédentes par son caractère festif et coloré, alors que les vivants fêtent leurs disparus dans la joie. C’est de ces traditions que s’inspire La Légende de Manolo, qui puise dans le folklore du pays des tacos et des burritos pour proposer un conte de fées baroque et chaleureux.

Erase una Vez

Dans le fond, La Légende de Manolo n’a finalement pas grand chose d’original. Énième variation sur le thème de la quête de l’amour véritable, de la difficulté du passage à l’âge adulte et du poids des attentes familiales, il est un peu un pot pourri de ce que les contes de fées vous laissent imaginer. Les fans de Disney ne risquent pas le dépaysement, et certains passages font furieusement penser à des passages de leurs immortels chef d’œuvre, en particulier Aladdin ou La Belle et la Bête. Point de surprises de ce côté-là, donc, les enjeux sont connus, et aucune surprise ne viendra gâcher le plaisir des amateurs de happy ending.

Mais la beauté du film n’est pas tant dans le fond que dans la forme. Si le style d’animation ne plaira pas à tout le monde, force est de reconnaître qu’il est impeccable et plutôt original. S’inspirant des marionnettes avec lesquelles la narratrice tisse son récit, il parvient à ressembler à un spectacle tout en conservant fluidité et naturel. La direction artistique est également impeccable, faisant évoluer les personnages dans trois univers parfaitement distinct ayant chacun ses caractéristiques et son style visuel bien à lui. Que ce soit le monde des vivants, celui des âmes chéries ou celui des morts, chacun vibre de couleurs chaleureuses et possède sa propre identité, tout en renvoyant aux deux autres.

El Señor Burton

Bien sûr, cette idée d’un jeune homme allant chercher sa bien-aimée aux portes de la mort, quitte à traverser les enfers, rappellera des souvenirs à certains spectateurs. Si Guillermo Del Toro, qui produit le film, reconnaît une certaine parenté avec le mythe d’Orphée et Eurydice, force est de constater qu’il est difficile de ne pas penser à un certain Tim Burton, particulièrement à son film Les Noces Funèbres. La Légende de Manolo s’en distingue cela dit dans son ton, bien plus réjouissant et moins gothique. En fait, le film pourrait presque avoir été mis en scène par un clone moustachu du réalisateur d’Alice aux pays des Merveilles, le côté adolescent émo en moins, tant il fourmille d’inventivité visuelle.

Conte de fée coloré à la sauce mexicaine, vibrant d’originalité et de vie, La Légende de Manolo est le film familial idéal en cette période de fête des morts. Sans renouveler le genre, il vient offrir un joli contre-point aux productions plus formatées signées Disney, et se taille une jolie place au milieu des géants de l’animation que sont la maison aux grandes oreilles et Dreamworks. Une jolie bouffée de fraîcheur dans le ciel gris de cet automne naissant, qui donne envie de célébrer la mort et l’amour.

La Légende de Manolo – Fiche technique

USA-2014
Animation
Réalisateur : Jorge R. Gutierrez
Scénariste : Jorge R. Gutierrez, Doug Landale
Distribution : Diego Luna (Manolo), Zoe Saldana (Maria), Channing Tatum (Joaquin), Kate del Catillo (Katrina/La Muerte), Ron Perlman (Xibalba)
Producteurs : Guillermo Del Toro, Aaron Berger, Brad Booker, Carina Schulze
Directeur artistique : Paul Sullivan
Compositeur : Gustavo Santaolalla
Monteur : Ahren Shaw
Production : Reel FX Creative Studios, 20th Century Fox Animation
Distributeur : 20th Century France

Auteur : Mikael Yung

Festival

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