Bodybuilder, un film de Roschdy Zem : Critique

Synopsis: À Lyon, Antoine, vingt ans, s’est mis à dos une bande de petites frappes à qui il doit de l’argent. Fatigués de ses trafics en tous genres, sa mère et son grand frère décident de l’envoyer à Saint-Etienne chez son père, Vincent, qu’il n’a pas revu depuis plusieurs années. À son arrivée, Antoine découvre que Vincent tient une salle de musculation, qu’il s’est mis au culturisme et qu’il se prépare intensivement pour un concours de bodybuilding. Les retrouvailles entre le père et le fils, que tout oppose, sont difficiles et tendues.

Le père de mes enfants

« T’as un père maintenant ? »

Vendu comme un drame social à la française, « Bodybuilder » ne déçoit pas sur ce point. Le film commence comme tant d’autres avant lui : un jeune homme, paumé, vit de petits trafics, il est rattrapé par une bande de son quartier et s’enfuit pour leur échapper. Résultat, comme il a épuisé tous ceux qui l’aident, il est expédié chez son père qu’il n’a pas vu depuis 5 ans. Le décor est planté : gris, le ton est donné : hyperréaliste jusque dans ses dialogues « so real » qui tombent à plat. Voilà donc qu’Antoine (Vincent Rottiers) se retrouve à cohabiter avec son père, Vincent, dont il ne connaît presque rien. Quant à la  mère, elle nie ce père hors norme dont le visage et la présence ont été effacés des photos de famille. Il n’existe plus. Pourtant, cet être resurgit maintenant, malgré lui. C’est là tout l’intérêt du film : la rencontre et la confrontation, assez étonnante, entre le père et le fils.

Super-héros

Le regard d’Antoine, et par là de Roschdy Zem, devient passionnant quand il découvre son père, adepte du culturisme au corps et aux courbes démesurées. Son regard est fasciné et, dès lors, le nôtre aussi. Il n’y a pas de moquerie dans la découverte d’Antoine, il regarde, il cherche, il peine à comprendre ce père qui dépense autant d’argent, d’énergie et de temps pour une discipline qui ne fait rien gagner sinon la joie d’être arrivé au bout, d’avoir la médaille. Pas de grand média, pas d’argent à la clef, juste la satisfaction d’avoir rempli le contrat imprimé sur les murs de la salle de sport de Vincent « On ne naît pas vainqueur, on le devient ». Les deux corps, ainsi que celui de l’entraîneur autrefois, sont en complète opposition permanente. Antoine le subit, ne sait pas trop quoi en faire, Vincent le bichonne, l’entraîne et l’écoute. Voilà deux rapports au corps qui font le sel de plusieurs scènes : le tabassage d’Antoine, l’entraînement de Vincent sur « Eye of the tiger ». Les deux s’apprivoisent, l’un devant absolument entrer dans l’univers de l’autre, très envahissant, voire entêtant. De cela Roschdy Zem, tire un savoureux regard sur un monde de super-héros sans pouvoirs magiques.

Grisaille

Pourtant, passée la découverte, si les deux se regardent et se cherchent, le film demeure, comme son affiche, profondément gris. Et ce malgré la présence, tout en retenue, des yeux bleus électriques de l’acteur Vincent Rottiers et du corps tout en muscles saillants du culturiste Yolin François Gauvin. L’un pratique un sport purement esthétique, très masculin aussi, l’autre une vie dangereuse, où l’on n’évite pas les coups. La scène de retrouvailles après le concours en est l’illustration flagrante. Mais il manque un vrai parti pris de réalisation, tout demeure assez fade malgré des acteurs très bien dirigés. C’est mou, déjà vu, ça manque de recul. Roschdy Zem, à l’image du personnage qu’il incarne est trop terre à terre par rapport à son sujet. Il colle aux baskets de ses personnages, rien de plus. C’est comme ça que ses personnages secondaires agacent par leur allure super clichée : le frère rangé, la mère dépassée, les caïds très bêtes … Bref, ce ne sont que des faire-valoir. Et dans cette affaire, le regard sur les femmes déprime, même s’il se veut réaliste. Elles n’ont guère beaucoup d’option : la copine de Vincent (Marina Foïs) est une présence, un vague soutien, elle exécute des gestes, sans recevoir de tendresse et finira,comme la mère d’Antoine, comme celle de son frère,  par devenir mère, c’est tout. Et celles que l’on voit en arrière fond, aux séances de bodybuilding, au concours sont des caractérielles, rien de plus encore une fois, qu’on évince bien vite. Ou des objets au corps exhibé. Voilà, le constat est simple, mais jamais approfondi. Et, à la fin, tout s’arrange comme par magie. Par un tour de passe-passe qui aurait pu être drôle, s’il n’avait pas été le seul élément comique d’un film désespérément plongé dans une grisaille que seule deux acteurs illuminent, bien loin de donner corps à ce film de chair meurtrie.

Bodybuilder  La bande-annonce

Fiche Technique: Bodybuilder

France – 2013
Réalisation: Roschdy Zem
Scénario: Roschdy Zem, Julie Peyr
Interprétation: Vincent Rottiers (Antoine Morel), Yolin François Gauvin (Vincent Morel), Marina Foïs (Léa), Nicolas Duvauchelle (Fred Morel), Dominique Reymond (Muriel), Roschdy Zem (Vadim), Adel Bencherif (Luigi), Caroline Gaume (Caroline)
Date de sortie: 24 septembre 2014
Durée: 1h40
Genre: Comédie Dramatique
Image: Thomas Letellier
Décor: Jérémie D. Lignol
Costume: Emmanuelle Youchnovski
Montage: Monica Coleman
Producteur: Pascal Caucheteux, Grégoire Sorlat, Roschdy Zem
Production: Hole in One, Why Not Productions

 

 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.
Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.